Les avantages de l'allaitement pour le bébé ne sont pas tous prouvés aussi solidement qu'on le croirait.

L'éternelle question du sein et du biberon...

ANALYSE / C'est une chose qui m'avait bien étonné, il y a quelques mois. Au milieu du débat qui avait entouré l'opposition américaine à une position de l'OMS en faveur de l'allaitement naturel, certaines voix s'étaient élevées pour dire qu'au-delà de cette joute politique, les autorités de santé publique (pratiquement toutes très en faveur) en font trop. Qu'elles mettent trop de pression sur les mères pour qu'elles allaitent, et pour des raisons parfois douteuses. J'ai voulu en savoir plus...

Alors j'y ai consacré ma dernière chronique «Polémique» dans Québec Science. Pour la résumer très sommairement (je vous laisse la lire), je pense que tout le monde convient que l'allaitement doit être le premier choix, celui qui est d'abord encouragé par les médecins et infirmières. Mais il est aussi vrai qu'on peut (parfois) aller trop loin dans cette voie et que, comme le soulignait la blogueuse scientifique américaine Kavin Senapathy, les avantages pour le bébé ne sont pas tous prouvés aussi solidement qu'on le croirait.

J'aimerais juste ajouter à cette chronique quelques détails de la plus récente revue de littérature scientifique que l'OMS a publié à ce propos. Ses auteurs ont examiné et regroupé les données au sujet de cinq bienfaits allégués qu'aurait l'allaitement pour les enfants. Voici (très sommairement) les conclusions, point par point :

  • Cholestérol : aucun effet.
  • Pression sanguine : l'allaitement naturel semble avoir un effet, mais il est trop mince pour être cliniquement significatif.
  • Diabète : résultats contradictoires, il faut faire plus de recherche.
  • Obésité : effet protecteur possible, mais pas sûr. Les études de bonne qualité indiquent une réduction du risque de 12 %, mais cela peut être à cause de facteurs confondants. les mères qui allaitent sont en moyenne plus instruites, plus riches et plus soucieuses de la santé, et la réduction des taux d'obésité peut venir de là. Dans les pays moins développés, où les mères de toutes les classes sociales donnent le sein à peu près également, on n'observe pas d'effet sur l'obésité.
  • Facultés mentales : les preuves d'un effet positif sur le QI sont «solides», mais l'effet est d'une ampleur «modeste». Par rapport aux enfants qui ont reçu le biberon, les études de bonne qualité indiquent un écart de +2,2 points de QI chez les enfants allaités.

Bref, je le répète, l'allaitement naturel doit être le «mode par défaut», le premier choix, personne ne le conteste. Mais il ne faudrait pas non plus faire comme si c'était le seul choix valide — ses avantages sur la formule pour bébé ne sont pas énormes.

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