La Grange à livres de Saint-Armand

Facebook le fascinant

CHRONIQUE / Perplexe, hilare, troublée, émue, découragée. Êtes-vous comme moi ? Est-ce que ces sentiments vous habitent quand vous faites défiler les innombrables publications qui colorent votre fil « d’actualités » Facebook ? Des fois, c’est vrai, certaines choses font vraiment réfléchir ou nous bouleversent. Mais (trop) souvent, elles nous désespèrent du genre humain. À petite et à grande échelle. Jeudi dernier, en moins de 12 minutes, je suis passée par toute la gamme des émotions.

Dans la catégorie « Ben voyons donc ! », la médaille d’or revient à une dame qui, visiblement, a manqué le bateau nommé Perspicacité quand il est passé. En même temps, je la remercie, car sa question colle parfaitement au mandat que je me suis donné en lançant Entre les lignes il y a quelques années, soit de parler, à l’occasion, des dessous liés à mon métier, aux articles que je rédige ou corrige et aux gens que je rencontre. Celui de vous montrer l’envers du décor.

À la suite de la publication du texte sur le mouvement Arochemoiunsourire la semaine dernière, qui invite petits et grands à peindre des roches, à y inscrire l’adresse du site arochemoiunsourire.com et à les cacher un peu partout pour les transformer en trésors que d’autres découvriront avec émerveillement, une dame a demandé, en grosses lettres bleues écrites sur un fond floral printanier : Où prendre ces roches pour les peinturer ?

(criquet, criquet...)

Mention spéciale à l’instigatrice du projet qui lui a gentiment répondu : On en trouve un peu partout. Rien de passif/agressif qui aurait ajouté l’insulte à l’injure.

J’ai pris des notes et espérant atteindre ce niveau de sagesse un jour.

Dans la catégorie « Ben quin ! », la palme revient à une photo de la Terre publiée par plusieurs ce matin-là et sur laquelle on pouvait lire : Et pour cette cathédrale, on fait quoi ?

Une publication qui faisait référence au milliard de dollars réuni en un claquement de doigts à la suite du brasier qui a détruit la cathédrale Notre-Dame de Paris. C’est succinct, mais ça dit tout. Inutile d’en ajouter.

Dans la catégorie « Ben là ! », je glisserais la demande qu’on fasse circuler un petit mot cucul si on aimait notre filleule. Je l’ignorais, mais la semaine dernière était celle des marraines. Je suis marraine et fière de l’être qu’on pouvait alors partager.

Bon. Comme j’ai une filleule que j’aime, je me suis demandé : « je partage ou pas ? » Si je partage, elle va me trouver hyper kétaine et faire comme si elle ne me connaissait pas... Si je ne partage pas et qu’elle voit passer sur son fil que les marraines pouvaient clamer à la Terre entière qu’elles sont choyées d’avoir la filleule la plus extraordinaire, mais que la sienne n’a pas suivi le mouvement, elle va m’en vouloir pour le reste de sa vie... Le dilemme.

C’est là que je me suis souvenue qu’elle partait tout le week-end en ski de fond dans le bois en Gaspésie. Là où il n’y a pas de Wi-Fi. Sachant que son séjour lui avait plu l’an dernier, je l’ai textée avant son départ pour lui souhaiter du bon temps. Elle est partie affronter ce qu’il reste de l’hiver en sachant que matante l’aime fort, fort.

Dans la catégorie « Tchèque ben ! », cette fois c’est la page couverture d’un livre pour enfant qui a attiré mon attention. En fait, c’est plus ce que pourrait provoquer l’illustration que l’illustration elle-même qui m’a fait réagir. Le livre est le dernier lancé par Guylaine Guay, mère de deux ados autistes. Dans Clovis est toujours tout nu, elle aborde le droit à la différence, l’autisme et l’ouverture aux autres. Connaissant son humour, ça doit être aussi drôle que doux sa petite histoire. Orbie, c’est l’illustratrice qui s’est collée au projet. Clovis, elle le présente en couverture nu comme un vers, ses vêtements volant autour de lui comme s’il venait de les lancer au bout de ses bras. La nudité du garçon ne peut faire autrement que de dévoiler son petit pénis.

J’ai démarré mon chronomètre en me disant intérieurement « T’chèque ben ça ! », ça va prendre moins de deux jours avant qu’une personne qui n’aura, bien sûr, aucune idée de ce que c’est que de partager la vie d’un enfant autiste, s’insurge de voir les parties intimes d’un petit bonhomme blond.

Les gens ont tellement tendance à s’offusquer pour pas grand-chose. Un phénomène qui les fait carrément passer à côté du sujet principal.

Finalement, histoire de finir sur une note positive ( !), je terminerais avec la catégorie « Ben ça alors ! ». Encore une photo, mais cette fois plus envoûtante que déstabilisante. C’est celle prise par un de nos photographes au journal de la Grange à livres de Saint-Armand. Un lieu magique qui se trouve sur le terrain d’un nouveau vignoble, celui du Clos de l’Orme blanc.

Juste ça, c’est un poème.

L’endroit est, en fait, une bibliothèque contenant 10 000 titres et qui fonctionne sous le principe du libre-service. « Les gens peuvent venir passer l’après-midi sur place, ou encore repartir avec un ou plusieurs livres. Il n’y a pas de modalité de prêt, aucuns frais, vous empruntez un livre et le rapportez au moment qui vous convient », expliquent les propriétaires.

Après avoir lu ça, j’ai fermé Facebook, réconciliée avec la race humaine.