Claude Bonhomme. à droite, et son collègue du conseil municipal de Hull de l’époque, Roland Michaud, arpentent la promenade du Portage au coeur de la crise.

Je comprends Claude Bonhomme, mais...

CHRONIQUE / Je comprends Claude Bonhomme de s’opposer au prolongement des heures de fermeture des bars au centre-ville de Gatineau. Avoir son vécu, je penserais probablement comme lui.

L’ex-conseiller municipal, qu’on a surnommé le «Elliott Ness» de la promenade du Portage, a connu la sombre époque des bagarres entre Anglos et Francos à la fermeture des bars dans les années 1980 et 1990.

Claude Bonhomme s’est durement battu pour faire le ménage sur la promenade du Portage. Maintenant que c’est fait, je le comprends de craindre comme la peste un retour à cette sinistre époque qui ternissait la réputation de l’ex-ville de Hull et coûtait une fortune en services policiers.

Mais voilà, les choses ont changé.

L’époque où une trentaine de grosses boîtes de nuit cohabitaient au centre-ville de Hull est bel et bien finie. Aujourd’hui, il ne reste plus que trois bars sur la promenade du Portage.

Gatineau peut tout à fait se permettre de prolonger les heures de fermeture jusqu’à 3 h, comme dans le reste du Québec, sans craindre de rameuter des hordes de jeunes fauteurs de troubles ontariens.

Un retour à l’époque où les grosses discothèques s’empilaient les unes sur les autres sur la tristement célèbre artère est impossible. Les nouveaux règlements d’urbanisme ne permettent plus de grosses concentrations de bars ni la construction d’aussi grosses discothèques que dans le temps.

De fait, l’ère des grandes discothèques elle-même semble révolue, tout comme les bars de beuverie. Dans ma prime jeunesse, des débits de boisson offraient de la bière à rabais en début de soirée pour nous attirer chez eux. On faisait la file pour se soûler avant que le prix du houblon ne monte à partir d’une certaine heure. Aujourd’hui, ce genre de pratique est interdite… et c’est aussi bien!

Au contraire, les sanctions sont de plus en plus sévères contre l’alcool au volant. Au Québec, tout comme en Ontario, c’est tolérance zéro pour les jeunes conducteurs de 21 ans et moins.

La mode est maintenant aux bars de dimensions modestes avec, de préférence, une vocation culturelle.

Des endroits où l’on peut prendre un coup tout en assistant à un spectacle de musique ou d’humour. L’heure est également aux microbrasseries ou encore à ces petits établissements où on déguste quelques bières en jouant à des jeux de société entre amis.

La mode est aux bars qui amènent de la vie au centre-ville, sans causer autant de troubles que les mégadiscothèques d’antan.

L’autre différence, c’est que les relations entre Québécois et Ontariens sont moins tendues qu’à une certaine époque. Peut-être parce que la souveraineté n’est plus autant à l’ordre du jour?

Pour toutes ces raisons, je ne crois pas que Gatineau ait à craindre un retour à la triste époque de la promenade du Portage avec un prolongement des heures de fermeture. Somme toute, l’écart ne serait que d’une heure avec l’Ontario où les bars ferment à 2 h.

Maintenant, il ne faut pas se faire d’illusions. Ce n’est pas en prolongeant les heures de fermeture qu’on relancera de manière déterminante le centre-ville.

On peut même se demander si les tenanciers, qui devront payer du personnel pour rester ouvert une heure de plus, feront de meilleures affaires grâce à cette mesure.

Dans tous les cas, Gatineau ne risque rien à tenter le coup par le biais d’un projet-pilote, comme le propose le conseiller municipal Cédric Tessier.

Une période d’essai de six mois, voire un an, permettrait de voir si le prolongement des heures s’accompagne d’une hausse des nuisances et des troubles nocturnes. Il sera encore temps de rebrousser chemin si ce devait être le cas.

Après avoir serré la vis pour ramener l’ordre dans l’ex-centre-ville de Hull, il est temps de lâcher un peu de lest.