Caroline Mulroney, 44 ans, a fait le saut en politique provinciale en août 2017.

«Je suis une amie des Franco-Ontariens»

CHRONIQUE / Sa nomination à titre de ministre déléguée aux Affaires francophones de l’Ontario n’a surpris personne. D’abord, parce que Caroline Mulroney est l’une des rares membres du caucus du premier ministre Doug Ford qui parlent français. Mais surtout parce qu’elle connaît la réalité et les défis de la communauté franco-ontarienne. Comme son père, l’ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, qui était sensible aux questions touchant la minorité linguistique de l’Ontario.

«Je suis une amie des Franco-Ontariens, dit-elle. Je suis d’origine québécoise et mon père est Québécois. Et, comme vous le savez, nous sommes déménagés à Ottawa quand j’étais jeune (où elle a vécu de l’âge de 10 à 19 ans et fréquenté des écoles de langue française). J’ai grandi à Ottawa, une grande ville où l’on compte beaucoup de francophones. J’ai beaucoup d’amis franco-ontariens et franco-ontariennes. Donc je suis certainement une grande amie des francophones de l’Ontario et je pense que c’est pour cette raison que je peux bien servir la communauté franco-ontarienne et travailler de façon étroite avec elle.»

Caroline Mulroney, 44 ans, a fait le saut en politique provinciale en août 2017. Elle a été défaite par Doug Ford à la course à l’investiture du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, mais elle a été élue députée de York-Simcoe, au nord de Toronto, aux élections provinciales de juin dernier, avant d’être nommée Procureure générale de l’Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones.

Depuis, rares sont les reportages à son sujet (comme celui-ci) qui ne font pas d’abord mention du fait qu’elle est la fille aînée de l’ancien premier ministre canadien. Est-ce que ça peut devenir légèrement agaçant d’être toujours présentée comme «la fille de…» ?

«Non, pas du tout, répond-elle. Parce que je suis très, très fière d’être la fille de Brian Mulroney. Je suis fière de son travail. Et lorsqu’on m’annonce comme sa fille, ça ne me dérange pas. Mais peut-être que ça m’agace lorsqu’on m’annonce comme la soeur de Ben Mulroney. C’est une blague! C’est une blague! (Rires). Au début de ma carrière en politique, c’est une blague que je faisais dans mes discours.»

Rappelons que Ben Mulroney, son frère cadet, et une personnalité bien connue à la télévision anglaise qui a animé, entre autres, les émissions Canadian Idol et eTalk Daily au réseau CTV.

Des affaires à la politique

Femme d’affaires, philanthrope, quadrilingue et titulaire d’un diplôme de premier cycle de l’université Harvard ainsi que d’une licence en droit de l’université de New York, Caroline Mulroney a travaillé comme avocate à New York pendant 12 ans. En 2014, elle a été nommée à l’Autorité du pont Windsor-Détroit pour superviser le développement d’une deuxième traverse frontalière entre ces deux villes. Elle a de plus cofondé le Shoebox Project, en 2011, un organisme sans but lucratif qui collecte et distribue des cadeaux et des biens essentiels aux femmes itinérantes ou à risque d’itinérance au Canada et aux États-Unis.

Mère de deux garçons et de deux filles âgés de 13, 12, 12, et 11 ans – «mon plus vieux avait trois ans quand ma plus jeune est née» – Caroline Mulroney a décidé l’an dernier de faire le saut en politique. Pourquoi ce changement de carrière alors qu’elle sait très bien tout ce que la vie politique comporte?

«Peut-être parce que, justement, je connais un peu ce que ça comporte, répond-elle. Il n’y a pas de mystère pour moi. J’ai vu mes parents et des gens comme votre frère (Michel Gratton, qui a été attaché de presse de Brian Mulroney de 1984 à 1987) et leurs collègues travailler très fort pour des principes communs. Quand j’étais jeune, je voyais ça comme une carrière intéressante. It didn’t turn me off. Ce n’était pas négatif pour moi. Et je suis un peu habituée aux critiques, ça ne me dérange pas.

— Mais est-ce difficile de jongler famille et carrière en politique ?

— Je travaillais déjà à temps plein avant la politique, donc j’étais quand même habituée à ça. La politique est cependant différente d’une carrière dans le monde des affaires, parce qu’il y a beaucoup d’activités et d’événements les fins de semaine. Donc à cet égard, c’est un peu plus difficile pour quelqu’un qui a des enfants jeunes, surtout avec deux joueurs de hockey. Mais mon mari et moi partageons les responsabilités. Ce n’est pas toujours facile, mais comme la majorité des familles avec les deux parents qui travaillent, on se partage les responsabilités et on y arrive.»

C’est vrai que vous devrez dorénavant assister à plusieurs soupers de spaghetti les fins de semaine, que je lui lance à la blague.

«Je serai contente de faire ça, j’adore le spaghetti. (Rires). Mais mon père, maintenant, n’aime plus le poulet et le saumon parce qu’on lui en a trop servis durant sa carrière en politique !»

Abolition du ministère

L’une des premières décisions du premier ministre Doug Ford à son arrivée au pouvoir a été d’abolir le ministère des Affaires francophones, créé il y a à peine un an. Mais pour Caroline Mulroney, cette décision ne change rien. Qu’elle soit « ministre » ou « ministre déléguée », c’est la même chose à ses yeux.

« En tant que ministre déléguée aux Affaires francophones, il n’y a aucune différence, dit-elle. Je prends la responsabilité très au sérieux. Je travaille avec l’Office des affaires francophones comme si c’était un ministère. Au point de vue du travail qu’on fera, ça ne change rien. Et cette décision (de Doug Ford) ne m’a pas surprise. On s’est engagé à réduire la taille du gouvernement et du conseil des ministres. Mais pour moi, ça ne change rien. Mon rôle est de bien représenter les Franco-Ontariens au conseil des ministres et c’est ce que je fais. (…). Je suis là pour m’assurer que les Franco-Ontariens aient accès aux services gouvernementaux en français.

— Pour que TOUS les Franco-Ontariens y aient accès ?

— Évidemment, pour l’instant, on est assez loin de ça. Mais au fur et à mesure, j’essaierai de travailler avec les ministres de la Santé, de l’Immigration ainsi qu’avec d’autres ministères pour continuer à travailler vers cet objectif-là.»