La Grange à livres de Saint-Armand

Facebook le fascinant

CHRONIQUE / Perplexe, hilare, troublée, émue, découragée. Êtes-vous comme moi ? Est-ce que ces sentiments vous habitent quand vous faites défiler les innombrables publications qui colorent votre fil « d’actualités » Facebook ? Des fois, c’est vrai, certaines choses font vraiment réfléchir ou nous bouleversent. Mais (trop) souvent, elles nous désespèrent du genre humain. À petite et à grande échelle. Jeudi dernier, en moins de 12 minutes, je suis passée par toute la gamme des émotions.

Dans la catégorie « Ben voyons donc ! », la médaille d’or revient à une dame qui, visiblement, a manqué le bateau nommé Perspicacité quand il est passé. En même temps, je la remercie, car sa question colle parfaitement au mandat que je me suis donné en lançant Entre les lignes il y a quelques années, soit de parler, à l’occasion, des dessous liés à mon métier, aux articles que je rédige ou corrige et aux gens que je rencontre. Celui de vous montrer l’envers du décor.

À la suite de la publication du texte sur le mouvement Arochemoiunsourire la semaine dernière, qui invite petits et grands à peindre des roches, à y inscrire l’adresse du site arochemoiunsourire.com et à les cacher un peu partout pour les transformer en trésors que d’autres découvriront avec émerveillement, une dame a demandé, en grosses lettres bleues écrites sur un fond floral printanier : Où prendre ces roches pour les peinturer ?

(criquet, criquet...)

Mention spéciale à l’instigatrice du projet qui lui a gentiment répondu : On en trouve un peu partout. Rien de passif/agressif qui aurait ajouté l’insulte à l’injure.

J’ai pris des notes et espérant atteindre ce niveau de sagesse un jour.

Dans la catégorie « Ben quin ! », la palme revient à une photo de la Terre publiée par plusieurs ce matin-là et sur laquelle on pouvait lire : Et pour cette cathédrale, on fait quoi ?

Une publication qui faisait référence au milliard de dollars réuni en un claquement de doigts à la suite du brasier qui a détruit la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est succinct, mais ça dit tout. Inutile d’en ajouter.

Dans la catégorie « Ben là ! », je glisserais la demande qu’on fasse circuler un petit mot cucul si on aimait notre filleule. Je l’ignorais, mais la semaine dernière était celle des marraines. Je suis marraine et fière de l’être qu’on pouvait alors partager.

Bon. Comme j’ai une filleule que j’aime, je me suis demandé : « je partage ou pas ? » Si je partage, elle va me trouver hyper kétaine et faire comme si elle ne me connaissait pas... Si je ne partage pas et qu’elle voit passer sur son fil que les marraines pouvaient clamer à la Terre entière qu’elles sont choyées d’avoir la filleule la plus extraordinaire, mais que la sienne n’a pas suivi le mouvement, elle va m’en vouloir pour le reste de sa vie... Le dilemme.

C’est là que je me suis souvenue qu’elle partait tout le week-end en ski de fond dans le bois en Gaspésie. Là où il n’y a pas de Wi-Fi. Sachant que son séjour lui avait plu l’an dernier, je l’ai textée avant son départ pour lui souhaiter du bon temps. Elle est partie affronter ce qu’il reste de l’hiver en sachant que matante l’aime fort, fort.

Dans la catégorie « Tchèque ben ! », cette fois c’est la page couverture d’un livre pour enfant qui a attiré mon attention. En fait, c’est plus ce que pourrait provoquer l’illustration que l’illustration elle-même qui m’a fait réagir. Le livre est le dernier lancé par Guylaine Guay, mère de deux ados autistes. Dans Clovis est toujours tout nu, elle aborde le droit à la différence, l’autisme et l’ouverture aux autres. Connaissant son humour, ça doit être aussi drôle que doux sa petite histoire. Orbie, c’est l’illustratrice qui s’est collée au projet. Clovis, elle le présente en couverture nu comme un vers, ses vêtements volant autour de lui comme s’il venait de les lancer au bout de ses bras. La nudité du garçon ne peut faire autrement que de dévoiler son petit pénis.

