Chronique

Le mauvais exemple du «pot»

CHRONIQUE / Citoyens et représentants de corps intermédiaires, ne vous laissez pas décourager par la commission parlementaire resserrant les règles sur le cannabis, qui a conclu ses travaux mercredi. La posture rigide adoptée par le ministre Lionel Carmant et son gouvernement relève davantage de l’exception que de la norme dans ce genre d’exercice.

C’est important de le dire parce que ces commissions parlementaires constituent un rouage essentiel de nos débats démocratiques au Québec. Et que les ministres s’appuient régulièrement sur ces instances pour améliorer leur projet de loi; pour trouver des «voies de passage».

Ces dernières années, c’est ainsi que les choses se sont la plupart du temps passées, en tout cas.

Il ne faudrait pas que le mauvais exemple donné par la commission parlementaire sur le cannabis se répète trop souvent. Des citoyens et des corps intermédiaires pourraient alors finir par ne plus prendre la peine d’y participer en se disant que les jeux sont faits, qu’aucune proposition même périphérique ne sera étudiée.

Ceux qui estiment que l’on passe déjà trop de temps à discuter et qu’un gouvernement est là pour décider devraient se demander à quoi tout cela ressemblerait au bout de quelques années s’il n’y avait plus de consultations du genre — ou si elles devaient systématiquement être inutiles. Ce serait une perte démocratique.

D’entrée de jeu, le ministre Carmant a clamé que son projet ne serait pas amendé. Pour qualifier cette attitude par rapport aux personnes venues en commission parlementaire, on hésite entre le fameux Parle parle, jase jase de feu Réal Giguère et une expression ressemblant à «causez si vous le voulez...»

Insistons là-dessus : cette attitude ne reflète pas ce qu’est cet exercice de consultations publiques en général. Il ne faudrait pas que quiconque commence à croire que les commissions parlementaires ne servent à rien. Elles permettent généralement — et elles permettront encore, osons-le penser — aux responsables gouvernementaux d’être mieux éclairés sur un ou des aspects d’un dossier et d’en tenir compte à des degrés divers.

Miser sur les villes

Un gouvernement plie rarement complètement devant ses opposants. Personne ne pouvait sérieusement penser que le gouvernement Legault reculerait sur sa volonté de faire passer de 18 à 21 ans l’âge légal pour consommer du cannabis. Et personne ne doit le croire encore aujourd’hui.

Il est par contre étonnant qu’il soit demeuré à ce jour à ce point réfractaire à toutes les autres propositions qui lui ont été faites, y compris en provenance des «gouvernements de proximité» que sont les municipalités.

En toute logique, leurs voix devraient être écoutées. Les villes demandent à pouvoir elles-mêmes déterminer les lieux publics où il serait permis ou interdit de consommer du cannabis. Faire fi de leur requête, c’est faire un pied de nez à l’autonomie municipale et s’immiscer dans des compétences qu’elles assument.

Les travaux de cette commission parlementaire sont terminés. Mais il n’est pas trop tard pour apporter des amendements au projet de loi. En adoptant cette proposition des municipalités, le gouvernement ne dénaturerait pas son projet, lequel s’appuie d’abord sur la barre des 21 ans.

Il doit faire confiance aux élus municipaux pour déterminer les lieux où le cannabis serait interdit ou autorisé. Il rappellerait ainsi de surcroît que ces consultations démocratiques ne sont pas vaines.

Chronique

Chouette, du pétrole propre!

CHRONIQUE / Dans mon calepin de notes, trois sujets sont restés en plan ces derniers jours et un est apparu lundi. Le premier concerne le pétrole propre. Pardonnez l’oxymore.

On se souvient de la déclaration fracassante du premier ministre François Legault sur le «pétrole sale» de l’Alberta, déclaration tombée au même moment où l’on apprenait que le Québec toucherait 13,1 milliards $ en péréquation en 2019-2020, soit 1,4 milliard $ de plus que pour l’année financière se terminant le 31 mars.

Certes, il existe du pétrole plus sale que d’autres. Mais il ne se trouvera personne pour affirmer qu’il existe du pétrole propre. Tous les pétroles sont plus ou moins sales, disons-le ainsi.

Partant de là, la péquiste Mégane Perry Mélançon a eu raison la semaine dernière de lier la déclaration controversée de François Legault au projet d’exploitation pétrolière de la compagnie Cuda Pétrole et Gaz en Gaspésie.

