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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
François Legault a pris des décisions nécessaires et lourdes de conséquences.
François Legault a pris des décisions nécessaires et lourdes de conséquences.

De Legault à O’Toole: points de repère

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CHRONIQUE / Voici un tour d’horizon des derniers mois en politique québécoise et canadienne. Ce n’est pas un bilan. Il ne peut y avoir de bilan comme tel alors que nous sommes encore en pleine pandémie. Ce sont des morceaux choisis et des points de repère. 

Qui aurait aimé être à la place de François Legault ou de Justin Trudeau ces derniers mois? Ou de tout autre dirigeant ayant dû prendre les décisions les plus difficiles prises depuis longtemps par des gouvernements en dehors de périodes de guerre?

«Ça va bien aller», disait François Legault au début de la pandémie.

Un déficit d’anticipation des autorités publiques québécoises pour les CHSLD et un lourd héritage du passé ont fait que ça n’a pas bien été du tout.

Manque d’anticipation plus général? En avril, l’Alberta a envoyé une vingtaine de respirateurs au Québec.

Parallèlement, le gouvernement Legault a pris des décisions audacieuses et importantes, comme celle de former à vitesse grand V de nouveaux préposés aux bénéficiaires. C’était une opération aux allures de tour de force. Elle a été réussie.

François Legault a aussi pris des décisions nécessaires et lourdes de conséquences, comme celle de confiner avant d’autres. Mais les incohérences ont été nombreuses. C’était inévitable.

Est-ce qu’un gouvernement québécois dirigé par Dominique Anglade ou par Paul St-Pierre Plamondon, ou encore par Manon Massé ou Gabriel Nadeau-Dubois, aurait mieux fait que celui de M. Legault? Ni les uns ni les autres n’ont heureusement cette prétention. Leur principal cheval de bataille ne porte d’ailleurs en général pas sur le fond des choses, mais sur un «manque de transparence».

À travers tout ça, François Legault a parfois cherché à faire plaisir. Comme lors de son annonce prématurée de rassemblements à Noël, qui était assortie d’un très petit «si». C’est humain.

Aux côtés de son binôme, le docteur Arruda, il a fait entendre des mots graves et un ton de proximité. Il a «connecté» avec beaucoup de Québécois.

Cette semaine, il a mis ses talents de communicateur au service de son ami Pierre Fitzgibbon. Mais on n’oublie pas qu’il aurait rugi devant un ministre épinglé une deuxième fois par la Commissaire à l’éthique et à la déontologie s’il avait été dans l’opposition. On appelle ça des «jeux de rôle».

Au sein du Canada, et à titre de président du Conseil de la fédération, François Legault est apparu en leader solide depuis la fameuse bière qu’il a prise avec son homologue ontarien Doug Ford.

On savait, avant la réunion tenue jeudi entre les premiers ministres provinciaux et Justin Trudeau, que le dossier des transferts en santé ne serait pas réglé avant longtemps — et qu’il ne le sera d’ailleurs probablement jamais à la hauteur des demandes des provinces.

En parlant de «rendez-vous manqué» alors que nous ne sommes qu’au début de quelque chose, M. Legault a cherché à mettre un maximum de pression pour la suite des choses. Il sait aussi qu’il ne perdra pas vraiment de points avec une bonne bataille politique contre Ottawa.

En 2021, tout ce dossier pourrait fournir au chef conservateur Erin O’Toole une occasion de s’illustrer. Son parti aura une vraie carte à jouer lors des prochaines élections pour mettre un peu plus à l’endroit un Canada un peu trop à l’envers, c’est-à-dire pour le faire davantage reposer sur les provinces.

Toutes les structures et toutes les organisations doivent s’adapter à la situation et aux nécessités.

Anglade

Dominique Anglade a fait bouger le PLQ depuis qu’elle en a pris la direction. Les libéraux affirment désormais que la loi 101 doit s’appliquer aux entreprises sous juridiction fédérale. Pas une révolution, mais une évolution. Son appui a convaincu d’anciens premiers ministres libéraux comme Jean Charest et Philippe Couillard d’adhérer à cette revendication. Une sorte d’épiphanie.

Dominique Anglade a fait bouger le PLQ depuis qu’elle en a pris la direction.

Mais beaucoup plus important encore que cette évolution est que les libéraux de Mme Anglade reconnaissent désormais pleinement le «déclin» de la langue française sur le marché du travail en général et dans les commerces en particulier, ainsi qu’au sein des établissements d’enseignement supérieur.

François Legault s’est-il ennuyé du placide Pierre Arcand, qui a dirigé le PLQ jusqu’à ce que Dominique Anglade en prenne les rênes? Il s’est souvent montré énervé devant les questions de l’ancienne présidente de la CAQ. Il a souvent laissé entendre que l’opposition officielle qu’elle dirige contestait les mesures sanitaires. C’est faux.

Bérubé/PSPP

Il n’est pas facile pour les partis d’opposition de critiquer un gouvernement dont la popularité demeure importante.

Pascal Bérubé, chef du Parti québécois jusqu’en octobre, en a témoigné à sa façon. «C’est un rôle qui est parfois ingrat, a-t-il dit. Mais le gouvernement est obligé de se surpasser parce qu’on lui pose des questions importantes.» Ce n’est pas totalement faux.

