L’agent François Gosselin

Un rôle méconnu et indispensable

CHRONIQUE / C’était il y a cinq ou six ans. Un 24 décembre. En soirée. L’agent François Gosselin est arrivé à l’hôpital, muni d’une glacière rouge renfermant son précieux contenu.

Les portes de l’ascenseur se sont ouvertes. Une femme s’y trouvait déjà, entourée de membres de sa famille. Cette patiente montait au même étage que lui. Ça ne pouvait être qu’elle.

Sans la connaître, le policier a su que le hasard faisait bien les choses en cette veille de Noël.

«C’est rare qu’on croise la personne qui s’apprête à recevoir l’organe qu’on transporte. Elle m’a fait un gros câlin!»

Le policier ne peut s’empêcher de sourire en racontant la scène. Un beau cadeau pour lui, mais surtout pour cette femme qui avait besoin d’une greffe pour retrouver la santé.

Peu de gens savent que le transport des organes est assuré bénévolement par des agents municipaux, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada.

C’est le cas de François Gosselin, 31 ans, policier depuis neuf ans, dont huit au sein de la SQ de Drummondville. Originaire de Québec, le père d’un bambin d’un an est coordonnateur de cette unité bien spéciale.

L’agent Gosselin reçoit directement l’appel de Transplant Québec sur son cellulaire. S’il n’est pas en mesure de pouvoir effectuer lui-même le transport, il se tourne vers un collègue qui n’est pas en fonction à ce moment-là. Le premier qui se montre disponible saute dans le véhicule fourni par l’Association canadienne des dons d’organes et de tissus (ACDO).

Le poste de Drummondville compte une vingtaine de volontaires sur sa liste. Ils peuvent être appelés en tout temps. C’est de la conduite d’urgence, gyrophares allumés. Les délais sont courts.

Le poste de Drummondville est le point relais entre Québec et Montréal. «On fait entre 60 et 80 transports par année.»

Les déplacements se font souvent de nuit. Plus simple de coordonner les blocs opératoires des hôpitaux qui accueillent le donneur et le receveur.

«Règle générale, on transporte des reins ou du sang.»

Certains organes, comme le cœur, le sont par avion ou par hélicoptère. Cet hiver par contre, en raison de mauvaises conditions météo, l’agent Gosselin a assuré le transport de poumons en compagnie d’une équipe médicale.

Généralement, le policier sait peu de choses sur l’origine du donneur et la cause de son décès. Le plus important pour lui, c’est de savoir qu’une personne pourra bénéficier d’une greffe qui transformera le reste de son existence.

L’homme en retire une grande fierté.

«Je trouve que c’est une belle cause. Quand on comprend par où les gens passent, notre action prend tout son sens. Il y en a qui attendent des années avant d’avoir un organe. Si on peut leur donner un coup de pouce.»

Chaque automne, l’agent Gosselin assiste à la cérémonie de reconnaissance de l’ACDO qui se déroule à la cathédrale de Sherbrooke. Y sont présents plusieurs policiers engagés, comme lui, dans cette chaîne de vie.

«À tour de rôle, nous accompagnons des membres de la famille des donneurs qui reçoivent une médaille posthume. Les gens sont souvent émotifs. Ils sont contents de nous voir et apprécient ce qu’on a fait.»

Le don d’organes au Québec en 2018

-497 personnes ont bénéficié d’une transplantation
-164 donneurs décédés
-46 donneurs vivants
-805 personnes inscrites sur la liste d’attente
-Un seul donneur peut procurer des organes à 8 personnes
* Données de Transplant Québec