On veut bien croire, comme le dit le gouvernement Legault, que ce projet n’ira pas de l’avant sans respecter de strictes conditions, mais il y a là apparence d’incohérence — à moins, bien sûr, de considérer qu’il existe un pétrole québécois propre…

Surfer

À l’issue de sa rencontre avec François Legault, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est engagé vendredi à porter le message du gouvernement caquiste à Ottawa. C’est ce qu’il peut faire de mieux, surtout d’un strict point de vue tactique.

Avec les élections fédérales, M. Blanchet et ses bloquistes ont intérêt à surfer sur la popularité de la Coalition avenir Québec (CAQ) au Québec.

Mais ils ne seront pas les seuls à vouloir prendre la vague caquiste. Il y aura aussi les conservateurs d’Andrew Scheer. Les uns et les autres se disputeront le vote nationaliste.

Message interne

Ce n’est qu’après un long et dur bras de fer que les partis politiques québécois étaient parvenus à s’entendre sur le libellé d’une résolution au sujet de la Catalogne en 2017. Or, ils sont à nouveau divisés ces jours-ci, bien que leur discorde passe cette fois plutôt inaperçue.

Un projet de résolution parlementaire du Parti québécois n’a pas trouvé écho auprès du gouvernement. Pour la CAQ, qui réunit à la fois des souverainistes et des fédéralistes, l’affaire est plus délicate au pouvoir que dans l’opposition.

Les partis politiques québécois s’entendront-ils cette semaine sur le libellé d’une nouvelle résolution sur la Catalogne? L’une des difficultés est qu’à travers cet éventuel texte, c’est d’abord aux Québécois qu’ils parleront.

Collaboration

Chaque nouveau gouvernement québécois a beau blâmer son prédécesseur, il n’en demeure pas moins qu’on est toujours plus dans la continuité que dans la rupture. Il en va ainsi de la place que doivent prendre les infirmières praticiennes spécialisées dans le monde médical.

La ministre de la Santé, Danielle McCann, a pris le témoin de son prédécesseur, Gaétan Barrette. Le principe du passage de témoin, c’est d’emmener celui-ci plus loin. Dans ce cas-ci, beaucoup plus loin.

On se gargarise souvent du mot collaboration à l’Assemblée nationale. Voilà un dossier où les partis d’opposition devront continuer de soutenir Mme McCann et ne pas lui tourner le dos à la première modalité présentée.

Chronique

Sans les surplus, vraiment?

CHRONIQUE / Les libéraux ont fait leur boulot d’opposition officielle. Mais l’exercice était à haut risque pour eux. Un peu comme un trapéziste qui évoluerait sans filet de sécurité. Ou qui se lancerait dans le vide.

Vendredi, l’opposition officielle avait convoqué ce qu’on appelle dans le jargon de l’Assemblée nationale une interpellation. L’exercice dure deux heures et permet de labourer un sujet précis.

Le thème choisi par les libéraux? «La demande irresponsable du président du Conseil du trésor de compressions budgétaires pour financer les promesses électorales du gouvernement caquiste alors qu’il y a d’importants surplus budgétaires.»

Que croyez-vous qu’il s’est passé à cette séance dès lors que l’opposition officielle annonçait sans pouffer vouloir parler de compressions?

Pour le gouvernement Legault, c’était un filet ouvert. Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, a eu beau jeu de remettre sous le nez de Gaétan Barrette les compressions budgétaires du gouvernement Couillard.

Bien franchement, sur le fond, M. Barrette, désormais porte-parole de son parti en ce qui touche au Conseil du trésor, a bien fait. On ne voit pas ce qu’aurait pu faire de mieux l’ex-ministre des Finances du gouvernement Couillard, Carlos Leitão, tout expert en finances publiques soit-il.

Mais comment opposer des compressions virtuelles à des compressions certes passées, mais bien réelles? La partie n’était pas facile.

Avec un angle panoramique, on peut retenir ceci de l’exercice : si on a entendu pendant des années les libéraux montrer du doigt les décisions des gouvernements du Parti québécois et répéter qu’ils devaient réparer des pots cassés par les péquistes, on n’a pas fini d’entendre les caquistes invoquer les actions et inactions du gouvernement Couillard...

«Optimisation»?

En ajustant sa focale, on peut voir que le gouvernement a beau dénoncer l’austérité des récentes années libérales, il n’empêche qu’il profite tout autant de la performance économique du Québec que de l’élimination des déficits annuels structurels et de son corollaire, la récolte désormais récurrente de surplus budgétaires.