J’ai démarré mon chronomètre en me disant intérieurement « T’chèque ben ça ! », ça va prendre moins de deux jours avant qu’une personne qui n’aura, bien sûr, aucune idée de ce que c’est que de partager la vie d’un enfant autiste, s’insurge de voir les parties intimes d’un petit bonhomme blond.

Les gens ont tellement tendance à s’offusquer pour pas grand-chose. Un phénomène qui les fait carrément passer à côté du sujet principal.

Finalement, histoire de finir sur une note positive ( !), je terminerais avec la catégorie « Ben ça alors ! ». Encore une photo, mais cette fois plus envoûtante que déstabilisante. C’est celle prise par un de nos photographes au journal de la Grange à livres de Saint-Armand. Un lieu magique qui se trouve sur le terrain d’un nouveau vignoble, celui du Clos de l’Orme blanc.

Juste ça, c’est un poème.

L’endroit est, en fait, une bibliothèque contenant 10 000 titres et qui fonctionne sous le principe du libre-service. « Les gens peuvent venir passer l’après-midi sur place, ou encore repartir avec un ou plusieurs livres. Il n’y a pas de modalité de prêt, aucuns frais, vous empruntez un livre et le rapportez au moment qui vous convient », expliquent les propriétaires.

Après avoir lu ça, j’ai fermé Facebook, réconciliée avec la race humaine.

Actualités

Sortie aux fraises impromptue

CHRONIQUE/ J’aime les expressions colorées. La dernière que je glisse parfois dans les conversations pour dérider mon auditoire, quand ça s’y prête, c’est : « Oh boy, elle est aux fraises ! » Bien sûr, selon la situation, celle-ci se masculinise.

Un idiotisme botanique ou fruitier bien placé, c’est toujours très drôle.

Entre les lignes

Je te salue Mariana

CHRONIQUE / Très peu de gens le savent, mais mes dents ne sont pas parfaites. Non. Je n’ai pas une occlusion idéale, comme on dit. Au contraire, je « souffre » d’une malocclusion de type classe II, division 1.

En français, ça veut dire que ma mâchoire inférieure est un peu trop reculée par rapport à ma mâchoire supérieure, ce qui fait que j’ai les dents d’en haut un peu plus avancées. Pas digne de Freddie Mercury ou encore de Bugs Bunny, mais comme... très peu de gens payés pour passer à la télé, finalement. Très peu, parce que la plupart ont les dents impeccablement alignées. Comme s’ils avaient tous consulté le même spécialiste travaillant avec le même moule.

Entre les lignes

Tout est dans tout...

CHRONIQUE / Malheureusement, je n’ai pas eu le plaisir de connaître mon grand-père paternel. Tout ce que je sais de lui vient, bien sûr, d’anecdotes et de souvenirs racontés par mon père.

Hormidas Gaboriault, que tout le monde appelait Midas, est né le 28 novembre 1908, à Farnham. C’était un samedi.

Entre les lignes

Le clown garde espoir

CHRONIQUE / Ce n’est un secret pour personne, le but de cette chronique est de vous amener ailleurs. De vous éloigner de l’actualité. De vous faire rire, réfléchir, décrocher. Pour y arriver, je m’abreuve à mon quotidien. À celui de ceux et celles qui m’entourent. Je m’inspire de ce qui m’habite.

Début août, pour prendre de l’avance, j’avais commencé un texte sur le fait que mes filles ont souvent peur de leur ombre. Deux anecdotes avaient d’ailleurs marqué la semaine et je souhaitais, en riant de nos travers familiaux, comme toujours, explorer le phénomène qui, je sais, se répète sans doute dans bien d’autres foyers.

