Le leader catalan Carles Puigdemont, au centre, alors qu’il arrive à une conférence de presse à Bruxelles, lundi. La Cour suprême espagnole a condamné 12 élus catalans à des peines de 9 à 13 ans de prison pour sédition et malversation de fonds publics.

Catalogne: de l’entêtement à l’ignominie

CHRONIQUE / En Catalogne, la judiciarisation d’un problème politique a conduit à une ignominie. Des leaders indépendantistes ont été condamnés à des peines de 9 à 13 ans de prison pour sédition et malversation de fonds publics. Triste jour pour nos démocraties occidentales.

Un tel procès n’aurait jamais dû se tenir dans un pays démocratique. C’est d’autant plus vrai qu’il n’y aura d’autre issue à cette crise politique qu’un règlement politique. Mais avec quelles secousses graves et avec quels dérapages d’ici là, si les grands partis politiques espagnols, actuellement engagés dans une campagne électorale, ne proposent jamais aucun dialogue?

Chaque camp est dans sa logique, certes, mais l’attitude butée des hautes autorités espagnoles n’a fait que jeter de l’huile sur le feu au fil des ans. Cet entêtement fou à tenter de régler un problème politique par la voie judiciaire a été, pour dire le moins, contre-productif.

Ce sont les autorités espagnoles et personne d’autre qui ont amplifié le mouvement indépendantiste catalan depuis 2010 — mouvement qui ne fait pas l’unanimité au sein de la société catalane, mais qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Ce sont les autorités espagnoles qui l’ont fait croître.

L’Union européenne devrait sortir de sa torpeur et regarder au-delà des malaises de certains de ses États membres. Et comprendre que, malgré les fautes politiques commises par certains leaders indépendantistes catalans, elle a le devoir de se porter en médiatrice. Elle doit concourir au dialogue entre les parties.

Comme l’ont dit près de 100 maires du département français des Pyrénées-Orientales (qualifié de «Catalogne nord» par certains), les leaders indépendantistes doivent être libérés, les exilés doivent être autorisés à revenir chez eux, les élus catalans du Parlement européen doivent être pleinement habilités à exercer le mandat que leur ont confié les électeurs, les libertés fondamentales doivent être rétablies et un dialogue constructif permettant de trouver des solutions politiques à un problème politique doit s’engager.

Les différents gouvernements espagnols auraient dû depuis des années déjà ouvrir des discussions avec les représentants élus de la Generalitat de Catalunya, à Barcelone. La faute originelle, celle à l’origine de l’amplification de cette crise, réside dans ce refus.

Nombreux sont ceux qui dans les villes de Gérone et de tant d’autres cités catalanes n’acceptent pas et n’accepteront pas ces sentences, peu importe bien évidemment qu’elles soient moins lourdes que celles réclamées par le parquet.

Résonance

Tout ce qui touche à Madrid et à Barcelone a une résonance particulière chez nous. On a pu s’en apercevoir très rapidement après le prononcé de la sentence lorsque le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a exhorté ses adversaires, au premier rang desquels Justin Trudeau, à condamner ce verdict. 

Justin Trudeau n’est pas seul dans son camp. Ces dernières années, presque toutes les capitales occidentales ont préféré regarder ailleurs. Elles ont préféré éviter de condamner Madrid de crainte, pour parler uniquement de l’Europe, d’alimenter les régionalismes et de se retrouver aux prises, un jour, avec un problème interne semblable.

Cela étant, les réalités entre l’Espagne et le Canada sont bien différentes. Ottawa reconnaît la possibilité de la sécession. Il existe un chemin pour y parvenir. Madrid ne reconnaît nullement ce droit. Le gouvernement espagnol n’admet aucun chemin pour l’indépendance de l’une de ses 17 communautés autonomes.

Assemblée nationale

On rappelle souvent au Québec que l’Assemblée nationale s’est déjà exprimée unanimement sur la situation en Catalogne. C’est vrai, mais cette façade cache des lézardes. En 2017, ce n’est qu’après un long et dur bras de fer que les partis politiques québécois étaient parvenus à s’entendre. Les libéraux n’appréciaient pas le premier libellé présenté par le Parti québécois (PQ).

Des lézardes? Beaucoup plus récemment, en février dernier — et bien que la chose soit passée inaperçue —, le gouvernement de François Legault a repoussé une proposition de résolution parlementaire du PQ sur la Catalogne.

Le gouvernement caquiste ne s’est pas exprimé sur son refus. La motion proposée par le PQ se lisait ainsi : «Que l’Assemblée nationale réaffirme sa volonté exprimée unanimement le 4 octobre 2017 appelant au “dialogue politique et démocratique entre l’Espagne et la Catalogne”; qu’elle reconnaisse le droit universel d’autodétermination des peuples tel que reconnu par l’Organisation des Nations unies et le droit international; qu’elle affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques; que l’Assemblée nationale appelle à un dialogue pacifique pour une résolution durable du conflit.» Ces élus sont emprisonnés depuis près de deux ans déjà.

J’avais soupçonné à ce moment-là, en février, que le refus du gouvernement caquiste d’appuyer cette résolution parlementaire était motivé par le paragraphe demandant que l’Assemblée nationale «affiche sa solidarité envers les 12 élus catalans emprisonnés pour avoir organisé un référendum dans le respect des règles démocratiques».

J’en ai en tout cas conclu que la Coalition avenir Québec jugeait l’affaire plus délicate au pouvoir que dans l’opposition.