Une amitié est née entre Diane Héon et le couple formé de Marie Lemire et Maurice Janelle.

La miraculée et son bienfaiteur

CHRONIQUE / «Bonjour! Peut-être vous souvenez-vous de moi? La miraculée de la pelle mécanique! Ça fait trois ans. J’ai une histoire merveilleuse à vous raconter.»

Je l’ai rappelée. Évidemment que je me souvenais d’elle. Difficile d’oublier Diane Héon et ce qui lui est arrivé, le 3 juin 2016. J’en avais fait le récit, quelques mois plus tard, dans une chronique intitulée «Plus forte qu’une pelle mécanique».

Diane était au volant de sa voiture, sur le boulevard des Acadiens, à Bécancour, lorsque sa dernière heure a failli sonner. La technicienne en organisation scolaire était en direction de son travail lorsqu’elle a croisé un camion à plateforme arrivant en sens inverse. Au moment précis où sa petite voiture s’est retrouvée à la même hauteur que l’imposant véhicule, l’excavatrice qui se trouvait sur la remorque s’est détachée pour tomber directement sur la Hyundai.

La photo de mon collègue dépêché sur place parlait d’elle-même. «Dire que j’étais en dessous...», m’avait dit la conductrice en fixant l’image avec incrédulité.

Debout sur ses deux pieds, Diane n’avait aucun souvenir de ce qui s’était passé ce matin-là. Un «flou» dans sa tête qui avait subi un traumatisme cranio-cérébral. Il lui fallait maintenant apprendre à vivre avec les séquelles.

Malgré sa bonne volonté et deux tentatives, Diane n’a jamais été capable de reprendre son travail dans une école secondaire. Ses difficultés de concentration et ses pertes de mémoire étaient trop importantes. Elle s’est également séparée de son conjoint, une autre conséquence que la femme attribue au TCC qui l’a notamment rendue plus anxieuse et angoissée.

«Notre personnalité change. L’agressivité, l’impatience... tout est amplifié», admet Diane qui a connu un épisode dépressif à l’automne dernier. C’était avant de déménager et d’entendre parler de Maurice Janelle, celui par qui un sentiment d’espoir est réapparu, comme par miracle aussi.

«Un demi-pouce de plus et elle ne serait pas ici pour nous parler.»

En disant cela, l’homme de 78 ans regarde la femme de 47 ans qui lui touche affectueusement le bras. Diane aime l’appeler son «bienfaiteur». Il lui a été présenté il y a quelques semaines seulement.

Elle ne connaissait pas l’existence de celui qui est arrivé le premier sur les lieux de l’accident, pas plus que celui-ci savait ce qu’il était advenu de celle qu’il revoit encore, prise au piège dans sa voiture réduite en un tas de ferraille.

Maurice Janelle habite juste en face de l’endroit où Diane Héon s’est retrouvée au très mauvais moment. Il est accouru en entendant un bruit sourd à l’extérieur de sa maison. Le résident du secteur Saint-Grégoire ne savait pas dans quel état se trouvait l’automobiliste qui avait les yeux fermés.

«Est-elle morte? Inconsciente?», se disait-il à lui-même avant que la femme fasse lentement le geste d’essayer de repousser avec sa main l’arrière de l’excavatrice qui lui frôlait la tête.

«J’étais soulagé. Elle était vivante! Elle posait inconsciemment le geste de s’alléger un peu. C’est une image que je n’oublierai jamais.»

De la fenêtre de sa cuisine, Marie Lemire, l’épouse de Maurice, a vu les secours utiliser les pinces de désincarcération pour délivrer la victime. Si elle n’était pas morte, se disait la dame, elle n’était pas forte, peut-être paralysée pour le restant de ses jours, voire dans un état végétatif.

Maurice et Marie n’ont jamais cessé de penser à Diane sans la connaître. Leurs retrouvailles des dernières semaines sont le fruit d’un beau hasard, ce genre de circonstance qui nous fait dire que le monde est petit.

Maurice Janelle est un bricoleur qui donne régulièrement un coup de main aux gens de son entourage. C’est en se rendant chez un couple de Nicolet qu’il a rencontré celle qui loue leur maison depuis peu, en l’occurrence Diane Héon.

L’«histoire merveilleuse» que celle-ci voulait tant me raconter pourrait se terminer avec cet heureux dénouement, mais Diane, tout comme Maurice, affirment qu’il n’y a pas que des hasards dans la vie.

Ils sont convaincus que Marie y est pour beaucoup dans ce récit. Pas Marie, l’épouse de Maurice, Marie, celle que le duo nouvellement réuni aime... prier.

En 1988, Maurice Janelle a voulu poser un geste significatif pour témoigner sa gratitude après vingt ans de mariage avec sa tendre épouse. Sa demande de faveur formulée dans son jeune temps avait été exaucée. «J’avais une femme à mon goût, une vraie mère qui s’occupe bien des enfants.»

Croyant et pratiquant, Maurice a fabriqué une grotte dédiée à la Vierge, un lieu de dévotion qu’il a érigé devant sa maison. Et tant qu’à faire, s’était-il dit, la statue protégerait les nombreux automobilistes qui passent par là.

L’accident qui aurait pu tuer Diane Héon s’est produit exactement devant cette sculpture en poussière de marbre, celle-là même devant laquelle le curé de la place et des paroissiens venaient, jadis, réciter le chapelet.

«La Sainte-Vierge lui a sauvé la vie!», soutient Maurice avec certitude. Diane, qui se dit aussi croyante et pratiquante que lui, en est également persuadée. «C’est sûr qu’elle m’a protégée!»

Je les écoute, je note chaque mot et je gagne du temps. Ils me regardent, attendent patiemment ma prochaine question et ne semblent pas étonnés de me voir jouer la carte de l’objectivité journalistique afin de me faire l’avocate du diable.

Sauf votre respect, Diane et Maurice, vous savez que des lecteurs plaideront ici la pure coïncidence. Ils diront que la grotte n’y est pour rien, que la conductrice de la voiture a tout simplement été très chanceuse dans sa terrible malchance, qu’elle ne devait pas mourir en ce 3 juin 2016. Voilà.

Mais Diane n’en démord pas. La statue de Marie n’était pas là pour rien.

Même réaction de Maurice. Sa madone a sa raison d’être puisqu’elle est source d’espoir.

Diane Héon regarde son nouvel ami à qui elle donnerait le bon Dieu sans confession. Depuis sa rencontre avec Maurice et ses deux Marie, elle va bien et a confiance que sa vie ira de mieux en mieux. Ça ne s’explique pas. «Je le ressens.»

Diane a foi en l’avenir et Maurice aussi.