Mardi, le premier ministre du Québec François Legault, peut-être en mode rattrapage, a indiqué qu’il irait au bout de cet éventuel deuxième mandat si les électeurs reportent la Coalition avenir Québec au pouvoir en 2022, tout en réitérant qu’il ne chercherait pas à en solliciter un troisième.

De l’inédit signé Legault

CHRONIQUE / Il y avait de quoi être perplexe lundi après la lecture d’une entrevue accordée à La Presse canadienne par François Legault. Il y laissait entendre qu’il pourrait ne pas terminer un éventuel deuxième mandat; qu’il pourrait abandonner ses fonctions peut-être même à mi-parcours. Plus tard en journée, peut-être en mode rattrapage, il a plutôt indiqué qu’il irait au bout de cet éventuel deuxième mandat si les électeurs reportent la Coalition avenir Québec au pouvoir en 2022 — tout en réitérant qu’il ne chercherait pas à en solliciter un troisième.

La question du nombre de mandats a déjà suscité un vrai débat politique au Québec.

En 2010, Pauline Marois, alors dans l’opposition, avait proposé de limiter le nombre de mandats du premier ministre du Québec et de certains maires.

Plus précisément, la chef du Parti québécois et le député Stéphane Bédard préconisaient que le titulaire de la charge de premier ministre ne puisse demeurer en poste plus de deux mandats. Et tous deux proposaient de restreindre à trois mandats (ou à 12 ans) le règne d’un maire d’une municipalité de plus de 5000 citoyens.

Mme Marois avait évoqué le modèle américain, où le président ne peut accomplir plus de deux mandats.

Elle faisait valoir que les restrictions suggérées par son parti visaient à forcer le «renouvellement» des dirigeants politiques.

Cette proposition du Parti québécois figurait dans un plan dressé afin de contribuer à «l’assainissement des mœurs politiques au Québec». Jean Charest était au pouvoir depuis quelques années. Les partis d’opposition cherchaient à l’écorcher. Le Parti québécois était particulièrement remonté.

Toutefois… Contrairement à ce que Pauline Marois avait annoncé dans l’opposition, et même réitéré deux fois plutôt qu’une au lendemain de son élection en 2012, son gouvernement minoritaire a finalement mis de côté ce projet. Il y avait tant d’autres mesures plus urgentes à poursuivre…

La proposition était surtout très controversée. Elle ne recueillait pas beaucoup d’appuis, ni dans l’opinion publique ni à l’Assemblée nationale. Elle avait aussi soulevé l’ire de nombreux maires, dont celui de Québec, Régis Labeaume.

«Il y a un certain risque à vouloir réglementer la démocratie», avait d’ailleurs déclaré au Soleil le président de la Fédération québécoise des municipalités d’alors, Bernard Généreux. Les opinions du genre avaient fini par s’imposer.

On n’a plus jamais réentendu parler d’une telle chose. 

Inédit, mais sain

Des défis politiques existent pour un premier ministre annonçant d’avance qu’il rendra son tablier à tel ou tel moment sans y être obligé.

Commençons par l’hypothèse que François Legault a finalement plutôt écartée, celle où il partirait avant la fin de son éventuel deuxième mandat. Passer de la sorte à autre chose signifierait que les électeurs devraient lui accorder leur confiance lors des élections de 2022 sans savoir qui le remplacerait en cours de route…

Pour le savoir dès la prochaine élection, en 2022, il faudrait que ce futur successeur soit désigné d’ici là, soit d’ici moins de trois ans! Politiquement impossible.

Allons-y maintenant avec l’affirmation qu’il a finalement faite, selon laquelle il se rendrait au bout de cet éventuel deuxième mandat, mais sans en solliciter un troisième. En toute logique, il faudrait donc que la Coalition avenir Québec mène une course à la direction pendant ce deuxième mandat et qu’un nouveau chef de parti soit élu par les militants caquistes — entendu que c’est ce dernier qui se présenterait aux élections suivantes, celles de 2026.

Il y aurait alors jusque-là, et pendant au moins des mois, une forme de cohabitation entre un nouveau chef du parti et le premier ministre François Legault… Pourquoi pas, cela dit?

Quoi qu’il en soit, on serait dans l’inédit. Dans l’histoire récente, les premiers ministres du Québec ont quitté leurs fonctions en y étant contraints soit en cours de mandat, soit après une défaite électorale. Jamais en l’ayant annoncé d’avance.

Affirmer qu’on fera deux mandats et pas plus, c’est nouveau. C’est plutôt sain. C’est plutôt franc. Mais on serait tout de même dans l’inédit.