Entre les lignes

La chance du grand singe

CHRONIQUE / Lors d’une visite à l’hôpital Sainte-Justine, récemment, ma grande et moi avons eu le sentiment de jouer dans la campagne publicitaire de Loto-Québec #tudevraisacheter-un 6/49. Pas parce qu’elle a eu la chance de voir de nombreux spécialistes en un temps record. Non. À cause du jeu Trivia Crack.

Pour « monter Montréal », on passe toujours par l’autoroute 10. C’est plus rapide que la 112.

Entre les lignes

Six petits plants aux propriétés époustouflantes

CHRONIQUE / En croisant récemment un abri de jardin 10x10 qui servait de kiosque à deux ados employés pour vendre des bleuets dans une rue passante, je me suis dit que leur patron devait en vendre en mozus pour se permettre de payer deux personnes au salaire minimum pendant des journées entières. Mais peut-être avait-il simplement compris quelque chose qui m’avait jusque-là échappé...

Avec mes six petits plants de bluecrop, j’ai, moi aussi, déjà pensé sortir ma table pliante couverte de ma plus belle nappe achetée chez Simons pour vendre mes bleuets aux passants. Mais avec le temps que ça prend pour cueillir l’équivalent d’un pot de crème glacée Coaticook érable et noix, il me faudrait proposer mes petits fruits à un prix exorbitant. Difficile de faire compétition aux prix offerts en épicerie, que je me disais.

Entre les lignes

Parlons tempête de neige...

CHRONIQUE / On n’aurait jamais cru le phénomène possible, celui-ci nous ayant atteints jusqu’aux os. Pourtant, on l’a oublié. Quoi ça ? Le fait que l’hiver dernier nous a fait traverser 11 vagues de froid intense. Le 19 janvier, avec le vent, on pouvait ressentir -36 degrés Celsius. Valait mieux être équipé en crémone ! L’hiver a été froid, long et neigeux. Pénible, en fait. Mais c’est drôle, depuis quelques semaines, c’est comme si rien de tout ça n’avait eu lieu. Même notre lombago né d’une séance de pelletage de neige molle semble à des années-lumière derrière nous. La nature est si bien faite.

Vous avez eu chaud en juillet ? La canicule vous est rentrée dedans ? Je sais, je sais. Plusieurs préfèrent le froid à la chaleur, car pour se réchauffer, suffit simplement d’ajouter quelques couches de vêtements. Quand il fait chaud, une fois vêtu d’un Speedo Aquablade, difficile d’en enlever davantage. Ce constat, je l’entends chaque été, car autour de moi plusieurs fuient le soleil et la chaleur. Moi, j’adore les deux. C’est vrai, la canicule, c’est intense. Mais ça ne dure tellement pas longtemps. Je vous jure qu’en décembre prochain, vous aurez tout oublié. Peut-être même dès novembre.

Entre les lignes

À la recherche de la chanson velcro

CHRONIQUE / La mémoire est une faculté qui s’effrite. Ça, tout le monde le sait. Mais avez-vous déjà assisté à un épisode d’oubli collectif? Le genre de situation où tous les gens présents se creusent la tête simultanément pour trouver un souvenir censé tous les habiter, mais que ce dernier leur file entre les doigts. À TOUS !

J’ai eu le plaisir (car au final, c’est très drôle), de vivre ce phénomène récemment.

Entre les lignes

J’haïs la coriandre!

CHRONIQUE / On est allé dîner au resto l’autre midi. Un petit bistro sympa de la rue Principale dont le nom peut quasiment se lire dans les deux sens. Surtout après avoir enfilé quelques-uns de ses cocktails colorés desquels parfois s’échappe de la boucane.

Dans ce resto, le menu se lit comme un poème. Gnocchis crémeux aux épinards et aux pois verts, tuile au poivre de Sichuan / Raviolis farcis aux champignons porcini et vin de Marsala, sauce crémeuse aux champignons et au fond de veau maison / Tartare de saumon à la polonaise au gras de canard, accompagné d’endives braisées au caramel salé et de rubans de céleri-rave.

