Survivante de la bactérie mangeuse de chair, Linda Pilotte souhaite remercier le personnel du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières pour tous les soins reçus au cours des sept derniers mois.

La vie et un merci en cadeau

CHRONIQUE / Pour Noël, Linda Pilotte se souhaite la santé. Rien de plus, rien de moins. Un peu de féérie serait également bienvenue. Cela ne lui fera pas oublier la bactérie mangeuse de chair, mais l’instant d’une pause, c’est un cadeau qui se prend bien.

Vêtue d’un pyjama rose en flanelle, la femme de 60 ans m’accueille à l’hôpital de Trois-Rivières. C’est ici qu’on lui a redonné la vie en cadeau et qu’en retour, cette survivante veut dire merci.

Je l’ai rencontrée à quelques jours d’obtenir l’autorisation du médecin de passer la période des Fêtes à la maison. Enfin, ce n’est pas trop tôt... S’entourer de sa famille faisait aussi partie de sa liste de vœux.

Son chez-soi des sept derniers mois a été cette petite chambre à deux lits où lors de ma visite, on pouvait entendre la femme d’à côté somnoler derrière le rideau à moitié tiré.

Linda n’a pas mis de temps à fraterniser avec cette dame comme avec les autres colocataires qui se sont succédé au fil des mois tandis qu’elle, elle restait.

«J’ai aidé mes voisins de chambre à garder le moral!»

Chère Linda, la bonté sur deux jambes malgré la gravité de son état.

Reconnue pour son moral d’acier, cette patiente voudrait pouvoir me nommer chacun des préposés, infirmières, travailleurs sociaux, médecins, ergothérapeutes et j’en passe qui l’ont secourue et qui continuent d’assurer son bien-être.

«Ils sont tellement humains et attachants!»

Assise dans son fauteuil roulant motorisé, la femme s’en voudrait d’oublier le monsieur de l’entretien ménager, la cuisinière à la cafétéria, le gardien de sécurité, bref, ces travailleurs dans l’ombre qui ne savent pas à quel point leur «bonjour Linda» gratifié d’un sourire lui procure l’énergie que la mangeuse de chair lui a dérobée.

À l’approche de Noël, Linda aurait tellement aimé avoir les bras chargés de surprises pour tous ces gens qui lui ont donné une deuxième vie, le courage de se battre et l’espoir de jours meilleurs.

«Mais je n’ai pas les moyens de leur offrir 500 000 $ et je trouve qu’une boîte de chocolats, ce n’est pas assez.»

Linda a donc contacté Le Nouvelliste pour exprimer sa vive reconnaissance envers ceux et celles qui ont veillé sur elle depuis la seconde où son existence a basculé. C’est son cadeau.

Tout a commencé le 24 mai dernier, un vendredi. Linda Pilotte déambulait tranquillement dans les allées de l’épicerie quand soudainement, une douleur vive est apparue au niveau de sa jambe gauche, sans aucun signe avant-coureur.

De retour à la maison, elle a rangé ses emplettes en se disant que le mal ressenti allait finir par s’amenuiser. Les heures ont passé, mais sa souffrance a continué de s’intensifier. «C’était épouvantable, pas endurable!»

Inquiète en voyant sa jambe rouge et enflée, Linda se souvient d’avoir dit à un ami présent ce soir-là: «Appelle la voisine d’en haut pour qu’elle vienne voir ce qui se passe.»

La suite est floue dans sa tête. La femme s’est évanouie avant de se réveiller quatre jours plus tard aux soins intensifs, le cœur très affaibli et la jambe gauche enveloppée de bandages.

«Qu’est-ce que je fais ici?», a demandé Linda en sortant du coma artificiel dans lequel elle avait dû être plongée.

On lui a expliqué qu’elle avait subi une intervention chirurgicale de toute urgence en raison d’une infection bactérienne foudroyante, la fasciite nécrosante, le terme médical pour parler de la «mangeuse de chair» qui détruit l’oxygène dans les muscles, atteint les tissus, et ce, à une vitesse pouvant être mortelle.

«La bactérie avait commencé à gruger ma jambe… Ça allait très très vite!»

Linda retrousse son pantalon afin de me montrer une cicatrice qui part du pied et se rend jusqu’au genou. Des greffes de peau remplacent les tissus enlevés.

L’amputation a pu être évitée, mais Linda ne pourra plus remarcher. «Mes jambes sont finies… »

Elle parle au pluriel parce que la droite n’a pas été épargnée. Dans ce cas-ci par contre, la bactérie s’est manifestée plus tard, en octobre.

Linda Pilotte venait d’obtenir son congé de l’hôpital lorsque la douleur est réapparue du côté droit avec la même intensité et les mêmes symptômes – jambe rouge et enflée - que la première fois, cinq mois auparavant.

Elle était inconsciente au moment de l’arrivée des ambulanciers. La bactérie mangeuse de chair n’avait malheureusement pas dit son dernier mot et la femme, qui souffre d’insuffisance cardiaque, s’est de nouveau retrouvée sur la table d’opération.

Linda ne sait pas encore ce qu’il adviendra de sa jambe droite où la bactérie a laissé des traces importantes. «Les plaies sont plus grosses...»

Au moment de ma visite, la femme ignorait à quel moment elle recevra une greffe de peau pour réparer les dommages. Linda s’attend d’être fixée lors de son retour à l’hôpital, après son congé des Fêtes, au début du mois de janvier.

En attendant, la femme apprivoise du mieux qu’elle peut sa peur d’être de nouveau frappée par la fasciite nécrosante, une bactérie généralement causée par un streptocoque de type A.

Entre les traitements et les nombreux changements de pansements, elle accepte bravement son sort.

«Je vis au jour le jour. J’essaie de m’amuser malgré tout. J’ai toujours eu un bon moral. Les infirmières te le diraient, elles entrent dans ma chambre et je fais des blagues avec elles. C’est comme si elles étaient ma deuxième famille», raconte la patiente avant d’avoir une pensée admirative pour «tous les médecins d’une grande compétence» rencontrés depuis le premier jour.

«S’ils n’avaient pas été là, je ne serais pas ici aujourd’hui. Ils m’ont sauvé la vie! C’est pour cela que je vous ai appelée. Je veux leur souhaiter un très joyeux Noël!»

À vous pareillement Linda.