Isabelle Légaré
Le Défi du chemin des sanctuaires a changé la vie de Marlène Tremblay. - Photo: Stéphane Lessard
Le Défi du chemin des sanctuaires a changé la vie de Marlène Tremblay. - Photo: Stéphane Lessard

Revenir sur ses pas

CHRONIQUE / Marlène Tremblay n’avait plus d’énergie. Une promenade de quinze minutes dans les rues de son quartier lui demandait énormément d’efforts. Son moral n’en menait pas large non plus. Le cancer du sein était de retour, onze ans après qu’elle ait été éprouvée une première fois. Puis elle a entendu parler d’un défi qui consiste, justement, à mettre un pied devant l’autre.

C’est de cela qu’elle souhaite m’entretenir. De la marche. D’abord et avant tout.

«Je ne veux pas qu’on s’apitoie sur les problèmes de santé que j’ai eus antérieurement. J’en ai trop parlé.»

La femme de 64 ans me fait cette précision tout en acquiesçant au fait que le sujet de la maladie ne peut pas être complètement esquivé ici.

C’est entre deux traitements qu’elle s’est armée de courage pour avancer. Sans ce fichu cancer, Marlène n’aurait probablement jamais entendu parler du chemin sur lequel elle s’est retrouvée.

Si la pandémie n’était pas venue tout bouleverser, Marlène Tremblay aurait dû franchir, ce dimanche, les portes de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré sous les applaudissements de parents et amis.

Neuf jours plus tôt, le 30 mai dernier, la femme de 64 ans aurait dû quitter le sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, à Trois-Rivières, pour marcher les quelque 200 kilomètres séparant les deux basiliques.

La femme de 64 ans devait accompagner la quinzaine de personnes qui avaient répondu à l’invitation de la Fondation québécoise du cancer, mais voilà, plus rien n’est comme avant depuis l’apparition d’un virus à l’échelle de la planète.

Sans surprise, le Défi du chemin des sanctuaires a été annulé.

Partie remise, se promet Marlène qui a déjà hâte de se remettre en route. Elle veut revivre l’expérience de cheminer vers soi.

Le choc a été brutal en apprenant qu’elle était de nouveau atteinte du cancer, en 2015. Marlène était totalement démoralisée.

«Il faut que je me sorte de cela. Je dois me reprendre en main. Il faut que je retrouve mon énergie», a-t-elle eu la force de se convaincre.

La dame avait besoin d’aide pour se remettre en forme, mais pas avec un entraîneur comme les autres. Cette personne devait être capable de comprendre dans quel état physique et psychologique elle était depuis l’annonce du diagnostic.

C’est ainsi qu’on lui a conseillé de se rendre à la Fondation québécoise du cancer, à Trois-Rivières.

Marlène n’avait jamais entendu parler de cet organisme dont la mission consiste justement à offrir du soutien et des services aux personnes atteintes du cancer, de même qu’à leurs proches.

«On m’a accueillie comme si je faisais partie de la famille. Les gens qui travaillent ici sont extraordinaires! Ils nous prennent en main, ils nous aiment. Ils font en sorte qu’on soit heureux d’être avec eux.»

Marlène n’habite pas à La Tuque, mais si ça avait été le cas, elle aurait pu être hébergée à un prix minime au centre d’hébergement de la fondation pour ne pas avoir à retourner à la maison entre ses rendez-vous au Centre hospitalier affilié universitaire régional.

Elle a touché à l’art-thérapie et à la massothérapie, mais c’est vers le service de kinésiologie que Marlène s’est davantage dirigée. Elle voulait recommencer à bouger, être bien dans son corps et dans sa tête.

«Élise Legault s’est occupée de moi pendant un an. Une soie cette jeune fille!»

La kinésiologue lui a préparé un programme d’entraînement afin que peu à peu, Marlène ait l’endurance de marcher au-delà de quinze minutes dans le quartier.

La femme a eu vent de l’existence du chemin des sanctuaires, une randonnée de 200 kilomètres. Cet événement est une initiative de la Fondation québécoise du cancer qui organise des voyages caritatifs afin d’offrir ses différents services, dont le jumelage téléphonique avec des personnes ayant vécu l’épreuve de la maladie.

«C’est le défi dont j’ai besoin!»

Motivée plus que jamais, Marlène s’est mise à marcher, jour après jour, pendant des mois, en prévision du grand jour, à la fin de mai 2017.

«J’ai dû marcher 1000 kilomètres avant de faire le défi. J’ai traversé Trois-Rivières dans tous les sens!», rigole Marlène qui voulait être certaine de réussir à parcourir une vingtaine de kilomètres quotidiennement, pendant neuf jours.

Nerveuse au moment du départ, la femme a rapidement été rassurée. Ses compagnons de marche, qu’elle rencontrait pour la première fois, sont rapidement devenus des confidents. Elle a également fait des rencontres inoubliables avec les gens croisés sur les routes de campagne, entre Trois-Rivières et Sainte-Anne-de-Beaupré.

On lui envoyait la main, on lui offrait un verre d’eau, une chaise à l’ombre pour se reposer et faire connaissance.

Ce périple, c’est un peu la version québécoise du chemin de Compostelle, compare Marlène Tremblay qui a marché avec des personnes qui avaient envie d’intériorité et, d’autres, comme elle, d’entrer en relation.

«Pourquoi fais-tu ce défi?», demandait Marlène tout en profitant du paysage.

«Parce que j’ai le cancer. Parce que je suis guéri. Pour rendre hommage à ma sœur qui est décédée…»

Il y avait autant de raisons que de marcheurs.

«Comment as-tu rencontré ton mari? Parle-moi de tes enfants!», se permettait également de leur demander Marlène à qui on a raconté de belles histoires.

«Sens comme ça sent bon! Ce sont des lilas», lui a un jour fait remarquer une gentille septuagénaire tout en avançant avec une canne blanche.

«Ce défi a enrichi ma vie!», affirme Marlène qui devait accompagner cette année des participants inscrits pour la première fois.

Cette fidèle ambassadrice a l’intention de se reprendre l’an prochain, en espérant que la pandémie sera chose du passé et les clochers des sanctuaires, derrière et devant elle.