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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
En politique, «tu ne poses pas une question si tu n’as pas la réponse. Jamais, jamais, jamais. Parce qu’on va se faire prendre. Et si tu te trompes, tu vas devoir t’excuser. Tu ne peux pas prendre une chance semblable», a déclaré Gilles Duceppe au Devoir cette semaine.
En politique, «tu ne poses pas une question si tu n’as pas la réponse. Jamais, jamais, jamais. Parce qu’on va se faire prendre. Et si tu te trompes, tu vas devoir t’excuser. Tu ne peux pas prendre une chance semblable», a déclaré Gilles Duceppe au Devoir cette semaine.

La leçon de civisme de Gilles Duceppe

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CHRONIQUE / L’ex-chef bloquiste Gilles Duceppe a servi une leçon politique à l’actuel leader du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. De civisme politique. Il commentait les surprenantes interrogations publiques de M. Blanchet à propos de la «proximité» du nouveau ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra, «avec le mouvement islamique politique».

En politique, «tu ne poses pas une question si tu n’as pas la réponse. Jamais, jamais, jamais. Parce qu’on va se faire prendre. Et si tu te trompes, tu vas devoir t’excuser. Tu ne peux pas prendre une chance semblable», a déclaré Gilles Duceppe au Devoir cette semaine.

Et d’insister : «Il faut toujours être — excusez mon latinisme — “paddé”.»

Or, la sortie de M. Blanchet n’était pas blindée.

Réserve oblige, Gilles Duceppe a inscrit sa critique sur le plan tactique. Mais quand on a suivi sa carrière, ses propos et ses discours, on imagine bien qu’il réprouve la méthode de son successeur non pas seulement en raison d’un possible effet boomerang que de telles attaques peuvent produire, mais aussi à cause des dégâts qu’elles peuvent engendrer sur autrui.

Jusqu’à preuve du contraire, le Bloc s’est abreuvé à des rumeurs et a pris des raccourcis au sujet de M. Alghabra, qui a présidé la Fédération canado-arabe pendant quelque temps il y a une quinzaine d’années. On ne peut pas, par exemple, laisser croire qu’il a appuyé l’instauration de tribunaux islamiques en Ontario sans étayer une aussi grave assertion.

Quand on n’a rien de convaincant pour appuyer d’aussi graves sous-entendus, même déguisés en question, on n’accuse pas. Tout simplement. C’est élémentaire.

Car, qu’a fait M. Blanchet en insinuant que le ministre Alghabra avait des liens avec «le mouvement islamique politique» sinon le vouer à la vindicte de certains?

Pour mémoire, le communiqué de presse du Bloc québécois commentant le dernier remaniement ministériel du gouvernement Trudeau se concluait ainsi : «Le chef bloquiste refuse d’accuser qui que ce soit, mais des questions se posent sur la proximité du nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra, avec le mouvement islamique politique dont il a été un dirigeant pendant plusieurs années.»

«… refuse d’accuser qui que ce soit, mais des questions se posent…» Utiliser une telle circonvolution pour s’exprimer indique généralement que l’on n’est pas sûr de soi. On s’exprime donc à demi-mot. C’est un procédé. Et tant pis pour les autres.

Dans l’actualité effervescente, c’est déjà une vieille histoire. Ce communiqué du Bloc date du 13 janvier, d’il y a 10 jours. Une éternité! L’entrevue accordée par Gilles Duceppe au Devoir date du début de la semaine. Une moitié d’éternité!

Mais cette affaire est un cas d’école.

Plus tôt cette semaine, je saluais l’Union des municipalités du Québec. Elle a lancé une campagne nationale ayant pour thème «La démocratie dans le respect, par respect pour la démocratie». Son initiative vise à réduire les déclarations agressives et les gestes d’intimidation de citoyens à l’égard des élus municipaux, un phénomène qui existe à tous les échelons de gouvernance. Ne nous faisons pas trop d’illusions sur la résorption de cette dérive. Rappelons tout de même que tous ceux occupant des postes de responsabilité et de visibilité dans la société devraient veiller à ne pas encourager les dérapages.

Cette malheureuse sortie du Bloc nous rappelle ce qu’il ne faut pas faire. Elle nous rappelle qu’on n’accuse pas sans preuve, même par insinuation. Car il y aura toujours des gens pour croire que la fumée produite provient d’un vrai feu.

Et c’est ainsi que, de fois en fois, on nourrit l’intolérance, qu’on produit des divisions qui n’ont pas lieu d’être.

Cette affaire est une leçon politique pour Yves-François Blanchet, un homme qui n’a rien, mais absolument rien, d’un intolérant. Son parcours en témoigne.

Pourquoi un tel dérapage, alors? Au Bloc québécois, on a peut-être pensé marquer des points. On a peut-être voulu profiter d’un certain climat, s’attacher les faveurs de certains électeurs. C’est là que l’erreur devient une vraie faute.

La fin ne doit pas justifier les moyens. C’est peut-être vaporeux et gnangnan aux yeux de plusieurs, mais c’est important.

Le Bloc est souvent victime d’accusations inadmissibles de la part d’adversaires politiques à Ottawa. Comme ce jour de l’année dernière où le chef du NPD a traité le député Alain Therrien de raciste sous prétexte qu’il ne reconnaissait pas le caractère systémique du racisme. La tonitruante sortie de Jagmeet Singh était indéfendable.

Celle du Bloc contre Omar Alghabra l’est tout autant.