Le maquillage est une étape incontournable dans la transformation de Francis en Trashy. - PHOTO: STÉPHANE LESSARD

Francis le jour, Trashy le soir

Il s’appelle Francis Boisvert. Il a 23 ans. Le jour, il est technicien en informatique. Le soir, il devient Trashy.

«Je suis une drag-queen.»

Une chambre de son appartement croule sous les costumes, perruques, paillettes, chapeaux, souliers et bottes à talon aiguille de quatre pouces de haut.

Tu es capable de marcher avec ça? «Bien sûr. Je danse même!»

La table est recouverte d’accessoires de maquillage et de produits de coiffure. Juste à côté, une machine à coudre. Des robes sont suspendues au mur dont sa propre création, entièrement faite en disquettes. On peut sortir la drag-queen de l’informaticien, mais pas l’informaticien de la drag-queen.

C’est donc ici que ça se passe, dans cette pièce où il a appris à devenir coiffeur, maquilleur, couturier et à lâcher son fou.

Employé de la Ville de Trois-Rivières, Francis passe ses journées à raccorder des fils dans les édifices municipaux où on retrouve des ordinateurs, c’est-à-dire partout. Il a le look du jeune homme discret, gentil et poli et c’est ce qu’il est. La retenue est de mise au service à la clientèle.

Pour sa Trashy, c’est tout le contraire. Elle s’en permet beaucoup plus.

«Trashy aime créer un effet de surprise, provoquer des malaises, faire des blagues osées. Elle me sort de ma vie ordinaire de personne ordinaire.»

Francis Boisvert est devenu une drag-queen il y a deux ans, à l’invitation de la mère de deux amis qui présentait des spectacles du genre à Trois-Rivières, au cabaret Le Tapis rouge.

«Veux-tu essayer?»

Francis Boisvert a surnommé «la Drag Room» la pièce où sont regroupés ses nombreux accessoires. - PHOTO: STÉPHANE LESSARD

Au secondaire, Francis était l’élève qui excellait dans les exposés oraux, celui à qui on faisait appel pour animer les activités socioculturelles.

«J’ai toujours voulu être un artiste, mais je n’avais pas de talent précis.»

Lorsque l’invitation lui a été lancée, Francis n’a pas hésité une seconde. Il s’est laissé habiller et maquiller en femme avant de monter sur la scène. Fan fini de Lady Gaga, il n’allait surtout pas rater sa chance de chanter et de danser comme elle et, tant qu’à y être, faire de l’humour et dans le burlesque.

Il y a eu un deuxième spectacle et un autre. Trashy est née et fait, depuis, le bonheur de Francis.

De ses parents aussi. «Ils trouvent ça cool. Dans ma famille, c’est vivre et laisser vivre.»

Ses amis et compagnons de travail n’en pensent pas moins. Certains n’ont pas hésité à aller le voir en spectacle pour applaudir son audace. Leur critique a été unanime: «On aime ça. Tu a l’air d’avoir du fun.»

Plus tôt cet été, Francis Boisvert a participé à l’activité «Bibliothèque vivante» où les Trifluviens étaient invités à emprunter un «livre» humain pendant, chacun, une vingtaine de minutes.

Les rencontres se sont enchaînées pour Trashy. Vêtue de sa magnifique robe rouge, elle a répondu à toutes les interrogations susceptibles de démystifier son univers et faire tomber quelques préjugés.

On lui a notamment demandé si Francis est un transgenre ou sur le point de changer de sexe.

Non. Rien à voir. Ce n’est pas parce qu’il aime adopter la personnalité de Trashy qu’il tourne le dos à Francis.

«Je suis un gars et je vais le rester, mais j’aime ça, coiffer des cheveux et repasser des robes.»

Moitié Trashy, moitié Francis.

Curieux, les gens n’hésitent pas à s’enquérir de son orientation sexuelle. «Tu te costumes en femme, tu dois donc être gai?»

Avant même de préciser qu’il est bisexuel, Francis sait que sa prochaine réflexion créera de l’étonnement: «Pour moi, il n’y a pas de différences sexuelles entre un homme et une femme. Pour moi, du sexe, c’est du sexe et c’est plaisant.»

Ça a le mérite d’être clair, tout comme cette autre réponse donnée à ceux et celles qui n’auraient pas encore compris: «Je ne pense pas qu’il y ait un lien entre ma bisexualité et Trashy.»

Francis Boisvert met environ 45 minutes à se maquiller avant un spectacle. Un record de vitesse aux yeux de ses collègues drag-queens croisées en coulisses, celles-là même qui lui conseillent de se raser le poil des jambes et des bras plutôt que d’enfiler une combinaison couleur peau sous sa robe échancrée.

Francis ne veut rien savoir de passer des heures à s’épiler. «Non, je ne touche pas à ça. «Être une drag-queen, c’est un hobby pour moi. Pas une carrière.»

L’informaticien, qui porte généralement la barbe d’un jour, a développé toutes sortes de trucs pour masquer sa repousse, appliquer des faux cils ou grossir ses lèvres. Sa Trashy n’est pas la plus excentrique, mais elle ne passe pas inaperçue avec son fard à paupières brillant.

Penché au-dessus de sa machine à coudre, Francis Boisvert s’est développé un talent certain pour la création de vêtements mettant sa belle en valeur.

«C’est Francis qui fait vivre Trashy! Elle me garde occupée», lance en riant celui qui adore faire la tournée des friperies, à la recherche d’aubaines.

Lorsque la drag-queen se présente en spectacle, elle n’hésite pas à dire que dans son autre vie, Francis Boisvert est un fonctionnaire municipal bien dans sa peau.

D’ailleurs, Trashy participera de nouveau à la Bibliothèque vivante du 29 septembre prochain, à Trois-Rivières. Vêtue, comme la dernière fois, d’une robe de princesse, la drag-queen répondra à toutes les questions accompagnée de son ami qui, comme elle, n’a pas peur de déboulonner quelques mythes.

Technicien en informatique, Francis Boisvert laisse s’exprimer la drag-queen en lui.