Au 30 novembre, le surplus budgétaire du Québec pour l’année financière en cours s’élevait à 6 milliards $ — ou à 4,4 milliards $ une fois retranchés les versements au Fonds des générations. On est loin des mares d’encre rouge de naguère. Le surplus ne sera pas aussi élevé au 31 mars, mais tout de même.

Malgré tout, on comprend qu’il en faudra de l’«optimisation» en 2019-2020 et par la suite — pour reprendre le mot fétiche de Christian Dubé — pour honorer les engagements de la Coalition avenir Québec, dont plusieurs coûteront pas mal plus cher que prévu. Tenons-nous-en à deux exemples : le coût de l’uniformisation des taux de taxes scolaires et l’implantation des maternelles quatre ans.

Peu importe, nous sommes priés de croire que l’«optimisation des dépenses» ne sera pas synonyme de compressions.

Dans ce cas, alors, prenons avec un grain de sel l’affirmation du gouvernement selon laquelle il ne se servira pas des surplus budgétaires à venir pour financer ses engagements. Soyons sceptiques, surtout qu’il peut facilement en glisser dans la colonne des revenus anticipés à partir de son prochain budget. Officiellement, il ne s’en servirait donc pas, mais il en profiterait bel et bien.

Chronique

Une leçon pour le gouvernement?

CHRONIQUE / Le Québec demeurera longtemps une terre attractive et le nouveau système d’immigration basé sur une «déclaration d’intérêt» le démontrera chaque année sans peine. Son succès sera indéniable.

N’empêche que les difficultés qu’éprouve le gouvernement Legault avec sa décision de rayer d’un trait de plume quelque 18 000 dossiers d’immigration devraient le convaincre d’arrondir les angles dans le projet de loi à venir sur les signes religieux.

La question est à ce point délicate pour lui qu’il n’a toujours pas décidé si oui ou non il inclura une clause de droit acquis pour les enseignants qui seront touchés par l’interdiction de porter un symbole de foi. Le Parti québécois l’incite à opter pour cette solution.

Même si François Legault et son ministre Simon Jolin-Barrette sont tentés par ce chemin, il existe encore pas mal de réticences dans l’équipe gouvernementale. Mais compte tenu des contrecoups qu’encaisse le gouvernement depuis sa décision de jeter brutalement ces dossiers d’immigration, ces réticences devraient en toute logique tomber — ne serait-ce que pour des raisons stratégiques.

Être confronté à des témoignages de détresse et de colère n’est jamais facile. Il se passera la même chose sans clause de droit acquis pour les enseignants.

C’est vrai : les caquistes se feraient dire qu’ils ne respectent pas tout à fait leur engagement, qui comprend les enseignants du primaire et du secondaire des écoles publiques. Mais ils seraient plus près des recommandations du rapport Bouchard-Taylor, qui lui ne les incluait pas.

Une telle disposition permettrait aux enseignantes et aux enseignants concernés de continuer d’enseigner jusqu’à leur retraite ou alors pendant un certain nombre d’années — si le gouvernement optait pour une formule de protection s’étirant sur une longue période de temps.

Le Québec doit agir sur les symboles de foi qui pourraient être portés par certains représentants de l’État comme les policiers et les juges, mais il doit avancer avec un doigté à la fois humain et politique. Dans le monde de l’enseignement, la règle ne devrait donc concerner que les nouveaux enseignants.

Pour aller vite

Si le gouvernement Legault a annulé quelque 18 000 demandes d’immigration, c’est pour répondre le plus vite possible au problème de rareté de la main-d’œuvre. C’est parce qu’il a annoncé que moins d’immigrants s’établiront au Québec en 2019 qu’il veut que ceux qui seront autorisés à s’installer puissent répondre en plus grande proportion aux besoins du marché du travail. D’où sa volonté de s’appuyer le plus vite possible sur le système de déclaration d’intérêt lancé par le gouvernement Couillard — et ainsi mettre en vigueur ce fameux «arrimage» entre les candidats et des emplois.

Il demeure toutefois incompréhensible que cette décision ait été prise alors que M. Legault avait assuré que ces dossiers seraient traités selon les règles en vigueur au moment où ils ont été envoyés. Il est également difficile de comprendre qu’ils ne soient déjà plus traités alors que le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette ne sera pas adopté avant plusieurs semaines.

