Jean-Marc Salvet
Le premier ministre du Québec François Legault
Le premier ministre du Québec François Legault

Des plans de déconfinement précipités?

CHRONIQUE / Nous ne sommes évidemment pas tous des experts en santé publique. Mais les doutes que nous étions nombreux à avoir sur des volets importants des plans de déconfinement lorsqu’ils ont été présentés récemment n’étaient pas totalement infondés. Les plans de la grande région de Montréal comportaient manifestement de gros paris.

Tellement qu’à peine 10 jours après avoir dévoilé celui sur les écoles primaires et les services de garde de l’agglomération urbaine de Montréal, le gouvernement de François Legault a repoussé leur réouverture d’une semaine.

Il avait déjà repoussé l’ouverture des commerces non essentiels dans cette région à peine six jours après le dévoilement du plan les concernant. Et il vient de décider d’un deuxième report à leur sujet trois jours seulement après ce premier changement.

Finalement, dans la région de Montréal, ce devrait donc être le 25 mai à la fois pour les commerces ayant pignon sur rue, ainsi que pour les écoles primaires et les services de garde.

Le gouvernement avait prévenu qu’il changerait des dates sur le calendrier si la situation se détériorait. Il modifie les plans parce qu’elle ne s’améliore même pas.

C’est très bien que le gouvernement s’ajuste. Il fait ce qu’il avait dit qu’il ferait. Bien malavisé celui qui le lui reprocherait.

On peut tout de même se demander si c’est bel et bien la «science» qui a pleinement présidé au grand calendrier initial de réouverture.

Si ce n’était que la science qui avait dicté la cadence, le Québec n’aurait probablement pas décidé d’ouvrir la marche en Amérique du Nord, puisque la situation y demeure pire qu’ailleurs à bien des égards.

En plus des situations particulières propres à chaque territoire, il existe des décisions politiques derrière les plans des uns et des autres. Normal. Les gouvernements sont toujours les ultimes responsables.

On comprend qu’au Québec un scénario a été présenté par le gouvernement de François Legault à la Direction de la santé publique — et que ce n’est pas l’inverse qui s’est produit. Et que celle-ci l’a avalisé, non sans bien sûr y adjoindre une série de recommandations et de conditions.

Outre la situation qui ne s’améliore pas aussi rapidement qu’escompté du côté de Montréal, le problème est qu’on a sous-estimé l’organisation de cette délicate opération de déconfinement, laquelle est colossale dans un contexte où l’on cherche à maîtriser la circulation du virus.

D’où les dissonances, les confusions, les changements de pied et les contradictions dans les messages.

Celui sur le retour au travail demandé au personnel de l’éducation et des services de garde entre 60 et 69 ans représente tout ce qu’il ne faut pas faire.

Mercredi, le directeur de la Santé publique, Horacio Arruda, a dit que ce retour s’effectuera «dans un contexte où les gens vont avoir des équipements de protection personnelle. Les gens vont porter des masques comme tels en garderie, il y aura des mesures de distanciation sociale, etc.». 

À peine quelques instants plus tôt, il avait pourtant encore répété que la protection apportée par un masque est relative : «En fin de compte, c’est comme pour protéger les autres. Et, bon, la protection individuelle, elle n’est pas démontrée.»

Jeudi, cette volte-face était mieux enveloppée, plus honnête même.

Il faut trouver un équilibre par rapport à une multitude de facteurs, a-t-on expliqué.

Mais pour ajouter de la cohérence au tout, il a fallu que les autorités précisent que les grands-parents de moins de 70 ans peuvent désormais voir leurs petits-enfants s’ils respectent les consignes de sécurité.

On avait sous-estimé l’organisation de l’opération de levée des restrictions. Les autorités doivent encore faire la démonstration d’ici la fin de cette semaine que quelque 14 000 tests de dépistage par jour sont réalisés.

Avec le report au 25 mai du côté de Montréal, on se laisse au moins des marges de manœuvre pour mieux faire atterrir toute l’opération.

Trouver le bon mot

On comprend François Legault de s’être accordé un moment pour trouver le mot exact pour parler des personnes de 60 à 69 ans, à qui il est désormais demandé de retourner au travail dans les écoles primaires et les services de garde si elles sont en santé. Le propos devait être délicat, puisque des décès ont aussi été enregistrés dans cette tranche d’âge. Ce groupe compte pour 6,5 % des personnes décédées de la COVID-19 au Québec.

«Ce n’est pas une science exacte, mais le Dr Arruda et la Santé publique évaluent qu’un risque... comment on appelle ça? Contrôlé, hein, contrôlé...», a-t-il dit.

Cela étant, ces statistiques sur les décès ont leurs limites, car tous les groupes d’âge n’ont pas été exposés de la même manière à ce coronavirus.

Si les personnes âgées sont à ce point représentées dans les statistiques de mortalité, c’est en raison de la vulnérabilité de plusieurs d’entre elles et parce que le virus s’est introduit dans des CHSLD. Mais aussi parce que le Québec a décrété des restrictions de circulation assez tôt — avant que la maladie ne se soit trop répandue dans l’ensemble de la société. Les moins âgés ont été moins exposés au virus. 

Ces statistiques parlent donc moins des taux de décès par tranche d’âge attribuables en soi à la COVID-19 que de la situation générée par le confinement au Québec.

Enfin!

Que cette reconnaissance aura été longue à mettre en place! Les primes annoncées par le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, destinées à aider le recrutement et la rétention dans les résidences pour aînés et les hôpitaux en manque de personnel, sont enfin conséquentes. 

On verra si elles auront les effets escomptés, tant du côté du nombre d’employés que de ceux qui exercent à temps plein, car l’argent n’est pas tout.

Mais la réouverture le 25 mai de la plupart des commerces non essentiels, ainsi que des écoles primaires et des services de garde de la grande région de Montréal dépend en bonne partie de la présence d’un personnel plus important dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Tout demeure encore bien fragile.