Actualités

Se sortir de la galère

CHRONIQUE / Alain Villeneuve est arrivé au café avec un nouveau manteau d’hiver. Pas un vêtement usagé qu’il aurait pu se dénicher dans un organisme de charité. Un manteau flambant neuf.

«Une dame me l’a acheté.»

Actualités

La lettre d’Hélène à Margot

CHRONIQUE / À pareille date l’an dernier, Annie Falardeau a trouvé une carte de Noël à travers le courrier adressé à sa mère. Une dame prénommée Hélène offrait ses vœux de joie, santé et bonheur à celle que tout le monde appelle Margot.

Victime d’un grave accident vasculaire cérébral, Marguerite Trudel n’habitait plus sa maison. Elle venait d’être admise dans un centre d’hébergement et de soins de longue durée. Les séquelles de l’AVC étaient importantes: corps paralysé du côté gauche, troubles de la mémoire et de la parole.

Actualités

Les seins de Jenny, l’encre de Yan Solo

CHRONIQUE / Depuis quelques semaines, Jenny Vézina se regarde différemment dans le miroir. La femme de 46 ans ne voit plus les cicatrices laissées par l’ablation de ses deux seins. Elle contemple des fleurs de cerisier et se réconcilie avec l’épreuve de la maladie.

Jenny n’a rien à cacher. Ni ici ni ailleurs.

Actualités

Tomber et apprendre à se relever

CHRONIQUE / Kévin Gamelin, 22 ans, ne se souvient pas de la course. Du départ seulement. Un moment impossible à oublier. Il en rêvait depuis si longtemps.

«Le plus beau feeling de ma vie! J’étais dans un autre monde.»

Isabelle Légaré

À la maison avec les arrière-grands-parents

Henry, 3 ans, connaît le truc. Il attend que ses parents le pensent endormi pour sortir de sa chambre sur la pointe des pieds, traverser le salon pendant qu’ils ont le dos tourné et pousser délicatement la porte derrière laquelle un couple se berce en écoutant ses émissions de télé préférées.

Le bambin a le choix. Se blottir contre Charles, 98 ans, ou près d’Hélène qui s’apprête à souffler sur 96 bougies.

Chroniques

L’échantillon de salive qui a changé sa vie

CHRONIQUE / Monic Avoine s’est toujours pensée seule au monde jusqu’à ce que Henri décide de s’en mêler.

«Tiens chérie, je t’offre un test d’ADN pour ta fête.»

Comme un cadeau, ça ne se refuse pas, elle a craché dans le petit tube avant de le mettre à la poste et de reprendre son quotidien. Qu’est-ce qu’elle avait à perdre au fond?

Un échantillon de salive plus tard, Monic vient de gagner le gros lot, une famille qui ignorait son existence et elle, la leur.

Au cours des derniers mois, Monic Avoine a obtenu des informations sur sa mère et son père qui sont aujourd’hui décédés, en plus de retrouver deux frères et une soeur biologiques, quatre demi-soeurs et demi-frères du côté maternel et quatre autres demi-soeurs et demi-frères du coté paternel. Sans compter les cousins et les cousines.

«Je ne les ai pas encore tous rencontrés, mais on est rendus à 107!»

Monic Avoine éclate de rire dans le restaurant où elle m’a donné rendez-vous. Il n’y a pas à dire, les derniers mois ont été fertiles en émotions pour la dame de Saint-Tite-des-Caps, près de Québec.

C’est son époux, Henri Lafrance, qui m’a écrit à la suite d’une chronique parue en juin dernier. J’y racontais la quête de Marie-Pierre Lefebvre, une femme de Trois-Rivières à la recherche de sa grand-mère biologique, la mère de son père.

Adopté, Pierre Lefebvre est décédé dans un accident de voiture, il y a près de 25 ans, à l’âge de 41 ans. Au cours de sa vie, l’homme n’avait jamais exprimé le souhait de retrouver celle qui l’avait mis au monde, contrairement à sa fille qui a entrepris des démarches en ce sens, mais qui se bute à un mur.

Bref rappel pour mieux comprendre la suite. Depuis le 16 juin 2018, une personne adoptée peut faire une demande pour connaître son nom d’origine et celui de ses parents biologiques décédés depuis plus de douze mois. Si ces derniers sont toujours vivants, ils ont jusqu’au 16 juin 2019 pour s’opposer à ce qu’on dévoile leur identité, mais le jour de leur décès, ce refus ne tient plus.

Pour les descendants des personnes adoptées et décédées, il faut cependant oublier tout ça. La nouvelle loi 113 ne s’applique pas à eux. Malgré la légitimité de sa demande, Marie-Pierre Lefebvre ne peut pas avoir accès au dossier de naissance de son père, encore moins à ses antécédents médicaux. Ses options sont limitées.