Le ministère de l’Immigration devrait au minimum faire en sorte que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier ou traiter en toute priorité les nouvelles demandes acheminées par les candidats déjà établis parmi nous.

Chronique

Gaétan Barrette en fait trop

CHRONIQUE / Ni le Parti libéral du Québec (PLQ) ni le Parti québécois (PQ) ne rasent les murs à l’Assemblée nationale. Leur raclée électorale respective ne les a pas inhibés et c’est tant mieux. Ils ont des choses à dire. Mais certains députés de l’opposition comme Gaétan Barrette devraient prendre garde à ne pas trop en faire.

Si on a pu estimer récemment que le premier ministre québécois n’avait pas favorisé des débats sereins en déclarant qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec — propos qu’il a par la suite nuancés —, le libéral Gaétan Barrette nous éloigne de cet objectif lorsqu’il qualifie par la bande François Legault et le ministre Simon Jolin-Barrette d’«inhumains» et de personnes «froides» et «insensibles». On est toujours mieux servi par des arguments.

Le PLQ, le PQ et Québec solidaire ont de quoi se mettre sous la dent : position rigide sur le cannabis, louvoiements sur le salaire des médecins spécialistes ou encore et entre autres les 18 000 dossiers d’immigration rayés d’un trait de plume alors que François Legault avait assuré quelques jours plus tôt que ce ne serait pas le cas. La moindre des choses ici serait que les personnes déjà au Québec n’aient pas à soumettre un nouveau dossier.

On pourrait aussi réitérer, puisqu’il en a encore été question ce mercredi, le non-sens de vouloir maintenir un crucifix au-dessus de la tête du président de l’Assemblée nationale alors qu’on s’apprête à interdire le port de symboles de foi chez des représentants de l’État.

De la matière à débats, il y en a! Et, franchement, de façon générale, les échanges ont été de bonne tenue des deux côtés du Salon bleu depuis la récente rentrée parlementaire. C’est à préserver.

Alors qu’ils formaient l’opposition officielle, des péquistes avaient estimé qu’ils n’étaient plus «écoutés» ou «entendus», entre autres parce que trop d’entre eux grimpaient sans cesse dans les rideaux. Les partis d’opposition et les libéraux n’en sont pas là, mais certains devraient se rappeler que ce risque existe. Et que la surenchère conduit à la surenchère.

Plus facile

Alors que le Directeur des poursuites criminelles et pénales pourrait aussi déposer des accusations de corruption contre SNC-Lavalin, François Legault a affirmé qu’il se garderait bien de tenter d’influencer toute décision de cette instance québécoise.

M. Legault n’est ni sourd ni aveugle. Il voit bien l’ampleur de la tempête soulevée à Ottawa par une possible ingérence du cabinet de Justin Trudeau.

Il est facile pour lui de dire qu’il se tiendra loin de cet éventuel dossier. D’abord, parce qu’il a déjà fait connaître publiquement sa position. Ensuite, parce qu’aucun des acteurs qui seraient impliqués dans ce dossier n’ignore les difficultés qui pèseraient sur SNC-Lavalin si un procès était privilégié à une entente. Tous y sont déjà sensibilisés. M. Legault n’aurait donc pas à faire valoir quoi que ce soit à qui que ce soit.

Ce n’était pas du tout la même chose sur le plan canadien. Et c’est pourquoi le premier ministre du Québec avait jugé nécessaire de faire valoir à Justin Trudeau qu’il espérait que le procureur général du Canada opte pour un accord de réparation pour SNC-Lavalin. On ne parle pas ici de ses ex-dirigeants, mais de l’entreprise.

Sur SNC-Lavalin, MM. Legault et Trudeau partagent le même objectif. Mais le premier a et aura la partie plus facile que le second.

Chronique

Bombe à fragmentation politique

CHRONIQUE / La démission de la ministre fédérale Jody Wilson-Raybould n’est que le plus récent épisode d’une bombe à fragmentation politique pour Justin Trudeau. Tant que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire, cette bombe nommée SNC-Lavalin continuera de provoquer des dégâts pour son gouvernement — et peut-être même après.

Avant que cette histoire n’éclate, François Legault avait fait part à Justin Trudeau de son désir que la firme québécoise puisse éviter un long procès qui la priverait de contrats publics fédéraux pendant 10 ans — si tant est qu’elle devait être reconnue coupable; un procès qui nuirait à ses affaires en général et menacerait de nombreux emplois.