Son successeur, Paul St-Pierre Plamondon, s’est amené avec une énergie débordante et une volonté de faire flèche de tout bois.

Depuis l’arrivée de Paul St-Pierre Plamondon, le PQ est revenu à un discours dans lequel on entend qu’un Québec indépendant ferait bien mieux que l’actuel Canada.

Peu après son entrée en scène, lors d’un point de presse, il a déposé devant lui une fausse statuette du cinéma américain, un Oscar en toc. Il l’offrait symboliquement à deux caquistes pour leurs bons numéros de la veille. 

L’une des marottes du nouveau chef péquiste est de dénoncer un gouvernement qu’il affirme être entièrement dédié à la «communication». Cet Oscar, c’était pourtant de la «comm’» pure.

Depuis son arrivée, le PQ est revenu à un discours dans lequel on entend qu’un Québec indépendant ferait bien mieux que l’actuel Canada. Un vrai «nouveau cycle»?

Outre son énergie, et sa défense farouche de la place de la langue française au Québec, le plus nouveau jusqu’à présent est le terme «décanadianisation» qu’il a mis de l’avant.

Massé/GND

La solidaire Manon Massé n’a pas attendu la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes pour se préoccuper du sort des autochtones. Il aura toutefois fallu ce drame pour que son discours porte davantage.

La solidaire Manon Massé n’a pas attendu la mort de Joyce Echaquan sous les insultes racistes pour se préoccuper du sort des autochtones.

Elle et Gabriel Nadeau-Dubois, l’autre co-chef de Québec solidaire, ont renoué avec l’identité de Québec solidaire en proposant un impôt de pandémie, un autre sur les grandes fortunes et de nouvelles mesures d’écofiscalité. Même s’il ne faut pas prendre pour argent comptant les sondages indiquant qu’une majorité de Québécois seraient prêts à payer davantage pour les services publics, il est heureux que QS s’assume sur ce front. De tels débats nous changent de ceux sur l’«identité», qui occupent un espace démesuré.

À retenir : un message lancé par Gabriel Nadeau-Dubois. «Continuons à débattre même si on n’est pas d’accord. Ne pointons pas du doigt, ne stigmatisons pas. Au contraire, gardons le dialogue vivant, continuons d’alimenter une vie civique, une vie citoyenne inclusive, dynamique, où on parle de politique plutôt que de s’enfermer dans des chapelles et de se crier des noms.»

Ça vaut pour tout le monde.

Trudeau

À la mi-avril, j’écrivais que la collaboration entre les différents ordres de gouvernement au sein des États fédéraux n’allait pas de soi partout dans le monde — ni même dans des États unitaires comme la France, où des leaders régionaux ont exprimé leur colère contre des mesures sanitaires décidées par Paris. J’ajoutais qu’il fallait saluer la coopération qui existait entre Ottawa et les provinces dans cette crise pandémique. C’est encore vrai des mois plus tard pour tout ce qui touche à la pandémie, malgré des bras de fer comme celui survenu au printemps avec la présence de l’armée dans les CHSLD.

L’une des décisions les plus avisées de Justin Trudeau aura été de fermer le Parlement canadien pendant quelques semaines.

Au Canada, les décisions et les actions sanitaires ont surtout été le fait des provinces. Ottawa est essentiellement intervenu — et massivement — sur le plan des aides économiques. Le gouvernement Trudeau a même fini par en faire trop dans certains domaines. Il vaut néanmoins mieux trop que pas assez.

Politiquement, la décision la plus avisée de Justin Trudeau aura été de fermer le Parlement canadien pendant quelques semaines et de relancer l’action de son gouvernement par un discours du Trône. Avisée, d’un point de vue tactique. Le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, Mario Dion, finira bien malgré tout par se prononcer sur l’affaire WE Charity.

O’Toole, Singh et Blanchet

Depuis son arrivée à la Chambre des communes, le conservateur Erin O’Toole a démontré qu’il n’est pas de cette droite moisie opposée idéologiquement au droit à l’avortement et au mariage gai. Il a des atouts en main pour mener une meilleure course électorale que son prédécesseur.

Erin O’Toole a des atouts en main pour mener une meilleure course électorale que son prédécesseur.

L’année du néo-démocrate Jagmeet Singh est plutôt triste. S’il est porté par de bonnes valeurs, il les défend malheureusement de manière contre-productive. Il l’a démontré le jour où il a traité le député bloquiste Alain Therrien de raciste sous prétexte qu’il ne reconnaissait pas le caractère systémique du racisme.

Personnellement, le qualificatif «systémique» ne me gêne absolument pas. Mais c’est un grave glissement d’accuser de racisme ceux qui rejettent l’expression.

Les succès d’Yves-François Blanchet à la Chambre des communes ont reposé sur le fait qu’il s’est campé dans le rôle d’allié naturel et indéfectible du gouvernement Legault. Ce n’est pas lui enlever quelque mérite que ce soit de le dire, car le chef bloquiste s’y emploie avec efficacité.

C’est écrit dans le ciel : aux prochaines élections fédérales, M. Blanchet et M. O’Toole se disputeront l’appui de François Legault. Le dossier des transferts en santé planera au-dessus des têtes.