Le Service de police de Toronto a annoncé lundi que son enquête est maintenant close.

J’ai cru au canular

CHRONIQUE / Mais bien sûr que j’ai cru à l’histoire de cette Torontoise de 11 ans. C’est ce qu’on nous dit de faire sur toutes les tribunes, ces jours-ci. De croire les victimes lorsqu’elles dénoncent leur agresseur.

La jeune écolière prétendait qu’un inconnu avait découpé son hijab avec des ciseaux alors qu’elle était sur le chemin de l’école. Il l’a même attaquée à deux reprises, a-t-elle raconté avec aplomb lors d’une conférence de presse convoquée à son école de Scarborough, quelques heures après la présumée agression. La jeune fille a même ajouté ce détail terrifiant à son récit : l’homme a souri avant de s’enfuir.

J’ai cru à son histoire, comme j’ai cru aux larmes de sa mère éplorée alors qu’elle pleurait à ses côtés sur les images à la télévision. J’ai pensé à mes propres enfants. À ma réaction s’ils étaient attaqués sur le chemin de l’école. Je serais horrifié. Et pourquoi n’aurais-je pas cru à son histoire ? Tout avait l’air si véridique. La présence d’une policière de Toronto à la conférence de presse ajoutait un vernis de crédibilité à toute l’histoire. 

J’y ai cru, comme les premiers ministres Justin Trudeau et Kathleen Wynne qui se sont empressés de dénoncer un geste lâche et incompatible avec les « valeurs canadiennes ». « Aucun enfant ne devrait craindre de se faire attaquer sur le chemin de l’école en raison de ce qu’il est », a renchéri le maire de Toronto, John Tory. Leur intervention a vite donné un retentissement national à toute l’affaire, qui a fait les bulletins de nouvelles d’un bout à l’autre du pays.

Or voilà, c’était un canular.

Il n’y a pas eu d’agression, pas de crime haineux.

Pas d’Asiatique âgé dans la vingtaine, avec des lunettes et une fine moustache. Pas d’attaque par-derrière pour découper un hijab. That « did not happen », a fait savoir lundi matin la police de Toronto dans un laconique communiqué. Pour la police, l’enquête est close. On ne déposera pas d’accusations contre la jeune fille.

Alors c’est tout ? On ne saura pas la fin de l’histoire ? 

Pourquoi la jeune fille a-t-elle menti ? Voulait-elle cacher quelque chose ? A-t-elle été manipulée par des adultes autour d’elle ? Si on en reste là, la porte est grande ouverte à toutes les théories du complot. L’affaire est peut-être classée aux yeux de la police de Toronto. Mais la famille doit, si ce n’est des excuses, au moins des explications à tous ceux qui ont sympathisé avec la jeune fille vendredi dernier.

Toute cette histoire a de quoi faire réfléchir à plus d’un titre. Justin Trudeau, Kathleen Wynne, le maire de Toronto ont dénoncé un geste avant même que l’enquête policière soit conclue. Aujourd’hui, ils ont l’air d’avoir réagi trop vite. Qu’est-ce que ça dit sur notre société ? Qu’à l’ère des médias sociaux, la pression est forte sur les politiciens pour commenter vite, alors que la nouvelle est encore brûlante d’actualité. Surtout quand le sujet est chaud et qu’il s’accorde avec notre discours politique.

Depuis l’affaire Weinstein, nous sommes plus que jamais à l’heure des dénonciations. Sur toutes les tribunes, on nous dit de croire les victimes sur parole. Et il faut continuer de le faire. Les statistiques prouvent que, la majorité du temps, les victimes disent la vérité. Mais c’est inévitable, une fois de temps en temps, un gros mensonge va nous péter en pleine face. Le plus triste, c’est qu’il vient semer le doute sur un prochain témoignage qui, lui, a toutes les chances d’être véridique.