Ces lieux qu'on aime

Ces lieux qu'on aime: le paradis troué

CHRONIQUE / Un commerce, un coin de rue ou un parc méconnus, un endroit pour rencontrer ou relaxer : les villes regorgent de lieux qu’on aime, souvent loin des circuits plus traditionnels. Cet été, les chroniqueurs des six journaux de Groupe Capitales Médias vous amènent à la découverte de ces petits trésors, de Québec jusqu’en Outaouais, de la Mauricie à l’Estrie ou au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Rendez-vous chaque jeudi de l’été.

La première fois, je n’étais ni habillée ni chaussée pour l’occasion. Normal, je m’en allais bruncher. C’est ma sœur et son amoureux, en sortant du resto, qui ont proposé de nous initier. Finalement, malgré ma robe soleil, je me suis débrouillée de brillante façon.

Entre les lignes

Des ados dans la ouate

CHRONIQUE / On attendait dans la file du Urban Planet aux Outlets de Bromont depuis un trop long moment pour payer deux paires de shorts en jeans 50 % Off quand ma grande a réussi à enterrer la musique qui me tapait sur les nerfs en me demandant si, dans mon temps, il existait des boutiques du genre. Des fois, j’ai l’impression qu’elle pense que je suis née en 1872.

— Euh... aussi grosses ? Pas tant, non, que je lui ai annoncé.

Entre les lignes

L’orgasme de l’oiseau moqueur

CHRONIQUE / « Profites-en, Isa. Moi, ça fait super longtemps que j’en ai eu un... » Ces paroles sont celles d’une collègue jalouse. Cet après-midi-là, je n’avais pourtant reçu ni bouquet de fleurs ni compliment. Ce qu’elle m’enviait, c’est le fou rire qui venait de me frapper de plein fouet.

Pour vous mettre en contexte, au bureau, on parlait de « faire son épicerie ». Il était question d’endroits et de moments pour le faire. Une conversation somme toute banale, commune dans tous les bureaux. Tous les jours. Dans la discussion, j’attendais toutefois le moment idéal pour me moquer d’un collègue qui, un jour, avait partagé avec nous son grand plaisir d’arpenter les allées d’un supermarché en-prenant-tout-son-temps. À l’écouter, le temps passé à se promener entre les céréales et les cannes de soupes aux pois représentait le highlight de sa semaine. Pauvre lui. Il ne m’en fallait pas plus pour profiter du sujet pour lui balancer en pleine poire à quel point il menait une vie plate. Un sourire dans la voix, bien sûr.

Entre les lignes

Autour de la Keurig

Le livre «The You Code» ne date pas d’hier et les critiques de certains lecteurs publiées sur les Internet ne sont pas toutes tendres. Malgré tout, je pense bien le lire. Je le classerai ensuite dans la catégorie des lectures légères et divertissantes. De quoi ça parle ? Les auteurs y dévoilent ce que certaines de nos habitudes nous apprennent sur nous.

Par exemple, notre façon de manger un spaghetti ou celle de ranger notre bureau en diraient long sur notre personnalité. Ce que nous mettons dans notre sandwich au jambon ou le genre d’émissions de télé qu’on écoute aussi.

Spécialisés dans l’analyse du langage du corps, ils y abordent également, paraît-il, ce que nos préférences en terme de café révèlent sur nous. Adeptes du café latté ou du cappucino, sachez qu’une seule tasse de votre boisson préférée peut révéler à la face du monde si vous êtes anxieux, immatures, extravertis ou raffinés.

Entre les lignes

Des fois, une bonne tape...

CHRONIQUE / L’autre jour, mon ami médecin revenait du boulot à pied quand son voisin, qui est aussi son patient, a tout lâché pour courir lui donner un gros câlin. Là, sur le trottoir. « Merci ! Grâce à toi, je ne perds plus mes clés ! », qu’il tenait à lui dire.

