Dominic Champagne jappera à un moment ou l’autre, car le gouvernement ne mettra pas de côté le troisième lien entre Québec et Lévis ni le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay.

Dominic Champagne, en attendant la suite

CHRONIQUE / La présence de Dominic Champagne parmi les militants caquistes a bien davantage servi que desservi la Coalition avenir Québec (CAQ) ces derniers jours — même si l’instigateur du Pacte pour la transition estime avoir lui-même pu influencer l’empreinte verte du parti de François Legault.

Si la présence du metteur en scène au Conseil général de la CAQ sur l’«économie verte» suscitait des craintes chez des caquistes, elles se sont vite dissipées.

J’imagine cependant que personne au gouvernement Legault ne s’illusionne sur la suite des choses. Car Dominic Champagne pourrait fort bien devenir au fil du temps un des pires critiques du gouvernement en ce qui a trait à la lutte contre les changements climatiques.

Il ne s’en cache d’ailleurs pas : il y a des moments où il faut encourager et souffler dans les voiles, d’autres où il faut «japper», a-t-il expliqué.

Dominic Champagne jappera à un moment ou l’autre, car le gouvernement ne mettra pas de côté le troisième lien entre Québec et Lévis, ni le projet de gazoduc et d’usine de liquéfaction de gaz naturel au Saguenay.

Mais, pour l’heure, le militant Champagne a plutôt cautionné la volonté exprimée par François Legault en matière d’économie verte. À trop bon compte? C’est ce que pensent de nombreux libéraux et surtout des solidaires. 

Côté pile, côté face

Certains ne perdent jamais le nord. François Legault, lui, ne perd jamais de vue la «majorité silencieuse» lorsqu’il parle, y compris d’environnement et de gaz à effet de serre. 

L’expression «majorité silencieuse» a été brandie pendant une trentaine d’années au Québec. Elle semble avoir disparu du vocabulaire médiatique et des débats politiques, mais la réalité sociologique qu’elle recouvre existe toujours.

Le premier ministre ne manque jamais de s’adresser à elle, de l’avoir à l’esprit — le premier ministre ainsi que, derrière lui, les membres de son cabinet politique avec qui sont préparées ses interventions et les lignes gouvernementales de communication.

C’est ainsi que la transition verte du gouvernement s’effectuera sans douleur pour qui que ce soit... Qui pourrait être contre dans ces conditions? 

En fin de semaine, François Legault et son gouvernement n’ont pas pris leurs membres — ni les Québécois en général — à rebrousse-poil, et ont même pu rallier des sceptiques. C’est un genre d’exploit.

Côté pile, le premier ministre a promis qu’il n’augmenterait aucune taxe pour lutter contre la pollution, a juré qu’il n’est pas au service de «groupes de pression», qu’il ne veut pas se transformer en «petit bonhomme vert», qu’il est dans le pragmatisme et qu’il veut créer de la richesse; côté face, il a assuré que le Québec réduira sa dépendance au pétrole de 40 % d’ici moins de 12 ans, en 2030 — tout ça, beaucoup grâce à notre or bleu, grâce à l’hydroélectricité.

Le tout, côté pile et côté face, sous le parapluie du nationalisme économique.

M. Legault a l’art de savoir présenter les choses. Une majorité de Québécois sera derrière lui.

Après les intentions, il y a tout de même le vrai travail à accomplir. On peut dire que le test de conviction profonde est à venir.

Mais à ses futurs critiques, le gouvernement ne manquera pas de rappeler qu’il ne s’est pas fait élire sur un programme vert foncé.