Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon et Guy Nantel participaient au deuxième débat du Parti québécois mardi soir.
Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Paul St-Pierre Plamondon et Guy Nantel participaient au deuxième débat du Parti québécois mardi soir.

Ce parti qui refuse de mourir...

CHRONIQUE / Les candidats à la direction du Parti québécois tenaient leur deuxième débat mardi soir. De façon générale, ce rendez-vous a été moins enflammé que le premier — même s’il a été marqué par deux ou trois moments de tension. A-t-il paru moins «déconnecté» que le précédent, pour reprendre un qualificatif que plusieurs ont employé au sujet de celui du 26 août?

Mettons les choses au clair. Dans le contexte actuel, il sera toujours difficile pour le Parti québécois de ne pas paraître déconnecté aux yeux de nombreux Québécois lorsque tous les sujets abordés sont censés converger vers un seul objectif, celui de l’indépendance, et que celle-ci ne figure pas ou ne semble pas figurer à l’ordre du jour.

Au PQ, les débats peuvent porter sur deux plans. Le premier est celui que l’on entend presque exclusivement depuis une vingtaine d’années. C’est le suivant : le Québec s’en sortirait mieux dans tel et tel domaine, voire dans tous, s’il était seul maître de son destin.

Chacun y va de sa démonstration ou de son affirmation. C’est super pour les déjà-convaincus.

L’autre axe, sur lequel le PQ débat et discute plus rarement, porte sur le type d’indépendance qui serait proposé aux Québécois advenant que ce parti reprenne un jour le pouvoir et mène la société jusqu’à un autre référendum sur la question. Cette indépendance comprendrait-elle une monnaie commune, une armée en partage, etc.?

Je préfère personnellement que les candidats à la direction du Parti québécois nous disent à quelle indépendance ils songent plutôt que de se contenter de répéter que tout serait tellement plus extraordinaire dans un Québec indépendant. Sinon, la proposition péquiste ne sera jamais complète.

Lors du premier débat, au moins deux candidats, Paul St-Pierre Plamondon et Sylvain Gaudreault, se sont clairement engagés à répondre à des questions du genre avant tout éventuel prochain référendum; autrement dit, à définir les contours du projet souverainiste. Voilà pourquoi, j’ai trouvé le premier débat fort instructif. Plus que le second.

Le premier débat a été instructif à plus d’un titre. Y entendre Guy Nantel parler de «faire monter les tensions» avec Ottawa en a dit long sur la stratégie qui serait la sienne.

Idem quand on a entendu Frédéric Bastien, toujours lors du premier débat, parler des «ennemis» pour qualifier les «fédéraux». Je me souviens de Bernard Landry, qui disait, lorsqu’il entendait ce mot, qu’il fallait dire «adversaires».

Beaucoup de consensus

Le deuxième débat a été riche en contenu. Plus concret que le premier, dans un certain sens, mais plus consensuel aussi. Sans surprise, tous les candidats ont fait valoir qu’ils étaient pour davantage d’équité et de justice. Qui ne le serait pas?

On sentait que les uns et les autres auraient souvent aimé dire ce que l’interlocuteur précédent venait de déclarer. C'est dire.

En matière de justice et d’équité, ce sont davantage des stratégies de communication qui les ont distingués, ainsi que leur capacité à écorcher de temps en temps Ottawa au passage, que le fond.

Paul St-Pierre Plamondon a souvent fait mouche mardi soir, mais il doit regretter d’avoir acquiescé à l’affirmation selon laquelle Frédéric Bastien est le mieux placé pour s’opposer frontalement au gouvernement canadien. Moment de communication : M. Bastien s’est plu à se présenter en amateur de la série culte Star Wars.

Le moment de tension de la soirée a été initié par M. St-Pierre Plamondon, qui a estimé que Guy Nantel serait mal placé pour légiférer sur les agressions sexuelles compte tenu des blagues qu’il a pu faire sur ce sujet dans ses spectacles d’humour et du fait qu’il complétera sa tournée en salle. M. Nantel ne l’a pas dit ainsi, mais il a trouvé que c’était un coup bas.

De façon générale, ce deuxième débat passé, et en prenant un grand angle, on peut encore une fois dire que ce parti, malgré ses graves difficultés (y compris financières), est constitué d’un noyau dur qui ne veut pas le laisser mourir. Et ça, en démocratie, c’est on ne peut plus sain.