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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le directeur de Centraide, Bruno Marchand, présentait <em>Du plomb dans les ailes </em>lors de la sortie du livre en octobre.
Le directeur de Centraide, Bruno Marchand, présentait <em>Du plomb dans les ailes </em>lors de la sortie du livre en octobre.

À quand un ministre de l’Égalité des chances?

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CHRONIQUE / Alors que s’ouvrait le sommet de Davos (de façon virtuelle), Oxfam a estimé cette semaine que les ultrariches du monde sont jusqu’ici sortis renforcés de la pandémie. L’ONG a renouvelé son appel à taxer la richesse afin de combattre «le virus des inégalités».

Mais qui a envie d’agir? Qui pense devoir agir? Qui estime que c’est de sa responsabilité?

À une échelle plus près de nous, un petit livre bien concret publié récemment nous rappelle quelques dures réalités sur les inégalités. Cet ouvrage publié chez Septentrion s’intitule Du plomb dans les ailes. Sa rédaction a été coordonnée par Centraide Québec, Chaudière-Appalaches et Bas-Saint-Laurent.

J’en parle parce que c’est un thème qui ne prend pas autant de place qu’il le devrait en politique québécoise. Pas seulement depuis la pandémie. La sourdine est installée depuis belle lurette.

J’en parle parce que ceux ayant le pouvoir de transformer les choses se sont habitués aux situations exposées dans cet ouvrage. Ou ont fini par les accepter en leur trouvant même des justifications.

De toute façon, il y a bien longtemps que les discours sur les inégalités ne sont plus à la mode. Ils sont comme une musique d’ascenseur. On les entend sans les écouter.

Le problème s’agissant d’une question comme celle-là est souvent que plus on a le pouvoir d’agir, moins on se sent concerné.

Du plomb dans les ailes rappelle que l’espérance de vie diffère de huit ans entre des citoyens vivant dans des quartiers aisés et d’autres vivant dans des zones pauvres.

Ce n’est pas un livre misérabiliste. Il ouvre des fenêtres sur différentes situations de vie. Il tente d’esquisser des solutions. Il est pédagogique.

Caricature de militants? Nenni. Au détour des pages, on trouve d’ailleurs des éléments qui pourraient faire hérisser une certaine gauche. On conteste certaines logiques égalitaristes.

On y illustre par exemple que les hausses de salaire accordées en pourcentage favorisent l’accroissement des écarts de revenu. Citation : «Au fil du temps, une hausse de salaire de 3 % sur 100 000 $ devient bien différente d’une hausse de 3 % sur 30 000 $. Au bout de 20 ans, l’écart de revenu qui au départ était de 70 000 $ s’élèvera à plus de 126 000 $. Et cet écart pourra s’accroître en raison des revenus de placement et investissements puisque la capacité d’épargner et d’investir ne sera pas la même pour ces deux situations.»

Le livre tourne autour de l’image d’escaliers roulants. Certains sont sur ceux qui montent. Pour eux, les avantages s’additionnent. D’autres montent moins vite, ont plus de difficulté à monter ou ne montent pas. Ils avancent sur un escalier mécanique qui descend.

<em>Du plomb dans les ailes</em> rappelle que l’espérance de vie diffère de huit ans entre des citoyens vivant dans des quartiers aisés et d’autres vivant dans des zones pauvres.

C’est l’image principale sur laquelle se fonde l’ouvrage. C’est un dessin à gros traits, mais ce n’est pas une caricature pour autant.

Un aiguillon

Même si elles sont trop souvent à la marge, des mesures sont régulièrement prises au Québec et au Canada pour améliorer l’égalité des chances et favoriser la répartition de la richesse.

Dans les mois ayant suivi son arrivée au pouvoir, le gouvernement caquiste a par exemple réglé une injustice dont l’Assemblée nationale parlait de temps en temps depuis une dizaine d’années sans que quoi que ce soit ne change, soit la bonification de l’exemption des pensions alimentaires pour enfant à charge. Derrière cet énoncé technique, des femmes monoparentales à l’aide sociale étaient injustement pénalisées par rapport à d’autres. Il y a eu une avancée.

Mais il y a tant à faire. Tant à faire en santé, en prévention; tant à faire en éducation; tant à faire en ce qui a trait à la répartition de la richesse; en habitation, etc. Ce petit ouvrage le rappelle.

Cette lutte sera toujours un travail sans fin. Le virus des inégalités mute.

Mais pourquoi pas, un jour, la nomination d’un ministre responsable de la réduction des inégalités ou de l’égalité des chances au Québec? On pourrait même penser à un ministre sans budget comme tel; à un ministre qui serait en fait une conscience, un aiguillon autour de la table du Conseil des ministres.

Car dans le flot de toutes les urgences, cette mission essentielle n’apparaît jamais comme un fil conducteur, mais comme quelque chose auquel on pense selon les aléas de l’actualité. Alors, pour être dans une logique de fond, oui à un ministre de l’Égalité des chances — un titre qui serait sans doute plus largement accepté qu’un autre tournant autour de la réduction des inégalités.

La création d’un tel poste devrait même faire partie du plan québécois de relance de l’après-pandémie. Ça ne serait pas une panacée, mais ce serait une avancée.