Le premier ministre du Québec souhaite depuis un moment déjà que le bureau du procureur général du Canada opte pour un «accord de réparation» plutôt que pour un procès criminel. Qui pourrait donner tort à M. Legault, compte tenu des enjeux économiques?

Le risque, c’est le bureau du premier ministre canadien qui l’a entièrement pris par la suite. Avec le prix que l’on sait. Mais il faut être clair là-dessus : s’il était resté les bras croisés, Justin Trudeau se serait fait reprocher, à raison, et particulièrement au Québec, de ne pas au moins avoir exploré ce qui était légalement possible de faire pour assurer la survie d’une entreprise aussi importante et stratégique que SNC-Lavalin.

Mais comment même discuter d’une voie légale parallèle avec son gardien du système de justice sans lui suggérer plus ou moins subtilement d’opter pour celle-ci? C’est là que tout se complique. La frontière est mince, sinon poreuse.

Sur le fond, M. Trudeau et son entourage ont eu raison de ne pas demeurer les bras croisés. Sur la forme, il faudra attendre d’en savoir plus pour trancher.

Voilà pourquoi le secret professionnel auquel est tenue l’ex-ministre de la Justice et procureure générale du Canada, Jody Wilson-Raybould, devrait être levé. Il n’existe pas d’autre façon de pouvoir juger si Justin Trudeau ou son entourage ont franchi une ligne rouge, si des pressions indues ont été exercées sur elle lorsqu’elle était à la Justice.

Un rappel : avant de démissionner mardi du conseil des ministres canadien, Jody Wilson-Raybould avait d’abord été rétrogradée par M. Trudeau de son poste de ministre de la Justice à celui de responsable des Anciens Combattants. Cette affaire de SNC-Lavalin a éclaté par la suite. Les remaniements sont souvent à haut risque.

Pour l’heure, il faut bien voir que, politiquement, cette affaire fera plus de tort à Justin Trudeau dans le reste du Canada qu’au Québec. Elle ajoutera à ses difficultés à l’ouest de l’Outaouais. SNC-Lavalin est d’abord vue comme une entreprise du Québec.

Cannabis: pas de recul!

Du côté de l’Assemblée nationale, à Québec, plusieurs groupes brillent par leur absence aux consultations sur le projet de loi resserrant les règles sur la consommation de cannabis. Il est vrai que certains ont été invités à la toute dernière minute et n’ont pas eu le temps de se retourner. Mais il y a autre chose.

Les observateurs savent que le gouvernement Legault ne modifiera pas les dispositions fondamentales de son projet de loi. Les jeux sont bel et bien faits. Que cela plaise ou non, le gouvernement ne reculera pas sur ce qui a constitué un engagement phare de la Coalition avenir Québec depuis l’automne 2017.

Ces désistements font néanmoins naître une perte de parole publique. C’est dommage.

Chronique

Gouvernance souverainiste (bis)

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault fait-il de la «gouvernance souverainiste» sans le savoir, un peu comme monsieur Jourdain fait de la prose dans une célèbre pièce de Molière?

S’il devait créer une expression bien à lui, François Legault parlerait de «gouvernance autonomiste». Mais peu importe les mots, quelle option pour lui, dans deux ou trois ans, après une accumulation de refus d’Ottawa?

C’est le gouvernement Marois qui avait forgé l’appellation «gouvernance souverainiste». Elle a eu très peu d’impact. Sans réel rapport de force, l’équipe de Pauline Marois était sans mégaphone politique. Ses requêtes étaient accueillies dans une relative indifférence. Pas seulement à Ottawa, mais dans l’opinion publique québécoise.

L’objectif poursuivi par M. Legault est différent de celui de Mme Marois. Voilà pourquoi il ne s’appropriera jamais l’expression qu’elle utilisait. Son gouvernement est, de surcroît, une coalition composée à la fois de souverainistes et de fédéralistes.

Mais il ne craint pas de revendiquer haut et fort des pouvoirs à Ottawa. Pas de sourdine dans ses messages. Pas de gêne dans l’affirmation.

Avec le projet de loi qu’il a présenté sur l’immigration, le ministre Simon Jolin-Barrette a été jusqu’à codifier sa demande dans un document officiel en sachant qu’elle ferait grincer des dents Ottawa.

