J’ai succombé à «Mon ami Walid»

CHRONIQUE / J’étais plus ou moins intéressé à visionner le film Mon ami Walid, mais après avoir vu passer une publication à son sujet dans un groupe de cinéphiles sur Facebook, je vais vous avouer que ça m’a soudainement fait changer d’avis. Le truc, c’est que l’internaute semblait tellement scandalisé par son expérience de visionnement que ça m’a interpellé, un peu au même titre que lorsqu’on vous dit de ne surtout pas regarder de l’autre côté de la rue, car un grave accident de voiture vient de se produire.

Ma curiosité morbide m’a donc fortement encouragé à bondir sur ce film et alors que je m’étais apprêté à être témoin d’une catastrophe sans précédent, je vais vous avouer que ça m’a plutôt plu. Peut-être pas au point de demander de le revoir sur mon lit de mort, mais je suis quand même d’avis qu’entre me taper un défilé de splendides costumes d’époques et de personnages historiques interprétés par les cinq mêmes vedettes qu’on voit toujours à la télé, je préfère amplement voir un film où ça tire un peu partout et tout croche.

Pour la petite histoire, il faut savoir que Mon ami Walid a été entièrement produit avec des fonds privés qui ont été recueillis par les deux scénaristes et têtes d’affiches du film, les humoristes Adib Alkhalidey et Julien Lacroix. Ainsi, leur film a complètement contourné les passages obligés d’un long-métrage produit de façon traditionnelle et à mon humble avis, c’est justement là où les nombreux défauts de Mon ami Walid sont rachetés par une certaine fraîcheur qu’on ne voit plus souvent au cinéma québécois.

Car oui, des défauts, il y en a assez dans Mon ami Walid pour en faire un petit festival. Tout d’abord, disons poliment que le jeu de Julien Lacroix est médiocre et que celui d’Adib Alkhalidey est plutôt monolithique tandis que le scénario s’apparente davantage à une succession de tableaux qu’à un tout.

Mais bon, une fois qu’on a accepté qu’on ne pourra rien y changer et qu’on se laisse porter par le film, ça donne quand même lieu à plusieurs moments savoureux. D’ailleurs, j’ignore si c’était intentionnel de la part des deux humoristes, mais en ce qui me concerne, j’ai eu l’impression de réaliser en quelque sorte un vieux rêve d’enfance en voyant à quoi aurait ressemblé un film inspiré de l’émission jeunesse culte Télé-Pirate, et ce, étant donné la présence des excellents comédiens Guy Jodoin (dans un rôle qui mériterait à lui seul un film) et Christian Bégin.

Je dois avouer que c’est plutôt bizarre de défendre un film comme Mon ami Walid, car si on l’aborde de la même façon que les productions cinématographiques traditionnelles, cette oeuvre correspond en plusieurs points à un mauvais film. Or, à une époque où pratiquement chaque film québécois doit avoir la bénédiction de plusieurs institutions qui ont toutes leur mot à dire dans l’articulation et le résultat final de ladite oeuvre, ça fait sacrément du bien de s’aventurer hors des sentiers battus.

En fait, plus j’y pense et plus je suis convaincu que si on me donnait le choix, je préférerais grandement avoir la chance de voir 50 « petits » films bricolés avec les moyens du bord qu’une dizaine de productions par années qui, pour la plupart, ont visiblement été formatées en raison des exigences des diverses institutions. Il n’en demeure pas moins que de plus en plus de productions parviennent à se frayer un chemin dans tout ce long processus de financement tout en conservant la fraîcheur initiale du projet et ici, je pense notamment à des oeuvres comme Prank et Avant qu’on explose.

Tout ça, c’est bien beau, mais je suis bien conscient que si on finissait par morceler le financement de nos productions cinématographiques afin d’augmenter le nombre de productions d’oeuvres « à très petit budget », ce seraient les artisans qui finiraient par en payer le prix.

Quand on prend un peu le temps d’y penser, c’est plutôt ingrat le cinéma comme industrie. Vous êtes là à devoir convaincre tout le monde que votre idée de film est bonne, puis après plusieurs années de boulot, un type qui regarde à moitié votre film en faisant un autre truc démolit votre travail en deux trois phrases sur Facebook. Mais bon, des fois, ça attire des spectateurs comme moi.