Louis-David, entouré des membres de sa famille, pour célébrer son diplôme sous le thème de James Bond.

James Bond est passé par Cap-Rouge

CHRONIQUE / Le célèbre espion est arrivé en Mercedes SLK350, décapotable, mais pas décapotée parce qu’il pleuvait, il est descendu au bras de sa Bondgirl.

Incarné par Louis-David Gagnon.

Louis-David a 21 ans, il vient de terminer l’école, ses parents lui ont organisé une fête juste pour lui. 

Sous le thème de James Bond, il a vu et revu tous les films.

Louis-David s’est rendu à la toute fin de son parcours de scolarisation à l’école De Rochebelle, dans un programme adapté, il est autiste. Ses parents l’ont su très tôt, vers deux ou trois ans. L’école, pour lui, a surtout servi à lui enseigner les rudiments de la vie et de l’autonomie.

Il a fait des pas de géants, des bonds.

Comme son héros.

Josée Gosselin et Jean Gagnon, les parents de Louis-David, ont invité à la célébration plusieurs des éducateurs et des intervenants qui ont fait de leur fils ce qu’il est devenu aujourd’hui. Ils étaient là, fiers de leur élève.

J’ai parlé à Nadia Dubé, qui est avec Louis-David depuis neuf ans, c’est l’avantage des programmes spécialisés, de pouvoir travailler avec un enfant pendant plusieurs années. Je lui ai demandé de me parler du Louis-David qu’elle a connu. «Ce n’était pas la même personne. Il n’avait pas beaucoup de langage. On a décodé un langage émotif, au fil des ans, on a appris à se connaitre.»

Plus que ça. «On a créé une relation, c’est ça la clé. Et ça, ça ne se fait pas en un an.»

Aujourd’hui, non seulement Louis-David a beaucoup de langage en français, mais il a aussi appris l’anglais et l’espagnol.

Et une bonne base de Japonais.

J’ai profité de la présence de Nadia pour poser quelques questions à Louis-David. Je lui ai demandé si Nadia était douce, il a dit «oui», si elle se mettait en colère, il a dit «non. Il est fier de lui. Son film préféré de James Bond est Dr No

«Il embarque dans les films. Des fois, j’embarque aussi dans le film avec lui pour le faire sortir avec moi.»

Fin mai, il y a eu une remise de diplôme à l’école. Louis-David est monté sur la scène avec Nadia pour recevoir le sien, Louis-David qui n’aime pas quand il y a trop de monde, qui n’est pas du genre aux épanchements. Comme bien des autistes. «Sur la scène, devant tout le monde, il a ouvert ses bras vers moi et il m’a serrée contre lui. En 16 ans, c’est le plus beau moment de ma carrière.»

On lui offrirait un poste «au régulier», elle ne le prendrait pas.

Les parents de Louis-David avaient pensé à tous les détails, du traiteur au photographe, il y avait même trois musiciens qui jouaient la trame sonore de James Bond.

Louis adore la musique.

Quand Josée m’a invitée, elle m’a raconté par courriel le chemin parcouru. «Le cheminement qu’on a fait avec notre garçon est grandiose! J’ai retrouvé la semaine passée tous les documents et les évaluations qu’on a dû faire pour en arriver au diagnostic final. Je repensais à tout le travail qui a été fait et dans lequel nous avons dû l’accompagner (orthophonie, ergothérapie, évaluation de toutes sortes). Beaucoup de temps et de travail de la part de tous, profs, intervenants et surtout nous, la famille immédiate. Beaucoup d’encouragements, mais aussi des «oufs» de temps en temps. On est soudés solide, faut croire.»

Très solide.

Il fallait le voir dans son smoking, tiré à quatre épingles, c’est lui qui a choisi le code vestimentaire des convives, complets pour les hommes, robes longues pour les femmes. La grande classe. Comme sa mère a dit dans son petit discours, «pour toutes les fois qu’on demande à Louis-David d’entrer dans notre monde et de le comprendre, c’est à notre tour d’aller dans le sien.»

La vie comme un film, j’aime bien.

La cérémonie allait commencer, Louis-David n’y était pas. Je l’ai trouvé dans la cuisine, debout sur le bord du comptoir, près du four grille-pain. Devant lui, une assiette de croquettes de poulet et de croquettes de poissons, avec des «patates sourires». Une butte de ketchup à côté.

Louis-David mange ça tous les soirs à 18h pile.

Le midi, c’est trois Pogos. Pendant qu’il mangeait avec appétit le souper qu’il s’est lui-même préparé, les deux cuisiniers mettaient la dernière main aux bouchées qu’on servirait aux invités, le ceviche de pétoncles, servi dans une coquille, avait l’air divin.

Louis-David a fini son assiette, l’a déposée à côté du lavabo, est allé rejoindre les quelques dizaines de personnes venues pour lui.

Il a trinqué au jus d’orange.

Josée avait préparé un texte pour ne rien oublier. Elle a remercié les gens qui s’étaient déplacés pour l’occasion, dont les deux premiers éducateurs de Louis-David. Chacun avait un rôle dans son histoire. 

«Louis-David nous a permis d’apprendre beaucoup comme parents, comme couple. On l’a poussé à se dépasser, il nous a fait confiance. Il termine son secondaire dans quelques jours, il a été accepté en travail adapté. C’est une nouvelle vie qui commence, il fera son chemin, j’en suis convaincue.»

Foi de 007, demain ne meurt jamais.