Sur la déclaration de revenus unique, le gouvernement Trudeau a réitéré son refus trois fois plutôt qu’une. Sur les nouveaux pouvoirs réclamés par Québec en immigration, c’est l’idée d’imposer des conditions au statut de résidence permanente qui hérisse le gouvernement canadien. Le ministre Dominic LeBlanc a mis des gants blancs lundi, mais il n’est pas revenu sur le «non» qu’il avait déjà notifié.

Pour le gouvernement Legault, cette demande est beaucoup plus fondamentale que celle ayant trait à la déclaration de revenus unique. Elle devrait l’être en tout cas, puisque la Coalition avenir Québec (CAQ) martèle depuis des années vouloir faire de l’intégration une réalité pour tous et ajoute que c’est par un tel dispositif qu’elle y parviendra.

Puisqu’on fait référence à ce dossier, l’annulation de 18 000 dossiers à l’immigration continue d’étonner. Le premier ministre lui-même avait déclaré quelques jours plus tôt qu’ils seraient traités en vertu des anciennes règles.

Tirer des conclusions?

En toute logique avec lui-même, l’ancien souverainiste François Legault ne devrait-il pas tirer des conclusions politiques de ces fins de non-recevoir du gouvernement fédéral? Cette question, des péquistes et, par-delà, des indépendantistes peuvent se la poser.

Même si M. Legault en tirait en son for intérieur, il ne se permettrait pas de les exprimer. Tout au plus irait-il jusqu’à dire qu’il appartient aux Québécois de tirer leurs propres conclusions. Mais il ne mettrait pas à mal sa coalition. C’est normal.

Il y en a cependant plusieurs qui espèrent que ces refus leur profiteront; à eux et à leur option. «On propose au gouvernement de la CAQ un projet emballant qui mettra fin à ces refus : l’indépendance», s’est amusée la péquiste et possible candidate à la direction de son parti, Véronique Hivon.

Le Parti québécois ne croit pas que la donne serait différente sous un gouvernement canadien dirigé par Andrew Scheer. Pour l’heure, il pourrait au moins accorder quelques points au chef conservateur pour ses efforts de séduction.

Chronique

La parole gouvernementale doit être d'or

Si les membres d’un gouvernement votent tous de la même façon à l’Assemblée nationale, comment la parole des ministres pourrait-elle, elle, aller dans tous les sens? Si tel devait être le cas, aucune équipe gouvernementale ne tiendrait bien longtemps.

Même si elle est controversée, la déclaration de la nouvelle ministre de la Condition féminine, Isabelle Charest, voulant que le hijab soit un symbole d’oppression des femmes a été applaudie par plusieurs, tant sur le fond que sur la forme.

Passons sur le fond, car ce qu’on a entendu par la suite, c’est ce qu’on entend depuis une dizaine d’années. Pour plusieurs, le hijab est un symbole d’oppression, point à la ligne; pour d’autres, c’est un grave raccourci de prétendre une telle chose, comme si aucune femme ne choisissait elle-même et en toute conscience de le porter. C’est un raccourci, en effet.

Sur la forme, plusieurs ont applaudi une ministre qui a dit «ce qu’elle pense» — bien qu’elle ait par la suite nuancé son propos.

Le problème, ici, c’est que lorsqu’un ministre parle, c’est le gouvernement qui parle à travers sa personne. Et le propos sans nuances d’Isabelle Charest n’est pas celui que le gouvernement Legault voulait ou veut faire entendre.

Car il n’est plus question depuis longtemps à la Coalition avenir Québec de porter un jugement sur le voile musulman. Le gouvernement cherche à paver le mieux possible la voie au projet de loi à venir du ministre Simon Jolin-Barrette concernant les figures d’autorité. Pas à ajouter aux controverses.

Pour la direction d’un gouvernement, et puisque — sauf rarissimes exceptions — la «ligne de parti» prévaut lors des votes qu’expriment les parlementaires, elle doit aussi exister pour les déclarations et les affirmations ministérielles. Qui plus est lorsque celles-ci sont en lien avec des projets de loi.

Même si ça ne nous plaît pas beaucoup, il ne peut pas y avoir différentes paroles gouvernementales sur un même sujet. L’équipage ne tiendrait pas longtemps la route.

Mme Charest a été surprise par le retentissement médiatique de ses propos. Elle et d’autres viennent d’apprendre que la parole ministérielle est d’or, qu’elle doit être pesée.

Mais relevons qu’elle est en bonne compagnie. Pas plus tard que la semaine dernière, le premier ministre François Legault s’est lui-même rappelé l’importance de peser ses mots après avoir affirmé sans aucune nuance qu’il n’existe pas d’islamophobie au Québec.