Quelques jours avant, une dame s’était présentée à l’hôpital avec son mari souffrant et elle avait accueilli ce même ami docteur avec son plus grand sourire, trop heureuse de « tomber sur lui » à l’urgence.

Entre les lignes

Après la pluie...

CHRONIQUE / Les mardis, mercredis et jeudis, la salade maison est à moitié prix à la boucherie du quartier. Mardi dernier, j’hésitais donc entre les pâtes au pesto et l’orzo aux légumes quand j’ai eu l’agréable surprise de voir arriver un de mes cousins. Un cousin tout bronzé qui, visiblement, n’avait pas passé les dernières semaines au Québec. Vérification faite, il revenait de la Floride. Paraît qu’il y a fait suuuupeeeeer beau et chaud. Parfois même trop.

Il ne m’en fallait pas plus pour que je lui déballe mon écœurantite plus qu’aiguë de voir le printemps tarder et le soleil éteint. En fait, je pense que personne dans la province n’est plus tanné que moi du frette pis de la pluie.

Entre les lignes

L’impact de l’avion en papier

CHRONIQUE / La leçon portant sur l’importance de poser des questions claires, nettes et précises, ma fille de bientôt dix ans semble l’avoir parfaitement intégrée. Celle-là, et l’autre sur la façon de tendre un piège efficace...

— Maman, as-tu mal dans le dos ?

Entre les lignes

36C et 4S

CHRONIQUE / Avec une vieille maison, on s’habitue aux portes qui grincent, aux planchers qui craquent et aux fenêtres qui sifflent. Mais quand quelque chose de neuf se met soudainement à se manifester, on dirait qu’instantanément, notre niveau de tolérance s’amenuise. J’ai frôlé la folie récemment, en réalisant que le bruit qui me poursuivait et m’incommodait depuis le début de la journée venait de... mon soutien-gorge !

Chaque mouvement se voyait accompagné d’un grincement localisé à la base des omoplates.

Entre les lignes

Un seul mot

CHRONIQUE / Luc et Martine forment un couple depuis des années. Comme plusieurs, ils ont souhaité un jour passer à une autre étape en devenant une famille. Mais la vie en a décidé autrement. Jamais Martine n’est tombée enceinte naturellement, et ce, après des mois et des mois de tentatives.

Nés à une époque où la médecine arrive à faire des miracles, ils décident donc de se tourner vers la procréation assistée. Pour la magie, on repassera. Rien n’est simple. Pire : pour eux, rien ne fonctionne. Pendant ce temps-là, le temps passe...

Entre les lignes

Orange Crush et pantacourt

CHRONIQUE / La mode printemps-été étant sortie depuis le lendemain de l’Épiphanie, peut-être même avant, j’ai décidé d’aller y jeter un coup d’œil récemment. Le fleuri a toujours la cote. Sur les étagères, le bleu marine compétitionne avec le lavande, et le palazzo et le pantalon cargo tentent de se tailler une place devant le populaire mom jeans. J’ai déniché des choses intéressantes qui vont s’agencer à merveille avec les journées chaudes et ensoleillées… si dame Nature se décide à nous en envoyer quelques-unes d’ici septembre.

Mais de tout ce que j’ai vu cette journée-là, la plus jolie ne pendait au bout d’aucun cintre. Elle ne s’offrait ni en petit ni en large et n’était pas présentée en ordre croissant dans des piles sur des tables. En fait, parmi la diversité de tailles, de couleurs et de textures qu’offrait la boutique, j’ai vu l’amitié. Celle qui dure.

Entre les lignes

Le goût du silence

CHRONIQUE / Un de mes p’tits bonheurs, c’est d’aller dîner à la maison. Seule. Même si mon menu se résume en un sandwich fait avec les croûtes qui traînent dans le fond du sac à pain ou aux maigres restes de la veille, je vis chaque fois ce moment comme une fête. Pourquoi ? Parce qu’il me permet de savourer... le silence.

