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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
À tous les conservateurs canadiens qui souhaitaient la réélection de Donald Trump, le chef Erin O’Toole a rappelé qu’il est lui-même «pro-choix» et qu’«il n’y a pas de place pour l’extrême droite» au Parti conservateur du Canada.
À tous les conservateurs canadiens qui souhaitaient la réélection de Donald Trump, le chef Erin O’Toole a rappelé qu’il est lui-même «pro-choix» et qu’«il n’y a pas de place pour l’extrême droite» au Parti conservateur du Canada.

Erin O’Toole s’est libéré

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CHRONIQUE / On peut bien dire que ce ne sont que des mots, mais il faut bien commencer quelque part. Et c’est souvent par des mots que tout commence.

À tous les conservateurs canadiens qui souhaitaient la réélection de Donald Trump et flirtent avec les extrêmes, le chef Erin O’Toole a rappelé qu’il est lui-même «pro-choix» et qu’«il n’y a pas de place pour l’extrême droite» au Parti conservateur du Canada.

«Les événements survenus au Capitole sont horribles et je les ai vite condamnés sans équivoque», a-t-il dit. 

«Les conservateurs croient à des élections libres et justes» et «à un transfert pacifique du pouvoir», a-t-il aussi cru nécessaire de rappeler à cette frange populiste antisystème et aux Canadiens en général.

Et encore ceci : «Le racisme est une maladie de l’âme, inconciliable avec nos valeurs profondes. Il n’a pas de place dans notre pays. Il n’a pas de place au Parti conservateur du Canada. Je ne le tolérerai pas.»

Il n’existe rien de plus difficile pour un leader politique que de dire son fait à une partie de ses propres troupes, aux purs et durs de son camp. C’est ce que les chefs des formations politiques craignent en général le plus. Ils craignent de devoir guerroyer à l’interne.

Depuis l’assaut sur le Capitole, Erin O’Toole a mis les points sur les I deux fois plutôt qu’une avec les conservateurs canadiens pro-Trump, ceux convaincus que l’élection américaine a été truquée. 

Le chef conservateur a cependant été fort patient avant d’entreprendre les démarches visant à chasser de son caucus l’ultrapopuliste Derek Sloan. Il a voulu acheter la paix, préféré regarder ailleurs.

Cette histoire de don d’argent provenant d’un suprémaciste blanc à M. Sloan apparaît comme un prétexte — si tant est qu’il en fallait un autre. La coupe était pleine depuis longtemps.

Quoi qu’il en soit, ici, au moins, les mots du chef conservateur seront suivis d’une action concrète : l’expulsion du récidiviste.

Le chef conservateur s’est résolu à procéder à une mise au point général ainsi qu’à une sorte de ménage parce qu’il a voulu éviter de donner des parties gratuites aux libéraux de Justin Trudeau — et aux bloquistes d’Yves-François Blanchet avec lesquels son parti est et sera en concurrence directe au Québec.

Il a voulu se définir pour éviter de se faire définir par eux; et de se faire déplumer au-dessus d’un feu de camp électoral.

S’il s’est résolu à dire leur fait aux plus démagogues des conservateurs, c’est parce que les événements l’ont amené à cette croisée des chemins. Il l’a fait par intérêt électoral. C’est certain.

Mais ça ne peut pas être seulement ça. Erin O’Toole n’aurait pas mis le holà à cette glissade s’il était lui-même de cette même mouvance idéologique à qui il dit d’aller voir ailleurs. 

Il a envoyé un message à certains de ses députés. Il a dit où logerait le parti sous sa gouverne. Il a tracé des lignes rouges. 

Même s’il n’en a pas fini avec cette frange, M. O’Toole s’est en quelque sorte libéré.

L’assaut du Capitole lui aura finalement permis de faire preuve de leadership.