François Legault a répondu à un journaliste sur la grande question de l’existence de Dieu.

Dieu et Legault

CHRONIQUE / Vie privée? Vie publique? C’est un peu comme pour le cannabis il y a quelques années. En avaient-ils déjà fumé ou pas? Des politiciens acceptaient de répondre aux questions des journalistes, d’autres pas. C’est ce qui s’est passé depuis 48 heures à l’Assemblée nationale, mais cette fois sur la grande question de l’existence de Dieu.

François Legault s’est prêté au jeu. Il faut dire qu’il avait préparé sa réponse, puisque le collègue de Cogeco Nouvelles, Louis Lacroix, qui l’a lancé là-dessus mercredi, l’avait déjà fait la veille, mais sans succès cette première fois.

M. Legault s’était accordé un moment de réflexion. C’était sage. Comment répondre, en effet?

En fin de compte, sa réponse a été habile et respectueuse, selon moi. «J’ai l’espérance que Dieu existe», a-t-il notamment dit. À mes oreilles, le Dieu dont il a parlé est un dieu général.

De sa réponse, j’ai surtout retenu qu’il reconnaissait le fait religieux comme légitime. Dans le contexte actuel, où le débat sur les restrictions sur le port de symboles de foi bat son plein, ce n’est pas sans importance.

Il n’y a pas si longtemps, les responsables politiques qui acceptaient de dire s’ils avaient déjà consommé ou non du cannabis estimaient que leur confession pouvait les servir. Ça ne pouvait être différent ici.

Intérêt politique

Bien sûr : la foi qu’ont ou pas nos politiciens relève de leur vie privée — à moins que leur conception des choses à cet égard influence leurs décisions politiques. La question deviendrait, là, clairement d’intérêt public.

Je ne vois pas de cas, dans l’histoire récente, où la foi d’un premier ministre québécois ou le fait qu’il soit athée ou agnostique ait pu aiguillonner une décision politique. Par prudence, je devrais écrire «directement» aiguillonner, car le fait d’être croyant ou pas peut être un élément structurant le système de valeurs d’un individu — c’est le cas chez plusieurs d’entre nous.

J’en suis sûr : que certains de nos responsables politiques aient des comptes à régler avec la religion ou qu’ils croient en Dieu, ou en un dieu, n’a pas présidé à leurs prises de position sur le port de signes religieux — qu’ils soient favorables aux interdits ou qu’ils soient contre.

Ils ont arrêté leurs positions en raison de leur conception du vivre-ensemble, de ce que revêt à leurs yeux le concept de laïcité, de leur vision de l’avenir du Québec, de leur façon de voir l’intégration des personnes immigrantes, ainsi que de demandes provenant de citoyens — et de leur base électorale.

Vie privée? Vie publique? M. Legault n’était pas obligé de répondre à la question sur Dieu. Il l’a fait parce qu’il a cru y voir son intérêt politique.

La main de Dieu

Devenu chef du Parti libéral du Québec dans les années 70, Claude Ryan est un cas à part dans l’histoire récente. Il avait confié être entré en politique en étant guidé par la main de Dieu. Ce pur intellectuel n’a pas pour autant participé au retour du Québec aux années du catholicisme triomphant!

Lucien Bouchard était un catholique pratiquant lorsqu’il était premier ministre. C’est tout de même son gouvernement qui, en 1998, a remplacé les commissions scolaires confessionnelles par des commissions scolaires linguistiques.

Encore un mot sur lui : en 2013, il n’était plus chef du gouvernement, mais il s’était prononcé en faveur du retrait du crucifix du Salon bleu. Oui, il est bien temps qu’on le retire de là!