Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse à Marc Bibeau n’établit pas de culpabilité, mais elle complique et compliquera les choses pour Jean Charest, même si ni lui ni M. Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.
La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse à Marc Bibeau n’établit pas de culpabilité, mais elle complique et compliquera les choses pour Jean Charest, même si ni lui ni M. Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.

Jean Charest, la pénible suite

CHRONIQUE / La diffusion des motifs pour lesquels l’UPAC s’intéresse au collecteur de fonds Marc Bibeau n’aidera en rien Jean Charest à devenir le prochain chef du Parti conservateur du Canada — s’il décide de se lancer dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Ces motifs n’établissent pas de culpabilité, mais leur diffusion lui complique et lui compliquera les choses, même si ni lui ni Marc Bibeau ne sont accusés de quoi que ce soit.

La victoire de Jean Charest n’était déjà pas acquise avant la diffusion de ces informations, qui concernent d’abord et avant tout Marc Bibeau.

Il y a quelque temps, on pouvait déjà relever que l’ex-premier ministre du Québec était plus ou moins désiré chez les conservateurs. Les jours qui ont suivi l’ont amplement démontré, ne serait-ce qu’avec le barrage qu’entend dresser Stephen Harper sur sa route.

Chose certaine, quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Je le rappelle encore une fois : il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule évocation de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était alors attendu, réclamé.

L’homme a beau ne pas rechigner à la bataille, il est dans une situation totalement différente aujourd’hui.

S’il se lance, on entendra beaucoup parler d’éthique dans la course conservatrice…

Engagé lui aussi dans une course à la direction, le Parti libéral du Québec se passerait bien de cette possible suite. Elle l’égratignerait au passage.

Ces derniers jours, on a beaucoup entendu dire que la présence du prince Harry et de son épouse Meghan sur le territoire canadien pourrait relancer un vrai questionnement sur la monarchie au Canada. C’est l’occasion de rappeler que ce débat n’a jamais cessé d’exister à l’Assemblée nationale.

Harry et Meghan, la suite épineuse

D’une suite à l’autre… En début de semaine, j’écrivais qu’Ottawa ne devait pas payer pour les dépenses de sécurité du prince Harry et de son épouse Meghan s’ils s’établissent même à temps partiel au Canada. Ces derniers jours, on a beaucoup entendu dire que leur présence sur le territoire canadien pourrait relancer un vrai questionnement sur la monarchie au Canada. C’est l’occasion de rappeler que ce débat n’a jamais cessé d’exister à l’Assemblée nationale.

C’est beaucoup à travers le poste de lieutenant-gouverneur qu’il s’est exprimé.

L’ancienne Société immobilière du Québec a vendu en 1998 la demeure qui était occupée depuis 1967 par le lieutenant-gouverneur dans la capitale québécoise. Le gouvernement de Lucien Bouchard avait décidé, en novembre 1996, de mettre fin à sa vocation de lieu d’accueil des représentants de la couronne britannique au Québec. Plus de résidence officielle pour eux! Terminé.

Avec ses tricheries, Lise Thibault a par la suite réussi l’exploit de discréditer davantage une fonction qui l’était déjà pas mal. Madame avait fini par se croire tout permis, à vivre dans un monde irréel; à se prendre pour une reine intouchable.

En 2010 — ô surprise? —, Jean Charest, alors premier ministre, avait estimé que le lieutenant-gouverneur devait rendre des comptes à l’Assemblée nationale. La députée péquiste Agnès Maltais avait révélé la veille que le représentant de la monarchie britannique au Québec, Pierre Duchesne, refusait de se présenter devant la commission parlementaire qui l’avait convoqué pour scruter les dépenses de son bureau.

Pierre Duchesne avait tout de même fini par faire à sa tête. C’est son représentant qui s’était finalement rendu en commission parlementaire. L’institution s’était néanmoins fait sonner les cloches comme rarement.

Par la suite, le Parti québécois a demandé que le gouvernement du Québec ne lui fournisse plus aucun budget. En juin 2010, le député Pascal Bérubé a déposé une pétition à l’Assemblée nationale réclamant l’abolition du poste. Une fois au pouvoir, en 2012, le parti québécois dirigé par Pauline Marois a réclamé la même chose — un peu cependant comme un exercice obligé, il faut le dire. Et sans résultat, bien sûr.

En novembre 2014, pour donner le change, le bureau du premier ministre Philippe Couillard a fait savoir à qui de droit que sa présence n’était pas souhaitée au Salon bleu lors de l’allocution du président français François Hollande. Un moment de honte pour le lieutenant-gouverneur.

En 2015, la Coalition avenir Québec a préconisé l’abolition de cette fonction.

L’an dernier, le député solidaire Sol Zanetti a présenté un projet de loi proposant d’éliminer le «serment à la reine» pour les parlementaires entrant en fonction — et pour que seul le «serment des députés envers le peuple du Québec» soit requis.

Toute cette question existe en fond d’écran depuis assez longtemps. On pourrait même dire depuis toujours.

Il est et serait dans l’ordre normal des choses que les reliquats de la monarchie britannique au Canada disparaissent un jour.

Ce questionnement autour de la monarchie existe beaucoup moins au Canada anglais, mais il s’y exprime parfois.

Certains re-répondront que la souveraineté du Québec est la solution. Soit, mais encore? Mais sinon? 

Une fois qu’on a dit tout cela, il faut admettre que même si les gouvernements peuvent faire bien des choses en même temps, il existe bien d’autres priorités pour eux que tout ce questionnement — d’autant que tout changement nécessiterait de modifier la constitution.

On avancerait dans la bonne direction si l’on ouvrait au moins de temps en temps un débat corollaire, celui portant sur le régime politique qui suivrait l’abolition de la monarchie. On ouvrirait alors au moins des discussions intéressantes, voire constructives.