Depuis toujours, Olivier Pagé peut compter sur le soutien indéfectible de sa mère, Michèle Pagé. C’est encore le cas aujourd’hui alors qu’il souhaite échapper à la solitude.

Le poids de la solitude

Est-ce que ta mère est arrivée?

J’ai eu beau lui faire mon plus grand sourire en lui posant cette question, Olivier Pagé n’est pas dupe. Il a vite détecté la petite panique dans mes yeux. Avant même de m’ouvrir la porte, il savait que j’aurais un choc en constatant de visu la lourdeur de son cas.

Olivier Pagé a 28 ans et est atteint de la paralysie cérébrale. Des complications à la naissance. Quelques secondes sans oxygène et le mal était fait: handicapé à vie. 

Le jeune homme qui m’accueille dans son logement adapté de Trois-Rivières ne présente aucun déficit intellectuel, sauf que tout son corps est à la merci de mouvements involontaires et incontrôlables. Pour empêcher ses bras d’aller de tous bords, tous côtés, comme une marionnette désarticulée, Olivier emprisonne ses mains entre ses jambes qui, elles, sont totalement immobiles. 

Seul son gros orteil réagit au doigt et à l’œil. Il s’en sert pour diriger son fauteuil roulant électrique et activer les manettes, souris d’ordinateur, télécommandes, sonnettes et autres boutons de commande qui ont été placés ici et là dans son appartement, à la hauteur de son pied droit. Olivier pitonne avec une agilité déconcertante, mais ce n’est pas pour me faire une démonstration qu’il a accepté que je me présente chez lui.

Olivier a décidé de mettre son orgueil de côté pour alléger le poids de sa solitude. Comme une bouteille lancée à la mer, il vient de jeter pas un, mais deux messages dans l’océan des réseaux sociaux. Le jeune homme espère trouver celui qui l’aidera à sortir de ses quatre murs et, aussi, celle qui l’aimera tel qu’il est.

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«Je suis tanné.»

C’est Olivier qui parle, mais c’est sa mère qui traduit. 

Dans un échange de courriels, Olivier m’avait avertie de ses importants problèmes de langage. De deux choses l’une: ou nous poursuivions la conversation via nos claviers respectifs, ou il faisait appel à celle qui le connaît mieux que quiconque pour déchiffrer ses réponses.

Michèle et Olivier Pagé sont fascinants à regarder dialoguer entre eux. Elle saisit du premier coup chacun des mots que son fils arrive à prononcer, devinant même le non-dit.

«Toi aussi tu serais capable au bout d’une semaine», assure la dame en me faisant remarquer que l’immersion reste la meilleure façon d’apprendre une langue qui nous est totalement étrangère. Un truc avec Olivier? Lui poser des questions qui amènent des «oui» ou des «non». 

Le principal concerné semble parfaitement d’accord avec cette théorie. Ses yeux rieurs en disent long sur sa volonté de nous démontrer qu’avec patience et humour, on peut surmonter les obstacles de la communication. 

«Lorsqu’on est avec Olivier, on entre dans un autre monde. Moi-même, avant de mettre le pied ici, il faut que je me parle», explique Michèle Pagé qui, comme nous tous, court après le temps. En présence de son fils par contre, elle ajuste son rythme au sien. 

Olivier vit avec la paralysie cérébrale, mais il n’est pas différent des autres hommes de 28 ans qui aiment se retrouver entre amis et autour d’une bière, partir en week-end et improviser selon l’humeur du moment.

Confiné à son appartement où il reçoit des services de maintien à domicile 24 heures sur 24, Olivier se sent bien seul à travers ce va-et-vient. Pour échapper à sa monotonie, il a besoin d’un coup de main.

«Je suis à la recherche d’un gars fort, qui aime rire, qui a une auto, qui n’a peur de rien...», a-t-il énuméré dans son message Facebook où le Trifluvien s’est engagé à rembourser les frais de déplacement de celui qui acceptera de le suivre bénévolement dans sa quête de liberté.

Tout comme lui, Michèle Pagé espère que quelqu’un quelque part se portera volontaire, même si cet appel à tous lui ramène en plein visage la réalité de son fils.   

«J’ai 55 ans. Je ne peux quand même pas sortir dans les bars avec lui! Je suis sa mère, pas sa blonde...»

Celle qui a toujours répété «Je vais faire jusqu’au bout du maximum de ce que je pourrai» se rend à l’évidence. Olivier sera toujours un être fragile, mais ce n’est plus un enfant. Le jeune homme adore sa mère, mais c’est sur l’épaule d’une copine qu’il aimerait appuyer sa tête en regardant un film.

Olivier souhaite rencontrer l’âme sœur. 

«J’ai toute ma tête. C’est mon corps que je ne contrôle pas parfaitement. Je ne vous cacherai pas que j’ai besoin d’aide pour manger... Oui, peut-être que ça fait peur, mais à vous d’en juger seulement», écrit-il en toute franchise à l’intention de celle pour qui la paralysie cérébrale n’est pas une barrière à l’amour. 

Parfaitement conscient que cette personne pour le moins exceptionnelle ne sera pas facile à trouver, Olivier croit cependant qu’elle existe.

Et non, spécifie son message, il n’a pas de voiture. Mais est-ce si important au fond?

«J’ai un teint basané, des bras musclés et un grand cœur qui peut aimer malgré l’handicap.»