Est-ce que Jean Charest pourrait passer de «peu désiré» à «très désiré» pour la direction du Parti conservateur du Canada au cours des prochaines semaines et des prochains mois?

Jean Charest, le retour d’un revenant?

CHRONIQUE / L’ancien premier ministre du Québec Jean Charest indiquera sous peu s’il se lance dans la course à la succession d’Andrew Scheer. Pour ainsi, peut-être un jour, réaliser son rêve initial de devenir premier ministre du Canada.

À ce stade-ci, pour cet éventuel revenant politique, la toute première et bête question à se poser — celle qu’il ne peut pas et n’a pas pu mettre de côté ces derniers temps — est la suivante : est-il désiré? L’est-il un peu? Beaucoup? Énormément?

Car on a beau estimer être habité par une vision politique, comme il le croit de lui-même, on ne se lance pas dans le vide. Surtout pas quand on peut avoir plus à perdre qu’à gagner.

Or, à ce stade-ci, Jean Charest est seulement un petit peu désiré. Beaucoup moins qu’à une autre époque en tout cas.

Quel contraste pour lui avec l’année 1998, lorsqu’il jonglait avec l’idée d’abandonner la direction du Parti progressiste-conservateur pour prendre celle du Parti libéral du Québec. Il était ardemment désiré par les fédéralistes québécois. La seule possibilité de sa candidature suscitait déjà l’effervescence chez les libéraux du Québec. Il était attendu, réclamé.

Il était considéré comme un «sauveur».

Il était arrivé à Québec avec cette auréole sur la tête. Il était vu comme celui qui allait sauver les fédéralistes québécois, ainsi que le Parti libéral du Québec.

Un Canada des provinces

Jean Charest réfléchit donc au projet de refaire à peu près le chemin inverse qui l’a conduit il y a plus de 20 ans d’Ottawa à Québec.

L’homme possède des atouts. C’est une «bête politique». Il est par ailleurs vrai que personne parmi les autres éventuels ou même putatifs candidats conservateurs ne connaît le Canada comme lui. Il est parfaitement bilingue de surcroît.

S’il redevenait chef conservateur, il promouvrait un Canada des provinces. Il faudrait voir le résultat, mais c’est très certainement ce qu’il mettrait de l’avant dans son discours. C’est l’élément qui le distinguerait le plus de Justin Trudeau.

Il indiquerait vouloir un Canada des provinces en faisant sans doute aussi valoir que ce pays est en mal de leader et de leadership. Non seulement sur la scène intérieure, mais aussi extérieure — une scène qu’il affectionne particulièrement lui-même.

Lors des débats télévisés des chefs, il serait un très redoutable adversaire devant Justin Trudeau.

Un dur pari

Mais pourrait-il se rendre jusqu’à de tels débats? Pourrait-il d’abord remporter la direction du Parti conservateur? Pourrait-il passer de «peu désiré» à «très désiré» ces prochaines semaines et ces prochains mois?

S’il décidait de reprendre la route d’Ottawa, Jean Charest serait handicapé par un sérieux boulet, celui de l’enquête Mâchurer de l’UPAC. Elle n’en finit plus de finir et le concerne à tout le moins en partie.

Bien sûr, se relancer dans l’arène fédérale serait une façon pour lui d’affirmer qu’il n’a rien à se reprocher. N’empêche que cette enquête le suivrait et le suivra, et que des doutes subsisteront dans bien des esprits même si l’UPAC décidait de fermer les livres faute de preuves probantes.

Pour l’heure, s’il se lançait, le fait que cette enquête soit toujours en cours entacherait sa candidature aux yeux d’un nombre significatif de citoyens québécois et canadiens.

Autre problème : Jean Charest a beau connaître le Canada plus que d’autres, il connaît le Parti conservateur du Canada beaucoup moins que d’autres. Ce parti n’est plus celui qu’il a connu il y a une génération. Une bonne partie de cette formation a migré vers une droite morale.

En outre, Jean Charest est vu par de très nombreux conservateurs comme un «libéral». Un défenseur de la Bourse du carbone, qui plus est.

Un constat à ce stade-ci qui en dit long : à l’heure actuelle, au sein de l’actuel Parti conservateur du Canada, il n’est tout simplement pas attendu comme un sauveur même s’il a des appuis.

Au Québec, comme dans le reste du Canada, ceux qui ne l’aiment pas sont prompts à le détester depuis de nombreuses années. Ceux qui l’aiment l’apprécient désormais sans l’aduler.

Tout changement constitue toujours un pari dans la vie, et ce, pour qui que ce soit. Mais la route d’Ottawa en constituerait un vrai pour Jean Charest, surtout pour la première étape qui consisterait à ravir la place qu’occupait Andrew Scheer. Il lui faudrait recruter des dizaines de milliers de nouveaux membres. Pour lui, cette aventure sera un quitte ou double s’il y va.

C’est toutefois le genre de pari qu’une bête politique peut avoir envie de prendre. À voir.

Bien au-delà de son éventuelle candidature, deux questions de fond demeurent pour les conservateurs du Canada. Qui parviendra à les unir? Et est-ce même encore possible?