Le plus dur pour le Parti québécois ne sera jamais de réaffirmer sa foi en la souveraineté, comme il l’a fait la fin de semaine dernière, mais de la définir.

Ce PQ qui veut vivre

CHRONIQUE / Au Parti québécois (PQ), certains disent vouloir désormais surtout travailler à faire valoir les bienfaits du projet souverainiste. Très bien.

Je serais cependant étonné que cette volonté supplante la conviction de plusieurs souverainistes pour qui la meilleure carte passe par une série de fins de non-recevoir du gouvernement canadien à des demandes formulées par le Québec.

Je serais davantage convaincu de la volonté du PQ de renouer avec la promotion de la souveraineté s’il définissait les contours du projet qu’il veut proposer aux Québécois.

Le plus dur pour lui ne sera jamais de réaffirmer sa foi en la souveraineté, comme il l’a fait la fin de semaine dernière, mais de la définir.

Une monnaie commune avec le reste du Canada? Non? Oui?

Une armée commune? Oui? Non?

Quel type de frontières?

Des institutions en partage? Lesquelles?

De nombreux péquistes avaient sursauté en 2014 lorsque Pauline Marois avait laissé tomber qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada. Pourquoi? Parce que ces questions étaient et demeurent éludées depuis plus de 25 ans.

Pourquoi? Notamment parce que les péquistes n’ont jamais vraiment partagé entre eux la même vision des choses. Et que s’avancer sur ce terrain a souvent été vu comme un risque. Plus on fournirait de détails, plus on donnerait de prises aux adversaires...

Mais que risquerait le PQ aujourd’hui à mieux définir son projet?

Le Parti québécois conserve toute sa pertinence sur l’échiquier politique québécois. Ce n’est pas parce qu’on est moins populaire que d’autres qu’on n’a pas des choses à dire.

Mais puisqu’il a décidé de revenir à ses convictions de base, il devrait en dire davantage sur les contours du Québec souverain qu’il souhaite. Ne serait-ce que pour animer son projet.

Pas le choix

Pour exister, le PQ a décidé de remettre l’indépendance au cœur de son action... Une fois de plus.

Il n’avait pas le choix d’y revenir une énième fois, puisque le gouvernement Legault a investi le terrain du nationalisme sur lequel il se repliait régulièrement. Il devait donc renouer avec son ADN.

Depuis les dernières élections générales au Québec, il ne restait qu’à officialiser la chose. Cette officialisation était tellement sans surprise que la direction du parti n’a même pas attendu la réunion de son instance militante pour aller de l’avant. Avant ce retour au jeu de base, le mot indépendance figurait déjà sur les pancartes électorales du candidat péquiste concourant dans la partielle de Jean-Talon.

La fin de semaine dernière, le PQ a aussi résolu de ne pas discuter de la «mécanique», mais de l’objectif. Une fois de plus là aussi, pourrait-on ajouter. Il veut parler de l’indépendance du Québec, mais pas du moment où un référendum serait déclenché. Dès une éventuelle reprise du pouvoir? Dans un éventuel deuxième mandat?

Pour l’heure, compte tenu de sa petite santé politique, aucun de ses adversaires n’exigera de la clarté à ce sujet. Mais soyons certains que si le Parti québécois devait retrouver du tonus, ce débat reprendrait de plus belle.

Les partis fédéralistes lui demanderaient de se commettre afin d’éviter qu’il ait une carte blanche en poche; et des péquistes et des indépendantistes le feraient pour être sûrs qu’un gouvernement péquiste ne passerait pas à côté d’un possible rendez-vous référendaire.

Cela pour dire que la situation politique déterminera beaucoup plus la direction que prendra le PQ dans l’avenir que ce qui a été décidé ces derniers jours.

Et il va sans dire que l’identité de son prochain chef comptera beaucoup plus que tout cela. Surtout qu’il existe — hormis en ce qui concerne l’objectif de la souveraineté — des visions très différentes entre les trois candidats pressentis jusqu’ici : Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon et Frédéric Bastien.

Dans le contexte actuel, pas plus qu’il ne perdrait à dessiner les contours de la souveraineté qu’il désire, le PQ ne perdrait rien non plus à permettre non seulement à ses membres, mais à des sympathisants de participer au choix de son prochain chef — s’il y en a plus d’un qui se lance.