C’est quand la dernière fois où vous l’avez entendu ? Le vrai là. Celui pendant lequel on se surprend à découvrir les battements de notre cœur dans nos oreilles.

Entre les lignes

Quand demain arrive (trop) vite

CHRONIQUE / Après avoir apposé ma signature sur des piles de formulaires d’autorisation pour des sorties à Jouvence, au musée, au ski, à Québec, au zoo, à la cabane à sucre, à Toronto, à la piscine, au parc, au théâtre, à Montréal, au cinéma, au verger, etc., parfois même avec une certaine désinvolture, cette semaine, l’encre de mon stylo a failli figer tellement j’ai gelé devant la xième fiche de consentement que me tendait cette fois ma grande. Je devais donner, ou non, mon accord pour qu’elle puisse aller visiter un cégep ! Elle achève son troisième secondaire ! Le cégep, j’en suis sortie hier : give me a break !

Heureusement, notre grande a déjà une bonne idée de ce qu’elle aimerait faire plus tard. Elle rêve d’enseigner le français... ou de posséder son propre petit café. Reste à savoir quelle voie elle décidera de suivre en premier.

Entre les lignes

Précieuses minutes

CHRONIQUE / Tout l’hiver, les vendredis, quand la météo le permettait, l’école de ma petite au grand complet allait en ski. Ce jour-là, tous les parents, de la maternelle à la sixième année, devaient aller mener leur enfant directement au pied des pentes pour 8 h. Même si l’école envoyait cha-que-se-mai-ne un mémo pour nous rappeler que tous devaient arriver « au chalet l’Express pour 8 h », sur le chemin du retour, après avoir pris le temps de regarder ma future Lindsey Vonn dévaler la pente-école deux fois, je croisais toujours des parents en retard.

Toujours les mêmes. Et pas en retard de cinq minutes. Je les rencontrais souvent après avoir fait un détour pour m’acheter un café dans lequel j’avais pris le temps de verser mes « quatre laits, un sucre ». Vers 8 h 10, 8 h 15... À cette heure-là, des kilomètres les séparaient encore de la montagne.

Personnellement, moi qui m’arrange pour toujours être pile-poil à l’heure à un rendez-vous, voire d’avance, je ne comprends pas ce phénomène. Chaque fois ça vient me chercher. Je les regarde s’éloigner dans mon rétroviseur — en les jugeant — et je me questionne sur le comment du pourquoi.

Entre les lignes

Se faire prendre aux tripes

CHRONIQUE / Trois cent soixante-quinze mille films et séries sont proposés sur Netflix. Quand je décide de passer deux heures devant la télé, j’en perds la moitié à pitonner pour trouver ce que je vais finalement écouter. Trop de choix, c’est comme pas assez. Mais, curieusement, chaque fois je finis par faire défiler un documentaire. Des biographies, mais surtout des documentaires animaliers. Comme si ça répondait à un besoin.

Eh bien, croyez-le ou non, une étude menée par la chaîne anglaise BBC et des chercheurs de l’université de Berkely, en Californie, vient de me faire réaliser que c’est sans doute le cas !

Entre les lignes

Mes pommettes

CHRONIQUE / On marchait de l’Australie vers l’Afrique l’autre jour — au Zoo de Granby — et en voyant des parents forcer comme des bœufs pour faire avancer leur poussette dans le chemin enneigé, les roues allant dans tous les sens sauf le bon, je n’ai pu me retenir d’affirmer à quel point je ne m’ennuyais pas « pantoute ! » de cette époque.

Celle des habits de neige rigides qui transforment les petits en étoiles de mer coussinées. Celle des sièges de bébé, du sac à couches et du parc Fisher-Price qui nous fait ressembler à des mulets. Celle où une sortie en famille demande la location d’une remorque U-Haul.

— C’était-tu si pire que ça ? m’a alors demandé mon ado, perplexe.