À ce jour, son avis de recherche sur les réseaux sociaux pour rejoindre une personne qui lui permettrait de faire la lumière sur sa grand-mère est resté lettre morte.

C’est la raison pour laquelle Henri Lafrance a cru bon de faire connaître l’histoire de son épouse.

«Marie-Pierre Lefebvre pourrait essayer de trouver sa grand-mère via un test d’ADN?»

Marie-Pierre et tous les autres qui sont exclus de la loi 113.

Pour une centaine de dollars, Henri a acheté un kit sur le site de généalogie Ancestry. C’était en décembre 2017, à quelques semaines de l’anniversaire de Monic.

Après des décennies à tenter d’en savoir davantage sur celle qui l’avait donnée en adoption, la femme avait fini par renoncer à connaître un jour ses origines.

Monic n’était pas moins triste. Elle a un conjoint et une fille qu’elle adore, mais cette question continuait de l’habiter: «C’est qui, ma mère?»

Les premiers résultats reçus par courriel étaient intéressants, mais sommes toutes assez vagues. On l’informait qu’un pourcentage de ses ancêtres étaient venus d’Irlande, d’autres, de l’Espagne, mais rien pour l’orienter davantage.

Pour faire pousser un arbre généalogique, il lui fallait creuser davantage.

Monic Avoine n’avait aucune idée de la façon d’utiliser ces renseignements géographiques à des fins identitaires. Elle a donc fait appel à une personne-ressource du Mouvement Retrouvailles, une dame qui administre la page Facebook Carrefour ADN.

Cette Columbo savait comment s’y retrouver dans la banque de données d’Ancestry. Rapidement, elle a combiné les résultats de Monic à ceux d’une femme qui avait également effectué le test d’ADN, simplement pour répondre à sa curiosité de remonter dans le temps.

Monic devrait aller s’acheter un billet de loterie.

Cette inconnue s’est avérée être une cousine, celle par qui Monic a appris l’existence de son frère qui habite dans le coin de Mont-Tremblant. Elle l’a appelé. On est en janvier 2018.

«Bonjour. Tu ne me connais pas. Je m’appelle Monic. J’ai fait un test d’ADN. Je suis ta soeur.»

Ils se sont rencontrés peu de temps après, dans un resto à mi-chemin.

Cet homme d’un an son aîné avait connu leur mère deux ans avant qu’elle trouve la mort dans un accident de voiture, au milieu des années soixante-dix.

Il a raconté à Monic que cette femme avait profité des absences longues et répétées de son mari militaire pour donner rendez-vous à son amant, un voisin qui lui avait fait quatre enfants... entre les quatre autres que leur mère a eus avec son mari.

Ce frère et Monic sont les deux plus vieux de cette fratrie peu conventionnelle. Elle rit de nouveau. «Au moins, j’ai été fait avec amour!»

Monic Avoine refuse de juger celle qui l’a portée et enfantée avant de retourner auprès de sa marmaille.

«J’ai une famille, peu importe ce qu’elle a été et ce qu’elle est. Le plus important pour moi, c’est de les connaître.»

«Les» étant les 107 personnes qui sont apparues, depuis, dans le portrait.

L’été dernier, Monic s’est rendue en Gaspésie où elle a rencontré une soeur, une demi-soeur et trois cousines.

Pour les autres qui sont dispersés ici et là au Québec, elle les appelle, leur écrit. D’autres retrouvailles sont à venir au cours de la prochaine année.

Monic Avoine savoure ces moments.

«J’ai été acceptée les bras ouverts, très chaleureusement, avec amour. J’ai vraiment senti que j’étais avec les miens. Il faut le vivre pour le savoir.»

Chroniques

Le don de Sabine à Marie-Christine

CHRONIQUE / Marie-Christine Chaîné a reçu un don en cadeau. De Sabine Oldenburg. Sabine qui? Une pure inconnue qui n’avait rien à perdre à changer une vie.

Marie-Christine, 37 ans, vit à Trois-Rivières. Sabine, 48 ans, dans la ville de Karlsruhe, en Allemagne. Le 29 novembre, malgré la distance et la barrière linguistique, les deux femmes devenues des amies trouveront le moyen de se faire un coucou virtuel. L’anniversaire d’une greffe, ça ne s’oublie pas.

Marie-Christine m’accueille chez elle, partagée entre son côté réservé et son désir de faire sa part pour une cause qu’elle a faite sienne comme les cellules souches qu’on lui a transplantées.

