Vincent Mercier est récemment retourné à son ancienne école secondaire pour aider les jeunes à accepter leur vraie nature.

Le placard de Vincent

CHRONIQUE / Vincent Mercier n’était pas obligé de faire ça, retourner à son ancienne école secondaire pour y faire son «coming out».

Le terme est un anglicisme, mais il dit ce qu’il a à dire. Sortir du placard.

Non, personne ne lui a demandé de dévoiler son orientation sexuelle devant toute la classe. C’est son initiative. Le jeune homme de 19 ans tenait à s’adresser à tous ces élèves à peine plus jeunes que lui, à revenir là où il a longtemps été hanté par la peur du jugement.

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Vincent devait avoir 12 ou 13 ans, pas plus. Assis devant son ordinateur, il a tapé «guérir homosexualité» sur son clavier puis a déroulé les pages.

Ces deux mots-clés envoyés dans l’univers d’Internet allaient peut-être lui permettre de découvrir un traitement, un truc, une recette... Peu importe, il lui fallait une solution.

Le garçon était incapable de se faire à l’idée qu’il pouvait être gai.

«En y repensant, je trouve ça tellement ridicule...», sourit-il doucement.

Vincent était un écolier au dernier cycle du primaire la première fois qu’il a ressenti «un petit quelque chose de spécial» pour un compagnon de son âge. Ce n’était pas comme être avec son meilleur ami. C’était différent.

«Je n’avais encore jamais entendu parler d’homosexualité et je ne savais même pas ce que ça voulait dire, être en amour.»

C’est une affiche aperçue un an plus tard au détour d’un corridor de son école secondaire qui lui a donné un début de réponse.

La photo montrait deux joueurs de hockey en train de s’embrasser. L’élève n’a pas été choqué, mais secoué par cette scène ayant pour but de sensibiliser les jeunes à la lutte contre l’homophobie.

«Je voyais de l’amour entre deux hommes et c’est ce que je ressentais pour certains garçons.»

Vincent n’a pas su s’il devait s’en réjouir ou non. Tout ce qu’il connaissait à propos de l’homosexualité, ce sont les images que lui renvoyait sa télé: le personnage très efféminé de Jean-Lou dans les reprises de La p’tite vie et les participants affublés de paillettes lors du défilé de la fierté gaie.

Dans sa logique d’ado qui manque parfois de nuances, Vincent en a conclu qu’un homosexuel devait être nécessairement l’un ou l’autre de ces stéréotypes. Sauf qu’il ne s’identifiait à aucun d’entre eux. Il était un gars attiré par les gars, un homme en devenir qui ne voulait pas mettre son identité masculine de côté.

«Et les quelques personnes qui sont venues faire des témoignages à mon école secondaire étaient beaucoup plus âgées ou avaient vécu dans un contexte social et religieux très différents de ma réalité.»

S’imaginant seul au monde avec ses questions existentielles, l’adolescent a espéré faire taire ses tourments en les gardant pour lui et au risque de se mentir à lui-même.

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À l’école secondaire des Chutes, à Shawinigan, Vincent Mercier était l’élève impliqué dans diverses activités. On le retrouvait aussi bien à l’animation d’un gala que derrière le micro de la radio scolaire, dans les matches d’improvisation qu’au sein du gouvernement étudiant.

Les enseignants n’ont jamais soupçonné que ce jeune au comportement irréprochable portait un lourd secret, que dans le vestiaire, certains l’ont déjà traité de «fif» et de «tapette».

Durant ses études secondaires, Vincent a eu une blonde ou deux pour déjouer les rumeurs et vérifier si, tout compte fait, il pouvait tomber amoureux d’une fille. Non. Rien à faire.

Pendant cette période trouble, l’adolescent n’a jamais osé se confier à ses parents qu’il savait pourtant aimants et ouverts d’esprit. Trop difficile. Leur parler, c’était assumer son homosexualité.

Vincent Mercier ne peut s’empêcher de se moquer gentiment de celui qu’il était à une époque encore très récente, un garçon qui espérait dénicher un remède miracle sur Internet.

N’empêche que c’est branché sur son ordinateur qu’il a finalement découvert l’existence de vidéos qui ont fait une différence.

L’adolescent s’est reconnu parmi des couples homosexuels parlant ouvertement et simplement de leur quotidien tout ce qu’il y a de plus normal. Petit à petit, il en est arrivé à cette conclusion: «Je pouvais être heureux en étant gai.»

Vincent s’est délivré de son secret peu de temps après la fin de ses études secondaires. Ses parents et amis ont très bien accueilli son homosexualité, tout comme ils ont ouvert grand les bras le jour où le jeune homme leur a présenté son amoureux.

Aujourd’hui, Vincent Mercier souhaite briser le silence dans lequel trop de jeunes qui se questionnent sur leur orientation sexuelle ont encore le réflexe de s’emmurer.

L’étudiant universitaire aimerait être le modèle qu’il aurait tant eu besoin de rencontrer à leur âge, au plus fort de sa crise identitaire.

«Je veux redonner aux autres!», explique celui qui prétend qu’un jour ou l’autre, on est tous appelés à se libérer d’un fardeau, quel qu’il soit.

Un «coming out», soutient Vincent, c’est d’abord et avant tout reconnaître, accepter et aimer qui on est vraiment.