— Nooooon ! C’est juste que j’aime-vraiment-beaucoup-ça que vous soyez autonomes et que vous voyagiez léger, que je lui ai répondu, un sourire dans la voix. Des fois, c’est drainant quand vous êtes p’tits. Et l’hiver, avec les poussettes qui n’avancent pas, les bottes à velcro qui tombent, les tuques trop chaudes, les mitaines mouillées et le nez qui coule, c’est sportif. Je ne recommencerais pas.

Deux semaines plus tard — la vie est ainsi faite —, je me surprenais à m’ennuyer du moment où mes filles vivaient dans un monde imaginaire où le jeu et le plaisir prenaient toute la place dans leur tête. Je regrettais ce temps où, simplement en leur disant que j’allais compter le nombre de secondes nécessaire pour faire quelque chose, elles s’empressaient à le faire. J’ai poussé ma luck récemment avec ma petite de neuf ans en lui demandant d’aller chercher quelque chose pour moi au deuxième étage. « Vas-y, mon ti-chat. Maman va compter combien de temps ça te prend ! », que je lui ai lancé avec l’enthousiasme d’une cheerleader des Cowboys de Dallas.

Les yeux qu’elle m’a faits ! J’ai vite remisé mon stratagème inefficace dans la cave. À côté du p’tit pot.

Je me suis aussi ennuyé de la facilité qu’on avait, dans le temps, à chasser leurs ennuis, leurs peurs, leurs chagrins ou leurs angoisses. J’ai regretté les fois où le « becquer bobo » faisait la job. Où la diversion changeait tout.

J’ai souhaité que revienne ce temps où, pour les débarrasser d’un malaise quelconque, je faisais semblant de le prendre dans ma main la plus habile pour le lancer de toutes mes forces par la fenêtre. Geste que je posais de façon théâtrale et que j’accompagnais parfois d’un tour sur moi-même et du mot « Dehooors ! », prononcé très fort. C’était d’une efficacité désarmante. Je ne compte plus le nombre de maux de ventre et de cauchemars qui sont atterris face première dans le trottoir devant chez nous.

Mais c’est fini. Mes trucs ne fonctionnent plus. Les filles ont vieilli. La grande est en pleine adolescence. La petite, elle, vient de franchir l’âge de raison. Et en vieillissant, toutes deux ont, à leur façon, développé de petits maux qui, à une époque pas si lointaine, se manifestaient davantage chez les adultes.

Paraît que la pomme ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Moi, j’ai donné naissance à deux pommettes anxieuses.

C’est merveilleux de voir grandir et vieillir nos enfants, mais maudit que c’est déchirant de les voir se tourmenter. De voir la détresse dans leurs beaux grands yeux bleus. Pas facile, comme parents, de se battre contre des monstres invisibles. Ô que je me suis souvent sentie démunie! J’ai même déjà rêvé qu’un simple prout sur la bedaine les fasse rire aux larmes, chassant du coup toutes leurs inquiétudes... pour la vie.

Heureusement, divers spécialistes existent pour nous aider à aider nos enfants. Il ne faut pas avoir peur de faire appel à eux. Selon moi, un bon parent est celui qui sait s’entourer des bonnes personnes quand son champ de compétences atteint ses limites.

Un pédiatre qui pratique à la clinique de l’adolescence à l’hôpital Sainte-Justine me disait récemment que 80 % des demandes de consultation concernaient désormais des problèmes d’anxiété de toutes sortes. Je le crois.

Les statistiques aussi le disent que les ados québécois sont deux fois plus anxieux qu’il y a six ans. Plus les filles même. L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire, une étude réalisée en 2016-2017 auprès de 62 000 jeunes dans 465 écoles secondaires publiques et privées de la province, dévoile que les problèmes de santé mentale sont en hausse depuis 2010-2011 : la proportion d’élèves qui ont un diagnostic de trouble anxieux est passée de 9 % à 17 %. Chez les filles ça monte à 23 %. Chez les garçons ça atteint 12 %.

