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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Ghyslain Larose et Sandra Ricard ont mis sur pied l’entreprise Capturomax qui se spécialise dans la capture et la relocalisation d’animaux importuns en milieu urbain. 
Ghyslain Larose et Sandra Ricard ont mis sur pied l’entreprise Capturomax qui se spécialise dans la capture et la relocalisation d’animaux importuns en milieu urbain. 

À la recherche de l’intrus

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CHRONIQUE / C’était quand la dernière fois que vous avez mis les pieds dans le vieux cabanon au fond de la cour? Si c’est à l’automne, au moment de ranger les chaises de patio et le parasol, il serait peut-être temps d’inspecter tous les recoins. Une maman raton laveur et sa marmaille y ont peut-être élu domicile pendant que c’était tranquille à l’intérieur.

Ce n’est pas parce que nous, les humains, sommes tantôt confinés, tantôt déconfinés, reconfinés et ainsi de suite que pendant ce temps, les animaux sauvages ne sont pas libres d’aller où bon leur semble, y compris en zone urbaine, peu importe sa couleur et l’heure du couvre-feu.

«Saviez-vous que presque toutes les espèces d’animaux sauvages, mammifères et oiseaux, ont leurs petits au printemps?»

Ce n’est pas moi qui pose la question, mais Sandra Ricard et Ghyslain Larose. Ils forment un couple. Elle est infirmière auxiliaire en centre hospitalier. Il est opérateur dans une aluminerie.

Entre leurs nombreuses heures de travail, ils aiment se présenter comme des «trappeurs réinventés».

Ce n’est pas la fourrure des animaux qui les intéresse, mais leur bien-être.

Or, il arrive que des ratons laveurs, mouffettes, renards, marmottes, belettes et une Souris verte (clin d’oeil ici à l’émission culte de mon enfance) viennent «importuner» notre quiétude banlieusarde.

J’utilise les guillemets pour deux raisons.

J’habite moi-même dans un quartier résidentiel situé à mi-chemin entre le centre-ville et la campagne, où l’apparition de maisons neuves et de piscines hors terre a graduellement déraciné une forêt et ses chevreuils.

Alors qui dérange qui? Mea-culpa.

Il n’est pas rare non plus que ces citadins que sont nos amis les bêtes s’installent là où on leur offre le forfait tout-inclus: l’abri et la bouffe.

Ils se servent directement dans les mangeoires pour oiseaux, dans les potagers et dans les poubelles qui débordent. Aucun gaspillage.

Certains s’offrent même un repas pour emporter, en se faufilant dans le poulailler aménagé pour Colette et Georgette, vos charmantes colocs adoptées dans le cadre d’un projet pilote sur la garde de poules pondeuses en milieu urbain.

C’est génial d’avoir des oeufs frais chaque matin, mais gare au renard qui rôde en zone habitée. Lui aussi est affamé au petit déjeuner, tout comme le raton laveur. Oui, encore lui.

Il y a six ans, Sandra Ricard et Ghyslain Larose ont créé Capturomax. L’entreprise de Trois-Rivières se spécialise dans la capture vivante et la relocalisation d’animaux sauvages qui profitent d’un peu trop près de ce que la vie en ville a à leur offrir.

«On fait ça pour aider les gens et les animaux», explique Sandra dont le conjoint, un amateur de chasse et pêche, a suivi les formations lui permettant d’obtenir une certification de la Fédération des trappeurs du Québec.

«Je le fais pour le défi de déjouer les animaux sauvages», ajoute Ghyslain qui aime entrer dans leur monde pour ensuite les raccompagner dans leur milieu naturel.

«Je suis un homme des bois!»

Le printemps, c’est la saison des amours. Qui dit guili-guili, dit reproduction et recherche d’un endroit pour donner naissance. Les animaux se font un nid là où l’humain a négligé de faire sa tournée d’inspection.

Sandra et Ghyslain ont quelques trucs simples à partager. Prenons des notes, c’est gratuit.

«Bouchez les trous et bloquez l’accès à votre garage, à la remise, au grenier, au spa, etc.», énumère le couple qui rappelle également l’importance de vérifier les conduits d’aération, la sortie de sécheuse, les soffites, les robinets à l’extérieur...

Ça semble l’évidence même, mais non. Leur entreprise n’existerait pas sinon. Ce n’est pas le boulot qui manque durant la saison estivale qui approche. Lorsqu’on fait appel à leurs services, c’est parce qu’on a fait trop peu, trop tard.

L’animal est bien établi chez nous. Nos techniques d’effarouchement le font bien rire.

Le chien Fido empeste la mouffette qui occupe le terrier délaissé sous la véranda par une marmotte. Comme le père Noël, un écureuil est passé par la cheminée et n’est plus capable d’en sortir, à moins qu’il ait pris ses aises dans le cabanon où il a rongé les fils électriques et provoqué un court-circuit.

Au feu les pompiers.

Mignons comme tout, leurs cousins les petits suisses (les tamias si vous préférez) ne sont pas en reste. Ils adorent creuser des tunnels le long du garage ou sous le trottoir entourant la piscine creusée.

On serait surpris d’y découvrir l’autoroute là-dessous... et les dommages occasionnés par l’eau qui s’infiltre, gèle à l’hiver et dégèle au printemps. D’où les fissures dans le béton.

Si une marmotte fait son épicerie dans votre potager, évitez de la capturer vous-même et de la relocaliser sur le terrain du troisième voisin, celui qui a la fâcheuse manie de passer sa tondeuse les vendredis, à l’heure de l’apéro.

«Les animaux sauvages peuvent avoir des tiques ou être porteurs de maladies», prévient Ghyslain. On risque de déplacer le problème alors qu’il faut le régler à la source, en empêchant un autre animal d’occuper l’abri laissé vacant derrière lui. Chez vous donc.

Sans le savoir, vous pourriez également déloger une femelle qui s’était temporairement éloignée de ses petits. Je ne crois pas que vous ayez envie de recueillir ses orphelins qui n’ont pas demandé à venir au monde entre le mur de la maison et les cordes de bois de chauffage.

Un dernier conseil de Sandra et Ghyslain qui ont pris la peine de l’écrire noir sur blanc dans un courriel.

«Si vous découvrez un nid déjà existant, avec ou sans bébés, laissez un accès pour permettre à l’animal de sortir et installez une lumière et une radio sur le site. Les ratons laveurs et autres animaux sauvages veulent un endroit calme et sombre pour avoir leurs petits et avec de l’éclairage et du bruit, la mère changera certainement de site et déplacera ses bébés un à un, par elle-même, en votre absence.»

Vous pouvez également chanter pour leur annoncer votre présence. Même le troisième voisin va quitter le quartier.

La patience est de mise. Les animaux sauvages étant des oiseaux de nuit, ils peuvent avoir besoin d’un jour ou deux pour plier bagage.

Dépêchez-vous ensuite de bloquer l’accès. Pour de bon cette fois. Un nouveau locataire est si vite arrivé.