Éduquer, apprendre, faire apprendre, transmettre, échanger, accompagner font cependant de l’enseignement un métier à part. Un métier de sens. C’est énorme. Il faut le rappeler de temps en temps.

Enseigner, un métier qui a du sens

CHRONIQUE / C’est bon. Les enfants sont rentrés à l’école. Ouf! Mais ils l’ont fait dans un environnement scolaire paraissant encore une fois plus dégradé que l’année précédente au Québec; dans une situation où le manque de planification des autorités publiques et des choix politiques discutables ont produit leur plein effet. Résultats : manque de locaux et trop d’enseignants introuvables dans certains coins — pour ne relever que ces deux problèmes.

Selon plusieurs, le manque d’enseignants est aussi la résultante d’une déconsidération installée depuis longtemps à l’égard de cette profession. Et, de l’avis quasi général, des difficultés inhérentes à l’enseignement; des difficultés sur lesquelles on insiste beaucoup dans la sphère publique. Avec raison.

C’est un dilemme : pour améliorer les choses, il faut parler des problèmes, braquer les projecteurs dessus. Ce faisant, on éloignerait de l’enseignement ou on a éloigné au fil du temps de potentiels aspirants au métier d’enseignant, tant en nombre qu’en qualité.

Je ne minimiserai pas les difficultés, mais je ne m’y attarderai pas non plus ici. Elles s’étalent à la une des médias.

Gratifiant

Ce qu’il faut aussi dire de temps en temps, c’est à quel point l’acte d’enseigner est extraordinaire en soi; que l’exercice de ce métier peut être tellement valorisant.

Qu’on m’en excuse, mais je vais parler au «je» pendant quelques instants.

Gratifiant. C’est toujours le mot que j’ai employé pour décrire le sentiment général qui m’a habité pendant les quelques sessions où j’ai enseigné à titre de chargé de cours à l’Université Laval. Le journalisme que je n’ai jamais cessé de pratiquer depuis plus de 25 ans a toujours été enthousiasmant et continue de l’être, mais jamais comme l’a été le fait d’enseigner.

Bien sûr. Personne ne peut se permettre de faire de son cas personnel une vérité universelle. De surcroît, les réalités des universités et des autres niveaux, collégial, secondaire et primaire, sont bien différentes.

Mais l’enseignement, tout le monde pourra s’entendre là-dessus, a au moins le potentiel d’être une grande source de gratification. Ce n’est pas le cas de tous les métiers.

Cela ne veut pas dire que tout le monde se «réalise» personnellement dans l’enseignement. Pas plus que dans n’importe quelle autre occupation. Ou que ce métier soit pour tous. Pas plus qu’aucun autre.

Éduquer, apprendre, faire apprendre, transmettre, échanger, accompagner font cependant de l’enseignement un métier à part. Un métier de sens. C’est énorme. Il faut le rappeler de temps en temps.

Contribuer ou tenter de contribuer au développement, à l’émancipation, à l’égalité de chances, à l’intégration à la vie sociale; contribuer ou tenter de contribuer à rendre l’école plus intéressante à davantage de jeunes… Quel programme!

Le système scolaire ne parvient pas comme il le devrait à tous ces objectifs. Il n’est pas l’ascenseur social qu’il devrait être. Le système est en situation d’échec dans certains domaines, car la vie elle-même est complexe et les situations des uns et des autres sont diverses.

Mais l’école est au cœur de tout ça.

Utile

À la une du quotidien français Libération, vendredi dernier, on pouvait lire ceci en titre : «Tout quitter pour devenir prof.»

«L’envie d’être utile et d’exercer un métier qui a “du sens” pousse de plus en plus de salariés, souvent issus du privé, à devenir enseignants», disait le chapeau coiffant le dossier.

Peu importe l’ampleur réelle du phénomène en France et la tendance qu’ont les médias à découvrir de nouveaux phénomènes ou à voir de nouvelles tendances partout, il y a deux mots clés ici : utile et sens.

Ils sont liés. Se sentir utile est plus susceptible de conférer du sens à ce que l’on accomplit que n’importe quoi d’autre.

Non, il ne faut pas oublier que certains doivent faire la classe dans de grandes roulottes rectangulaires, que des locaux sont surchargés, que les élèves en difficulté sont nombreux. Je ne l’oublie pas. La réalité est là, sous nos yeux.

Mais il faut aussi rappeler de temps en temps à quel point l’enseignement, l’acte d’enseigner, offre beaucoup. Il offre la possibilité de faire une différence concrète.

Éduquer, transmettre, échanger, accompagner… C’est parce qu’enseigner peut apporter tellement — aux autres, ainsi qu’à soi — qu’il faut absolument améliorer les conditions d’exercice de ce métier, là où c’est nécessaire, et également rappeler qu’il est extraordinaire; qu’il est utile et riche de sens.