Avec de l’anxiété dans leur petit baluchon, mes filles font partie de ces statistiques.

Je me console toutefois en me disant qu’on en sait plus aujourd’hui pour les aider. On est plus outillés comme parents. Mais, oui, le temps de garnir notre fameux coffre à outils, c’est long et laborieux. Un mauvais bout à passer. Je le sais, un jour, je vais me surprendre à m’ennuyer de cette époque.

La vie est ainsi faite.

Entre les lignes

Le pouvoir de la liqueur brune

CHRONIQUE / Le phénomène n’a rien à voir avec le fait qu’elle soit technicienne en nutrition, mais de nous deux, ma sœur est la plus granola. La bouffe santé, les fruits et légumes bien élevés, ça l’a toujours intéressée. Elle n’est pas végétarienne, mais elle tend vers ça. Avec un chum végé, le virage se fait naturellement.

Ma sœur brosse ses dents et lave ses cheveux, ses vêtements et sa vaisselle avec des produits écolos. Elle ne mange presque pas des sucreries, ne boit de l’alcool et des boissons gazeuses qu’à l’occasion et fait attention à la quantité de gluten qu’elle ingurgite. Mais, il n’en a pas toujours été ainsi...

Entre les lignes

Tranche de vie

CHRONIQUE / Au bien-cuit de mon ami Patrick pour ses 50 ans, j’ai été estomaquée d’apprendre que depuis presque autant d’années, il mangeait toujours la même chose au déjeuner : une toast au beurre de peanut avec une demi-banane. Chaque fois le même menu. Depuis près d’un demi-siècle. On appelle ce phénomène de la fidélité culinaire.

J’ai donc eu une pensée admirative pour lui l’autre matin, alors que je me trouvais on ne peut plus monotone d’attendre devant mon grille-pain à quatre fentes que rebondisse ma tranche de St-Méthode au kamut. Encore.

Entre les lignes

Non aux poules mouillées!

La tournée mondiale du Festival du film de montagne de Banff s’est arrêtée à Granby la semaine dernière. Ce soir-là, le Palace était plein à craquer de tripeux de plein air prêts à recevoir en pleine face une avalanche d’images et d’histoires spectaculaires de gens allés au bout de leur rêve. Moi, je suis sortie de là déçue.

Pas que les films n’étaient pas intéressants. Au contraire. Neuf nous ont été présentés. Du lot, trois — un petit, un moyen et un gros — abordaient sensiblement le même thème.

Entre les lignes

Si on se couchait moins niaiseux !

CHRONIQUE / Quand le mercure chute de façon phénoménale, vous remarquerez qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, pour dire qu’il fait « un froid de canard ! » Mais d’où sort cette drôle d’expression ?

Dire qu’il fait un froid de canard ferait allusion au temps glacial qu’il fait normalement au moment de la chasse aux canards, l’automne et l’hiver, en Europe. Quand le froid s’installe, les oiseaux s’envolent vers le Sud, vers leurs quartiers d’hiver situés en Espagne ou en Afrique. Pendant cette migration, ils sont toutefois la cible de chasseurs. Comme ceux-ci doivent attendre de longues heures au grand froid qu’un oiseau se pointe dans l’eau gelée des marais ou des étangs pour boire ou se reposer, ils ont, croit-on, imaginé cette expression.

Chroniques

Une autre façon de dire « Je t’aime »

CHRONIQUE / La ligne terrestre à la maison, on n’y répond presque plus. Et encore moins quand le numéro sur l’afficheur ne sonne de cloche à personne.

Mais un soir à l’heure du souper (un classique !), à ma grande surprise, mon chum a décidé de décrocher. Ma stupéfaction a fait un bond supplémentaire quand il m’a demandé si je connaissais mon numéro d’assurance sociale par cœur. La série de neuf chiffres, MA série de neuf chiffres, il l’a ensuite répétée à son interlocuteur !