À quelques jours de Noël, l’absence de Mélissa Blais se fait cruellement sentir pour son conjoint, François Venne.

Noël sans Mélissa

Deux citrouilles d’Halloween sont toujours sur la galerie de la maison de briques rouges. Défraîchies et recouvertes de neige, ces grosses têtes orange surplombent des jardinières dégarnies et oubliées sur le balcon. Un chat gris et blanc regarde par la fenêtre. Il surveille. Il attend.

«Je ne suis pas capable de les enlever. J’ai essayé, mais non... C’est plus symbolique qu’autre chose. On les a décorées ensemble.»

François Venne n’a pas retiré les citrouilles, pas plus qu’il a accroché des lumières scintillantes sur la façade de sa demeure ancestrale, en plein cœur de la municipalité de Yamachiche.

Lui et Mélissa s’étaient promis d’en mettre plein la vue pour ce premier Noël dans leur maison acquise en août dernier, sauf que le temps est suspendu depuis le 2 novembre, nuit de la disparition de la femme de 34 ans, mère de deux enfants.

Cette période ne peut pas rimer avec réjouissances quand la photo de ta blonde est placardée un peu partout, sur la porte des dépanneurs et postes d’essence. L’enquête de la Sûreté du Québec se poursuit, la vie continue, la neige a neigé, mais Mélissa n’est toujours pas là.

«Il y a quelques semaines, je voyais arriver les Fêtes comme un gros bloc de ciment. Je ne voulais pas rentrer dedans, mais veux, veux pas, le bloc est là.»

François Venne a des amis à qui il partage parfois ses angoisses. Il lui arrive aussi de faire appel aux intervenants du Centre d’aide aux victimes d’actes criminels dont certains travaillent dans les quartiers de la SQ. L’appel dure le temps qu’il a à durer. Pour l’aider à surmonter ses appréhensions à l’approche de Noël, on lui a conseillé de prendre une journée à la fois.

«Commence par le 23 décembre, ensuite passe au 24, puis au 25...»  

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Représentant pour une entreprise qui se spécialise dans les produits de nettoyage, François Venne a repris le travail il y a quelques semaines pour justement s’occuper l’esprit, arrêter de tourner en rond et de se morfondre.

«J’essaie de me refaire une vie, mais je ne sais pas à quoi je dois réagir. Ce n’est pas une séparation. Ce n’est pas un deuil», dit-il alors que s’empile sur la table de la cuisine le courrier adressé à Mélissa.

Retrouver un semblant de routine le réconforte dans les circonstances. Les collègues et clients se montrent compréhensifs. Tout le monde est au courant de ce qu’il vit. Certains abordent la question, d’autres hésitent, mais François Venne se dit bien entouré. Même des voisins qu’il connaissait peu lui répètent qu’ils sont de tout cœur avec lui.

«Tu peux m’appeler jour et nuit», lui a dit un monsieur en lui remettant son numéro de cellulaire. «Je prie pour vous», lui a mentionné une dame en allumant un lampion. «Tenez, je vous ai préparé un potage», s’est présentée une autre à sa porte.

Père de deux grands enfants, l’homme de 53 ans est aussi grand-père de quatre petites-filles qu’il n’a pas beaucoup vues depuis que sa vie n’est plus comme avant. Deux d’entre elles lui ont dessiné des cœurs en prenant soin d’y ajouter des mots d’encouragement.

François Venne sourit pour la première fois en parlant des «p’tites». 

Sa famille l’aurait excusé de ne pas avoir envie de faire un échange de cadeaux cette année. L’homme tient néanmoins à préserver cette tradition même si la seule chose que lui et ses proches souhaitent recevoir, c’est un minimum d’explications leur permettant de savoir ce qu’il est advenu de Mélissa.

Vendredi soir, François Venne devait se rendre dans les commerces envahis à quelques jours de Noël, muni de sa liste de choses et d’autres à dénicher ici et là.

«C’est assez difficile ce qui se passe en ce moment, mais il y a tous ceux qui restent. Ils ont droit à leur Noël.»

François Venne a également prévu des cadeaux pour les enfants de sa conjointe, un garçon de 9 ans et une adolescente de 15 ans qui habitent maintenant avec leur père respectif. Au moment de notre rencontre, il hésitait pour Mélissa, tourmenté entre le rêve de la voir réapparaître comme par magie et la réalité qui n’a rien d’un conte de Noël.

Un cadeau, oui, mais pour qui et, après tout, pourquoi?

«Je peux encore changer d’idée, mais je ne pense pas, je ne sais pas... Est-ce que je vais lui acheter quelque chose qui va traîner là, que je vais regarder chaque jour pis brailler?» 

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François Venne est attendu dans la famille de Mélissa Blais le 24 décembre. Il y retrouvera la fille de celle-ci, Alexia-Ève, avec qui il communique régulièrement.

L’homme a hâte de renouer avec ces gens qui sont dans le même état d’esprit que lui. Il est aussi soulagé de sortir de sa maison soudainement trop vide et silencieuse.

«Ça va être plus facile entouré de monde», avoue celui qui prendra ensuite la direction de Joliette, son coin d’origine, où ses enfants et petits-enfants l’attendent, les bras grands ouverts.

C’est finalement à son chalet que François Venne passera le jour de l’An. Quelques amis seront avec celui qui sait qu’un autre mur de béton va se dresser devant lui. Lui et Mélissa avaient l’habitude de saluer la nouvelle année en tête-à-tête, en amoureux.

«Le 31 décembre, c’est notre anniversaire. Je sais que cette soirée sera pénible», laisse tomber François Venne en se tournant vers le chat gris et blanc qui miaule à la fenêtre. Il s’agit en fait d’une chatte errante que sa conjointe avait recueillie il y a quelques années et qu’il se surprend aujourd’hui à flatter.

«Elle était toujours rendue sur Mélissa. Elle s’ennuie...»