J’haïs la coriandre!

CHRONIQUE / On est allé dîner au resto l’autre midi. Un petit bistro sympa de la rue Principale dont le nom peut quasiment se lire dans les deux sens. Surtout après avoir enfilé quelques-uns de ses cocktails colorés desquels parfois s’échappe de la boucane.

Dans ce resto, le menu se lit comme un poème. Gnocchis crémeux aux épinards et aux pois verts, tuile au poivre de Sichuan / Raviolis farcis aux champignons porcini et vin de Marsala, sauce crémeuse aux champignons et au fond de veau maison / Tartare de saumon à la polonaise au gras de canard, accompagné d’endives braisées au caramel salé et de rubans de céleri-rave.

Juste le lire donne l’eau à la bouche.

Après avoir hésité entre deux plats, j’ai opté pour la longe de morue en croûte de champignons trompettes de la mort avec caviar sur lit d’orge et salade d’herbes et de zestes d’orange. Mes amis ont choisi le tartare de saumon.

En recevant mon assiette, j’ai failli m’étouffer. Pas à cause d’une arête dans mon poisson: à cause de la fameuse salade!

En y jetant un coup d’oeil, j’ai comme entendu le son strident d’une aiguille de table tournante écorcher un disque en vinyle.

Nooooooon, pas de la maudite coriandre, que je me disais intérieurement en tentant de garder le sourire.

J’HAÏS LA CORIANDRE!

Pour vrai, la présence de cette mauvaise herbe dans mon assiette allait littéralement bousiller mon repas. Voire ma journée. Je préférerais grandement manger un bol d’herbe à puce et d’ortie velue. Sans vinaigrette.

Finalement, je m’étais fait jouer un tour «plate» par du persil plat. Cette idée, aussi, de prendre l’apparence de l’horrible coriandre. Ça m’a foutu l’estomac à l’envers, bâtard!

Mon aversion pour la coriandre est si grande que si cet abominable aromate était une personne, je changerais de trottoir si j’avais à la croiser dans la rue. Croyez-moi, c’est du sérieux.

J’ai d’ailleurs appris cette semaine que c’était génétique mon affaire. Je déteste la coriandre à cause du gène OR6A2. C’est ce qu’ont découvert les scientifiques. La coriandre me répugne à cause des aldéhydes qu’elle contient. Un composé organique qu’on retrouve, tenez-vous bien, dans le savon! Juste de vous le dire, le cœur me lève.

Elle est là sa place à cette plante abjecte: dans les produits ménagers capables de décaper vos vieilles grilles de BBQ.

Je n’ai aucun problème à me laver les mains avec le savon Cucina Fruits et Passion coriandre et olivier. Je trouve même que ça sent bon. Mais cette épouvantable annuelle dans une recette ou un drink : non merci, sans façon. On repassera!

Et n’essayez pas de m’endormir en me citant par ordre alphabétique toutes les vertus de cette affreuse plante médicinale. Je sais qu’elle facilite la digestion. Qu’elle contient des antioxydants et de la vitamine K. Qu’elle agit contre la migraine, le diabète et la diarrhée.

Je m’en fous!

Je préfère endurer le pire des maux de tête ou être frappée d’une diarrhée carabinée que de devoir ingurgiter ce dégoûtant condiment.

Mon horreur de la coriandre est telle que je pense me joindre aux 208 000 abonnés de la page Facebook «I hate coriander». J’ai même le goût de pousser l’audace encore plus loin en me faisant venir un chandail ou une casquette qui scande ma répugnance noir sur blanc: I HATE CORIANDER!

Une étude publiée en 2012 dans la revue savante Flavour a révélé que les gens qui aiment le plus la coriandre sont ceux dont cette ignoble plante fait partie des traditions culinaires. On parle surtout des Asiatiques. Là-bas, 90% des gens en raffolent. En Europe et en Afrique, c’est drôle, on l’aime un peu moins...

Bonne nouvelle! Comme ça je ne risque pas d’en croiser dans mon petit resto sympa de la rue Principale, car celui-ci se concentre à mettre de l’avant des plats polonais. Que la Pologne fasse partie de l’Europe centrale est un phénomène merveilleux. Tellement, que je pense aller y faire un tour pour offrir à chacun un petit bouquet garni.

C’est quoi un bouquet garni? «C’est un mélange de laurier, de thym et de persil qui sert à parfumer des bouillons, des soupes ou des p’tits mijotés.» Paroles de Ricardo.

Vous pouvez y ajouter de la sauge, du romarin, voire une branche de céleri. Avec les feuilles.

N’allez JAMAIS y attacher de la repoussante coriandre.

Faites ça juste une fois, et je vous passe un savon.