Restaurer la confiance

La parole gouvernementale doit être d’or... Le plus grand risque que peut vivre le gouvernement Legault est que les citoyens qui affirmaient depuis des lunes que les politiciens disent une chose dans l’opposition et une autre au pouvoir en viennent à le penser à son sujet.

L’actuel gouvernement s’est fait élire avec la promesse de restaurer la confiance des Québécois. Il a la responsabilité de ne pas creuser la défiance. C’est ce risque qui est le plus inquiétant avec des décisions comme celle portant sur la nomination de Catherine Loubier à la tête de la délégation du Québec à New York, une femme qui n’est pas moins compétente que d’autres pour cette fonction, mais qui est tout de même passée par le cabinet de François Legault et qui voulait ce poste. Combien de fois M. Legault s’était-il étranglé en dénonçant les nominations des «p’tits amis libéraux»?

Respecter sa parole

Si la parole est d’or, comment expliquer que le gouvernement ait annoncé jeudi qu’il déchirera les 18 000 demandes d’immigration non encore traitées? Le nouveau système de déclaration d’intérêt est certes plus porteur pour le Québec que celui qui existait, mais le premier ministre lui-même avait assuré la semaine dernière que ces dossiers en souffrance seraient traités avec les anciennes règles. Une parole d’or, c’est une parole respectée.

Pour le reste, et dans son ensemble, le projet présenté par Simon Jolin-Barrette est le bienvenu. Il est sérieux et ambitieux.

Chronique

Place à la relève au PLQ

CHRONIQUE / La décision de Sébastien Proulx de ne pas briguer la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) constitue une chance à la fois pour ce dernier et pour lui-même.

Même s’il n’a que 43 ans, Sébastien Proulx ne fait déjà plus partie de la relève au PLQ. Ce n’est pas une question d’âge, on le comprend bien. Et ce n’est pas non plus parce qu’il est expérimenté qu’il ne pouvait pas être associé au renouveau.

LIRE AUSSI Sébastien Proulx écarte la chefferie et ne s'engage pas à compléter son mandat

C’est qu’il a été une figure marquante du gouvernement précédent. Il n’a pas été seulement un ministre de l’Éducation au verbe haut. Il a été un joueur au coeur du dispositif gouvernemental sous Philippe Couillard.

Or, sans répudier tout leur héritage, bien des libéraux veulent tourner la page. Et le député de Jean-Talon ne pouvait incarner le renouveau, pas plus que l’ex-ministre Pierre Moreau, qui a aussi renoncé à se lancer dans la course à venir.

Ajoutons à cela que son poste de leader parlementaire à l’Assemblée nationale s’est rapidement avéré être davantage un carcan qu’un tremplin pour préparer une compétition du genre. Contrairement à lui, les André Fortin et Dominique Anglade ont déjà pu jeter les bases d’une organisation. Marwah Rizqy demeurerait pour sa part tentée de se lancer.

Tout cela, c’est sans compter le fait que pour pouvoir se projeter dans cette aventure, il faut accepter l’idée de devoir tenir la barre longtemps comme chef sans garantie de succès, puisqu’il est difficile aujourd’hui d’imaginer que les libéraux reprendront le pouvoir en 2022. Ce serait difficile à imaginer même pour ceux qui se colleraient le nez sur des dossiers comme l’«affaire Lamontagne», du nom du ministre impliqué dans le congédiement d’un agronome, ou la nomination totalement partisane de Catherine Loubier à la tête de la Délégation générale du Québec à New York. Ici, le gouvernement Legault joue clairement dans une séquence d’un film qu’il a reproché aux libéraux d’avoir tourné.

Devoir tenir la barre sans garantie de succès… C’était tout simplement impossible pour Sébastien Proulx, qui est en politique depuis suffisamment longtemps pour ne pas se bercer d’illusions. Il ne sait même pas combien de temps il voudra demeurer député. En entrevue à La Presse et par la suite en point de presse, il est demeuré mystérieux sur son avenir — outre d’annoncer sa décision de ne pas prendre part à la compétition à venir.

Pas que la popularité

J’ai écrit la semaine dernière que ce n’est pas parce qu’il est beaucoup moins populaire qu’il l’a été qu’il n’existe pas une bonne place sur l’échiquier politique pour le Parti québécois. La popularité ne fait pas foi de tout.