«Je ne peux pas donner de mon sang, je ne peux pas donner de moelle non plus. En fait, je ne peux pas donner grand-chose, mais parler de la fondation Swab the world, c’est ma façon de redonner quand même. Si Sabine, en Allemagne, n’avait pas fait ce don-là, je ne serais pas ici aujourd’hui.»

L’histoire de Marie-Christine débute à l’été 2003. Elle a 22 ans, la santé, des projets à la pelle et un amoureux avec qui elle rêve d’Italie une fois complété son baccalauréat en adaptation scolaire.
Sa vie est parfaite jusqu’au jour où en revenant d’une fin de semaine de camping, la jeune femme sent une petite bosse près de la nuque.

«Ça m’achale. Ça me fait mal.»

Au point de faire un détour par l’urgence où l’attention de l’infirmière au triage est davantage attirée par un ganglion anormalement volumineux à l’avant du cou. Marie-Christine est étonnée.
«Je ne l’avais jamais remarqué. Je n’avais aucun symptôme.»

Sans douleur ne veut pas dire sans danger. Une semaine plus tard, Marie-Christine était opérée pour retirer la masse, le signe avant-coureur d’un lymphome hodgkinien, un cancer du système lymphatique.
La maladie a cédé du terrain après douze séances de chimiothérapie, mais six mois plus tard, alors que Marie-Christine est dans une classe à enseigner, ses doigts se dirigent machinalement vers son cou. Une bosse est réapparue. Rechute.

À l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont de Montréal où la Trifluvienne est dirigée, on lui annonce qu’il faut passer à l’étape de l’autogreffe qui consiste à recevoir une chimiothérapie à très forte dose avant de se faire administrer ses propres cellules souches qui ont été prélevées et traitées. Saines, elles pourront remplacer celles qui ont été détruites dans la moelle osseuse.

Nous sommes en 2004. Pendant un mois et demi, Marie-Christine est confinée dans une petite chambre stérilisée où le port du masque, des gants et de la jaquette est obligatoire pour chaque personne qui y entre.

Sa mère, Susan Thibodeau, est à ses côtés. «Elle a arrêté de travailler pour passer toutes ses journées avec moi. Elle était mon infirmière, ma préposée, ma nutritionniste... Elle faisait tout.»

Et sa fille s’est remise tranquillement sur pied jusqu’à ce qu’un examen de routine effectué deux ans plus tard, en 2006, la retourne à la case départ. Deuxième rechute.

À ce stade-ci de l’évolution de la maladie, la dernière chance de Marie-Christine est l’allogreffe. Ses cellules souches ne font plus leur boulot et celles de son frère ne sont pas compatibles pour prendre la relève. La Trifluvienne doit se tourner vers le registre international et espérer un match parfait avec un donneur non apparenté.

Le 29 novembre 2006, Marie-Christine Chainé reçoit les cellules souches de quelqu’un quelque part sur la planète, une personne dont elle ignore l’identité, mais qui a eu la bonne idée de se porter volontaire pour faire la différence.

«J’ai été deux mois à l’hôpital avant d’y revenir un autre mois en raison de complications. Je prenais jusqu’à 26 pilules par jour.»

Marie-Christine ne s’est jamais plainte.

À l’hôpital, la jeune femme s’était liée d’amitié avec trois patientes également âgées de 25 ans. Atteintes de leucémie, elles aussi avaient reçu une greffe de moelle. Les quatre filles se promettaient de continuer à se fréquenter une fois guéries. Seule Marie-Christine a survécu.

Elle n’était pas au bout de ses peines pour autant. En 2011, soit cinq ans moins une semaine après cette transplantation, Marie-Christine a passé un nouveau test de routine, ce fameux examen où tous les espoirs sont permis après cinq longues années d’attente, celui qui est supposé confirmer que la rémission est complète, qu’on peut maintenant parler de guérison.

«Je ne me suis pas rendue...»

Isabelle Légaré

À la même adresse depuis 1939

CHRONIQUE / Cécile Désilets-Gagnon a eu 102 ans jeudi. Resplendissante comme une jeunesse dans son chandail rose bonbon et un legging confortable, la vieille dame habite à la même adresse depuis... 1939.

J’ai sonné. C’est elle qui est venue me répondre en s’avançant lentement, mais solidement sur ses deux jambes minuscules. Bonne fête Madame Cécile!

Actualités

Petite-fille de cœur, fille endeuillée

CHRONIQUE / Ils sont huit, âgés de 74 à 94 ans. Les deux tiers sont atteints de la maladie d’Alzheimer et lui posent souvent la même question, oubliant ce qu’elle leur a répondu le jour d’avant.

«Pis Maude, à l’école, comment ça va?»