François Legault

Gouvernance souverainiste (bis)

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault fait-il de la «gouvernance souverainiste» sans le savoir, un peu comme monsieur Jourdain fait de la prose dans une célèbre pièce de Molière?

S’il devait créer une expression bien à lui, François Legault parlerait de «gouvernance autonomiste». Mais peu importe les mots, quelle option pour lui, dans deux ou trois ans, après une accumulation de refus d’Ottawa?

C’est le gouvernement Marois qui avait forgé l’appellation «gouvernance souverainiste». Elle a eu très peu d’impact. Sans réel rapport de force, l’équipe de Pauline Marois était sans mégaphone politique. Ses requêtes étaient accueillies dans une relative indifférence. Pas seulement à Ottawa, mais dans l’opinion publique québécoise.

L’objectif poursuivi par M. Legault est différent de celui de Mme Marois. Voilà pourquoi il ne s’appropriera jamais l’expression qu’elle utilisait. Son gouvernement est, de surcroît, une coalition composée à la fois de souverainistes et de fédéralistes.

Mais il ne craint pas de revendiquer haut et fort des pouvoirs à Ottawa. Pas de sourdine dans ses messages. Pas de gêne dans l’affirmation.

Avec le projet de loi qu’il a présenté sur l’immigration, le ministre Simon Jolin-Barrette a été jusqu’à codifier sa demande dans un document officiel en sachant qu’elle ferait grincer des dents Ottawa.

Sur la déclaration de revenus unique, le gouvernement Trudeau a réitéré son refus trois fois plutôt qu’une. Sur les nouveaux pouvoirs réclamés par Québec en immigration, c’est l’idée d’imposer des conditions au statut de résidence permanente qui hérisse le gouvernement canadien. Le ministre Dominic LeBlanc a mis des gants blancs lundi, mais il n’est pas revenu sur le «non» qu’il avait déjà notifié.

Pour le gouvernement Legault, cette demande est beaucoup plus fondamentale que celle ayant trait à la déclaration de revenus unique. Elle devrait l’être en tout cas, puisque la Coalition avenir Québec (CAQ) martèle depuis des années vouloir faire de l’intégration une réalité pour tous et ajoute que c’est par un tel dispositif qu’elle y parviendra.

Puisqu’on fait référence à ce dossier, l’annulation de 18 000 dossiers à l’immigration continue d’étonner. Le premier ministre lui-même avait déclaré quelques jours plus tôt qu’ils seraient traités en vertu des anciennes règles.

Tirer des conclusions?

En toute logique avec lui-même, l’ancien souverainiste François Legault ne devrait-il pas tirer des conclusions politiques de ces fins de non-recevoir du gouvernement fédéral? Cette question, des péquistes et, par-delà, des indépendantistes peuvent se la poser.

Même si M. Legault en tirait en son for intérieur, il ne se permettrait pas de les exprimer. Tout au plus irait-il jusqu’à dire qu’il appartient aux Québécois de tirer leurs propres conclusions. Mais il ne mettrait pas à mal sa coalition. C’est normal.

Il y en a cependant plusieurs qui espèrent que ces refus leur profiteront; à eux et à leur option. «On propose au gouvernement de la CAQ un projet emballant qui mettra fin à ces refus : l’indépendance», s’est amusée la péquiste et possible candidate à la direction de son parti, Véronique Hivon.

Le Parti québécois ne croit pas que la donne serait différente sous un gouvernement canadien dirigé par Andrew Scheer. Pour l’heure, il pourrait au moins accorder quelques points au chef conservateur pour ses efforts de séduction.