Mardi en matinée, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait déploré que le Cégep de la Gaspésie n’offre que des cours en anglais à Montréal.

Faute, hypocrisie et espoir en français. Yes, sir...

CHRONIQUE / La décision du Cégep de la Gaspésie et des Îles de développer un campus à Montréal afin de former en anglais des étudiants étrangers est une faute.

À l’origine, lorsque ce cégep s’est vu octroyer la possibilité d’offrir des cours non seulement en français, mais en anglais, c’était pour desservir la communauté anglophone de l’est du Québec.

En ouvrant un campus à Mont­réal pour offrir des formations exclusivement en anglais, sa direction a détourné sa mission de base, laquelle consiste à «assurer l’accessibilité aux études supérieures sur son territoire». Sur son territoire...

Ce cégep contribue à l’anglicisation de la métropole. À dose infinitésimale, certes. Mais tout de même.

Pour montrer patte blanche, sa direction a promis d’inclure à l’avenir des cours de français dans les formations qu’elle propose à son annexe montréalaise, ouverte en 2015. Pour faire bonne figure, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a dit que c’est ce qu’il voulait aussi.

Le ministre a par ailleurs demandé que le site Internet vendant la filière montréalaise du cégep gaspésien soit au moins bilingue. Et qu’il informe les futurs étudiants qu’ils débarqueront dans un État francophone.

Bien. Mais ces ajouts ne changeront rien au fond des choses. Ils éludent les questions fondamentales.

Hypocrisie

Pointer la faute du cégep sans constater que cette situation est un symptôme constitue une hypocrisie. Car elle illustre les difficultés financières de nombre de petits cégeps en région. Les effectifs de plusieurs décroissent. 

Une vraie réflexion sur leur financement s’impose. La formule actuelle répond mal aux besoins des cégeps hors des plus grands centres urbains. Il en va de l’«occupation du territoire», de la vitalité de bien des régions du Québec.

Une autre réflexion est nécessaire. Celle-là devra porter sur l’éparpillement auquel le développement d’antennes de toutes sortes a donné lieu. La réflexion menée il y a quelques années sur la propension des universités et des cégeps à se déployer hors zone d’attache est loin d’avoir tout réglé.

Si cela avait été le cas, le cégep dont on parle aujourd’hui ne se trouverait pas hors mission.

Tout ce qu’il peut plaider à sa décharge est que son activité montréalaise lui permet de soutenir l’enseignement de base dans l’est du Québec. 

Voilà qui nous ramène donc au financement.

Autre hypocrisie au passage : on ne discuterait pas de ce sujet si les étudiants dont il est question s’étaient inscrits au cégep anglophone de Dawson — pour ne prendre que cet exemple.

Est-ce qu’à moyen terme, ce dossier relancera l’idée d’étendre au réseau collégial les dispositions de la loi 101, qui s’appliquent au primaire et au secondaire? Le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé, a noté que ce projet n’est plus une position de son parti. Il faut dire que cette idée l’a très régulièrement déchiré.

Il n’est d’ailleurs pas certain qu’elle aurait un effet sur un modèle comme celui développé par le Cégep de la Gaspésie et des Îles, puisque les quelque 2200 étudiants qu’il accueille à Montréal, surtout de l’Inde et de la Chine, paient eux-mêmes pour tout. L’État québécois ne débourse pas un sou pour eux.

Espoir

Le mot espoir figurant dans le titre de ce texte n’est pas directement lié à ce dossier, mais il concerne la langue française en général. Des données d’abord révélées par Radio-Canada démontrent le succès des mesures mises en place par le gouvernement Legault pour favoriser la francisation des personnes immigrantes. L’automne dernier, 16 971 personnes immigrantes ont participé à un cours de français, comparativement à 13 728 l’année précédente. C’est une augmentation de 24 %.

Cette hausse découle de l’élargissement de l’accès à ces cours et de la bonification du soutien financier dont peuvent bénéficier les participants, des mesures décidées par le ministre Simon Jolin-Barrette l’an dernier.

On le sait, la course à la direction du Parti québécois fera naître un nouveau débat sur les objectifs d’immigration au Québec. Un des deux candidats encore pressentis, Frédéric Bastien, dont la candidature donnerait de l’épaisseur à maints égards à cette compétition, se propose de les réduire. D’autres le suivront peut-être dans cette voie.

Avant de s’engager dans des promesses à ce sujet, il serait cependant sage de voir le résultat de ce que le gouvernement de François Legault a mis, met et mettra en place — lui qui a entrepris de relever jusqu’à environ 50 000 en 2022 le nombre d’immigrants qu’accueille le Québec après l’avoir réduit à 40 000 l’an dernier.