Jean-Marc Salvet
François Legault parle beaucoup d’action. Il veut être vu comme un homme d’action.
François Legault parle beaucoup d’action. Il veut être vu comme un homme d’action.

Au diable l’«Évolution tranquille»!

CHRONIQUE / En début de semaine dernière, François Legault avait utilisé l’expression «Évolution tranquille» pour exprimer que les choses doivent changer au Québec sur le front du racisme et de la discrimination. Étrangement, pour justifier son refus d’employer le terme «systémique», il répétait (et répète toujours) ne pas vouloir d’un débat autour de mots. Or, il s’en mettait d’autres en bouche...

Pour tous ceux qui veulent voir la société progresser sur la voie de l’égalité, c’est une victoire qu’un groupe d’action contre le racisme ait été lancé lundi par le premier ministre du Québec. C’est une avancée, car il y a un moment à saisir depuis le meurtre de l’Afro-Américain George Floyd.

La création de ce groupe est susceptible de nous faire quitter le seul monde des discussions. 

Le mandat du groupe d’action sera «d’élaborer une série d’actions efficaces pour lutter contre le racisme, notamment en déterminant les secteurs nécessitant prioritairement des mesures en ce sens (sécurité publique, justice, milieu scolaire, logement, emploi, etc.)».

Le mot «systémique» ne figure pas dans le mandat, mais c’est tout comme, finalement.

Des recommandations devront être déposées dès cet automne afin que des changements «soient instaurés le plus rapidement possible», explique-t-on.

Avec un tel mandat et un tel échéancier, on n’est pas dans la mollesse apparente de l’«Évolution tranquille».

Compte tenu de l’échéancier serré, le groupe cherchera sans doute davantage à établir une liste de priorités devant être mises en œuvre que de recommencer à colliger à partir de zéro des propositions et des solutions. C’est d’autant plus plausible et possible que de très nombreuses et de très solides propositions ont été émises depuis plus d’une génération.

La composition du groupe prête flanc à la critique, cela étant. Aucun Autochtone... Aucun élu de l’opposition non plus… Et deux députés caquistes ci-devant ex-policiers sur un comité comptant sept personnes!

C’est pour pousser la logique de l’action jusqu’au bout que le gouvernement n’a installé que des élus caquistes sur ce comité. C’est ce qu’il nous invite à comprendre.

Pour donner le change, François Legault assure bien évidemment que le comité consultera différents experts et organismes oeuvrant dans la lutte contre le racisme.

Autre bémol tout de même : simple membre du comité, la ministre responsable des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, devra s’assurer de s’y faire une vraie place, elle qui n’a pas brillé depuis qu’elle occupe cette fonction.

Malgré tout, il faut laisser sa chance au coureur. Le groupe n’est pas assis sur le banc à s’interroger. Il ne se demande pas s’il va courir. Il entreprend sa course aux allures de sprint.

Les deux coprésidents, les ministres Lionel Carmant et Nadine Girault, ont la volonté sincère de changer les choses — et pas seulement parce qu’ils ont eux-mêmes vécu du racisme.

Au cas où, prenons tout de même au mot la ministre Girault. Son gouvernement, a-t-elle dit, devra «créer des obligations claires de résultats». C’est bien enregistré. C’est consigné.

François Legault parle beaucoup d’action. Il veut être vu comme un homme d’action. En toute logique, et pour démontrer qu’il veut dépasser les simples mots, le terme «action» figure dans le titre du comité gouvernemental. M. Legault a ici une occasion à ne pas manquer d’être un premier ministre d’action.

Cela dit, pour ne pas que les plans et les politiques à venir flottent trop dans l’air, pour qu’ils soient le plus possible mis en application, il faudra que ceux-ci soient sous l’autorité de quelqu’un. Il faudra qu’il y ait un responsable. C’est trop souvent ce qui manque dans tout, un responsable imputable.