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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Québec solidaire a 15 ans ce mois-ci. Sa naissance en février 2006 a constitué une bonne nouvelle pour notre démocratie.
Québec solidaire a 15 ans ce mois-ci. Sa naissance en février 2006 a constitué une bonne nouvelle pour notre démocratie.

Bon anniversaire à QS

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CHRONIQUE / Ils se sont mis un doigt dans l’œil ceux qui à la naissance de Québec solidaire affirmaient que ce parti contribuerait à maintenir perpétuellement les libéraux au pouvoir. La division des votes n’a pas eu cet effet.

Ces esprits chagrins imaginaient l’avenir avec les données d’alors sans imaginer que celles-ci pouvaient changer. QS a certes taillé des croupières au Parti québécois, mais la Coalition avenir Québec est apparue dans le paysage politique et les libéraux sont dans l’opposition.

Québec solidaire a 15 ans ce mois-ci. Sa naissance en février 2006 a constitué une bonne nouvelle pour notre démocratie.

De la même manière qu’il existait alors un parti à la droite des libéraux — l’ADQ de Mario Dumont —, il était sain qu’il y en ait un à la gauche du Parti québécois.

Il est sain que différentes opinions existant dans une société puissent trouver un chemin jusque dans un parlement.

«Nationalisation!»…

S’il y a une chose qui n’a pas changé pour QS ces 15 dernières années, c’est qu’il prête le flanc à des mises en boîte rapides de la part de ses adversaires, qui peuvent régulièrement brandir le mot «nationalisation».

Dernier exemple en date : celui du transport interurbain par autocar. «C’est typiquement “Québec solidaire”… Chaque fois qu’il y a un problème, on nationalise, puis on sort des milliards. C’est la seule, seule solution de Québec solidaire», a laissé tomber le ministre des Transports, François Bonnardel, il y a quelques jours.

Cette fois, c’était on ne peut plus vrai. QS avait bel et bien parlé de nationalisation.

Mais la réplique aux propositions de QS tombe souvent comme une caricature.

Laïcité et indépendance

Poursuivons avec deux autres éléments de repère qui font et continueront de faire débat.

Aux prochaines élections, le Parti québécois, qui pâtit de la présence de QS sur la scène politique québécoise, répétera à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une formation très peu déterminée sur le front souverainiste.

Là-dessus, on saura de quel bois se chauffe QS selon qu’il affichera haut ou pas la position qu’il a adoptée à son congrès de novembre 2019. Le parti a alors décidé de foncer vers la souveraineté en promettant rien de moins que des «gestes de rupture» avec le Canada s’il était porté au pouvoir.

C’était un peu un pied de nez à ses électeurs fédéralistes, ainsi qu’à de nombreux souverainistes solidaires préoccupés par bien d’autres choses que le projet indépendantiste. N’empêche que c’est ce qu’il a adopté à ce moment-là comme position.

Québec solidaire est devenu de plus en plus indépendantiste avec l’arrivée de Manon Massé, ensuite avec celle de Gabriel Nadeau-Dubois et, par la suite, avec sa fusion avec Option nationale. Mais ses ténors n’avaient jamais affiché leurs couleurs comme ils l’ont fait cet automne-là.

Manon Masse et Gabriel Nadeau Dubois discutent de la position de Québec Solidaire sur la question de laicité, en 2019.

L’énergie qu’ils consacreront véritablement à cette question dans l’avenir demeure cependant un mystère.

On pourra aussi compter sur le PQ pour rappeler que QS a tourné le dos à sa position d’interdire le port de signes religieux chez les figures de coercition identifiées par la Commission Bouchard-Taylor. Une majorité de militants réunis au printemps 2019 ont estimé que cette position pourtant pragmatique allait trop loin et brimait les droits et libertés de la personne; qu’elle empêchait «certaines minorités d’avoir accès à certaines fonctions liées à l’État».

L’aile parlementaire a été prise en otage par une base militante idéologue. Elle a malheureusement laissé faire. Elle n’est pas intervenue pour peser dans ce débat. Il faut dire qu’elle était elle-même divisée sur la question.

Il s’agit de la plus grande rupture opérée par le parti depuis que les ex-députés Françoise David et Amir Khadir en étaient les co-porte-parole.

C’est aussi l’un des flancs mous de ce parti au sein de l’électorat francophone en général.

Le quotidien

Bien plus que de laïcité et plus que d’indépendance, c’est d’environnement et de lutte contre les changements climatiques dont Québec solidaire voudra encore le plus parler au cours des prochains mois.

À l’interne, cette question constitue un lien, un liant. Tout autant que toutes celles portant sur la justice sociale et l’équité.

Personne ne peut dire dans quelle mesure ce parti pourra tirer son épingle du jeu aux élections de 2022 en avançant ces pièces maîtresses. Mais personne ne peut prétendre qu’il s’agit de thèmes superflus.

Il y a, d’un côté, les grands axes mentionnés ci-dessus, ceux qui constituent les trames de fond de QS. Et il y a, de l’autre, le quotidien politique, si on peut le dire ainsi, lequel est fait d’innombrables sorties et prises de position dans une multitude de dossiers.

C’est souvent là, dans ce quotidien politique, que QS enrichit le plus nos débats démocratiques — que l’on soit d’accord ou pas avec lui.  Bon anniversaire!