Il faut dire la même chose pour le PLQ, qui, en réaffirmant sa position sur les symboles de foi, a démontré qu’il place les libertés individuelles au-dessus de tout. Certes, le grand décrochage qui s’est produit entre lui et une bonne partie de la majorité francophone tient beaucoup aux questions dites identitaires. Mais il n’en demeure pas moins qu’il est sain qu’un parti soit sincère avec lui-même sur ce qui constitue son ADN.

Ce qui vaut pour le Parti québécois vaut pour le Parti libéral du Québec : ce n’est pas parce qu’on n’est pas en haut de l’affiche qu’on n’enrichit pas les débats et qu’on ne peut pas continuer à les enrichir.

Dans 18 mois ou dans deux ans, avec un chef moins directement associé à l’ère Couillard que d’autres, le PLQ aura les coudées plus franches pour aller plus loin, pour revisiter certaines questions ne relevant pas de son ADN.

Chronique

Boomerang et âge de pierre

CHRONIQUE / En toute logique, la libérale Marwah Rizqy aurait pu ces dernières heures vouloir s’excuser d’avoir qualifié il y a quelques jours de «profilage» le désir du gouvernement Legault de connaître le nombre d’enseignants portant un symbole religieux, alors qu’on vient d’apprendre que la même curiosité a existé sous les libéraux.

Mme Rizqy ne voulait-elle pas récemment que son parti s’excuse pour les années d’austérité du gouvernement Couillard?

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a sorti un lapin de son chapeau, mardi, en révélant que le ministère qu’il dirige avait confectionné sous le gouvernement libéral un questionnaire pour savoir à peu près la même chose… C’est un peu comme un boomerang, finalement.

LIRE AUSSI : Sondage sur les signes religieux dans les écoles: Roberge accuse le PLQ d'«hypocrisie»

Nous avons déjà estimé que cela ne devait rien changer de savoir combien d’enseignants ou de policiers ou de juges portent un signe religieux au travail, puisque c’est au nom de principes que certains sont contre et que d’autres acceptent très bien cette situation. Mais qu’il était compréhensible que l’actuel gouvernement veuille savoir combien d’enseignantes et d’enseignants seront touchés par les interdictions à venir, puisque cette question lui sera à un moment ou l’autre posée.

La preuve en est maintenant que même la machine administrative du ministère de l’Éducation avait préparé dès le mois de juin une enquête à ce sujet — sous le précédent gouvernement, donc.

Cela étant, c’est moins au gouvernement libéral que Jean-François Roberge a voulu s’en prendre en révélant l’existence de ce sondage — auquel quelque 1000 écoles ont répondu l’automne dernier — qu’aux commissions scolaires, qui se sont cabrées récemment lorsque ses fonctionnaires les ont interpellées à ce sujet.

Solide coup d’envoi

Les partis d’opposition avaient de lourdes munitions pour monter au front en ce jour de reprise des travaux parlementaires à l’Assemblée nationale. Ceux qui ont cru que le Parti libéral du Québec et le Parti québécois, qui ont tous deux subi une sévère raclée le 1er octobre, s’excuseraient presque de poser des questions se sont trompés. Ils n’ont pas du tout rasé les murs.

Le libéral Pierre Arcand et la solidaire Manon Massé avaient de sérieuses questions à poser sur le congédiement de l’agronome Louis Robert; Marwah Rizqy en avait sur les «maternelles quatre ans»; le péquiste Pascal Bérubé, sur le réel rapport de force de François Legault face à Ottawa; le libéral André Fortin, sur le tour de vis à venir en matière de consommation de cannabis; le péquiste Sylvain Gaudreault, sur la réelle volonté du gouvernement Legault de lutter contre les changements climatiques; la libérale Dominique Anglade, sur l’Internet pour tous.

En toute logique, et pour revenir un instant sur ce sujet, il serait normal que l’agronome congédié puisse retrouver son emploi au moins jusqu’à ce que la Protectrice du citoyen, à qui le ministre André Lamontagne a demandé de faire enquête, ait remis ses conclusions.

Âge de pierre?

En affirmant que, jusqu’à avis contraire, les députés devront porter «un veston et une cravate» et que les députées, quant à elles, devront revêtir «une tenue de circonstance», le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, n’a rien clarifié du tout.

Qu’est-ce que cela signifie «tenue de circonstance» au juste? Dit ainsi, c’est un peu l’âge de pierre, non?