Victime d’un grave accident de motocross, Kévin Gamelin poursuit sa réadaptation avec courage.

Tomber et apprendre à se relever

CHRONIQUE / Kévin Gamelin, 22 ans, ne se souvient pas de la course. Du départ seulement. Un moment impossible à oublier. Il en rêvait depuis si longtemps.

«Le plus beau feeling de ma vie! J’étais dans un autre monde.»

Adepte de motocross depuis l’âge de 12 ans, le jeune homme de Pierreville avait obtenu son laissez-passer pour participer à la finale, dans la catégorie amateur 250cc, du Supermotocross Montréal.

C’était le 15 septembre dernier, en soirée. Plusieurs membres de sa famille et des amis étaient réunis dans les estrades pour assister à cette compétition de sport extrême. Le Tout-Pierreville était derrière le gars de la place.

Propulsé par l’adrénaline, Kévin Gamelin s’est élancé sur la piste faite de bosses et de courbes serrées, mais il ne garde aucun souvenir des deux premiers tours qu’il a eu le temps de compléter avant que sa vie prenne un autre tournant.

Les différentes vidéos de l’accident donnent froid dans le dos.

On le voit perdre le contrôle de sa moto et être projeté très haut dans les airs. Le pilote retombe violemment sur le sol, tête première. Son corps roule sur lui-même avant de s’arrêter au pied d’un saut. Kévin ne se relève pas. Il est inconscient… et personne ne daigne arrêter la course qui se poursuit normalement.

Transporté à l’Hôpital général de Montréal, Kévin Gamelin est opéré d’urgence. C’est la nuit. Son rêve vient de s’éteindre.

Dans le couloir, ses parents et sa sœur font les cent pas, ne sachant pas si Kévin s’en sortira vivant et, si oui, dans quel état.

Kévin Gamelin m’accueille à la sortie de l’ascenseur, au 2e étage de l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal. Souriant, il m’annonce tout de go que son départ est prévu pour le lendemain, vendredi.

«Je rentre pour de bon à la maison.»

Kévin est arrivé à l’Institut Gingras-Lindsay le 12 octobre, quatre semaines après l’accident de motocross qui le laisse en fauteuil roulant.

«J’ai été chanceux, je n’ai aucune fracture cervicale.»

Il est tout de même tombé sur la tête. C’est la colonne vertébrale qui a encaissé le choc. Fracture des vertèbres D5 à D8, à la hauteur du thorax.

La moelle épinière n’a pas été épargnée non plus. Elle n’est pas sectionnée, mais sévèrement touchée.

«C’est le plus gros du problème...»

Les médecins ont utilisé le terme lésion médullaire. Kévin a compris que la moelle épinière, c’est comme du filage électrique. La communication ne se fait pas de ses jambes au cerveau.

Est-ce que ça viendra? La question se pose, mais pour le moment, ni les spécialistes ni leur patient n’ont la réponse.

Kévin ne sait pas s’il remarchera un jour.

«Le temps le dira. Chaque personne est différente.»

Le réveil a été brutal.

Hospitalisé à l’unité des soins intensifs, le jeune homme en a perdu des bouts ici aussi, mais entre deux doses de médicaments, il a eu le temps de ressentir de vives douleurs à la tête, aux épaules, aux côtes, aux os... partout.

Kévin ignore le nombre exact de tiges de métal et de vis qu’on lui a installées à la colonne vertébrale, mais il sait une chose cependant: le moindre mouvement lui faisait terriblement mal au lendemain de l’intervention qui a duré sept heures.

«Je n’étais même pas capable de peser sur le bouton pour demander de l’aide.»

Évidemment, la peur s’installe en se voyant étendu, les jambes immobiles.

«J’ai 22 ans... Je n’arrêtais jamais. Je travaillais, j’avais des projets. Là, je ne peux plus faire ce que je veux.»

Kévin suivait les traces de son père Marco qui inspecte et répare des camions à incendie. Le tandem s’apprêtait à prendre la route de la Baie James lorsque l’accident est survenu.

«On partait le lundi. Ça allait être notre premier voyage ensemble.»

Depuis, son père est à ses côtés, tout comme sa mère Diane et sa soeur Isabelle.

«Au début, quand j’avais de la misère à ouvrir la bouche, c’est eux qui me faisaient manger.»

Le dernier mois et demi a été intensif pour l’athlète habitué de repousser constamment ses limites.

«J’ai quand même récupéré assez vite. J’arrive à faire certaines choses sans demander de l’aide. Je suis maintenant capable de me transférer dans mon lit.»

Tant à l’hôpital qu’au centre de réadaptation, Kévin Gamelin a reçu beaucoup de visite, des chums, des collègues, des coéquipiers de motocross se sont déplacés à son chevet.

Tous ces gens n’ont pas idée à quel point leur présence et leurs encouragements lui ont fait un bien immense.

Pendant qu’ils lui tenaient compagnie, Kévin avait l’esprit occupé.

«C’est quand tu es tout seul à ne rien faire que ça devient démoralisant, que tu demandes pourquoi moi? »

Le jeune homme a mis plusieurs semaines avant de regarder les images de son accident. «C’est une bonne plonge...»

Il les a visionnées à une ou deux reprises, pas plus. À quoi bon. Sa vie n’est pas une vidéo qu’il peut s’amuser à avancer ou à reculer autant de fois qu’il le souhaite.

«Je ne perds pas espoir. La réhabilitation sera longue, mais un jour, je passerai vous remercier sur mes deux jambes», a écrit l’athlète à l’intention des gens qui le soutiennent par des mots et des dons sur la page GofundMe qui a été créée dans les heures suivant son accident.

De retour à la maison familiale qui devra être aménagée à sa nouvelle condition, Kévin Gamelin poursuivra sa réadaptation à Drummondville.

Déterminé à gagner en autonomie et à améliorer sa qualité de vie, il y mettra tous les efforts.

«Je suis entêté. J’ai toujours dit que je ne lâcherai jamais.»