D’un trésor à l’autre

CHRONIQUE / On a souvent tendance, comme parent, à «s’impliquer» dans les travaux scolaires de nos enfants. En fait, le degré d’implication est inversement proportionnel à leur âge.

Quand elle était en troisième année du primaire, ma grande, alors petite, devait parler de son livre préféré devant sa classe. Nommer l’auteur, l’illustrateur. Raconter l’histoire. Présenter les personnages. Je m’en rappelle comme si c’était hier, car... j’avais tellement dirigé son choix !

— Toi, mon amour, ton livre préféré c’est La fée Coquillette et l’arbre-école, hein ? Tu l’aimes beaucoup, toi, La fée Coquillette et l’arbre-école, non ? Toi là, tu les trouves belles les images du livre La fée Coquil...

Vous voyez le genre ?

C’est vrai que cette histoire lui plaisait, mais peut-être aurait-elle préféré parler d’une aventure de Cosmo le dodo, que je lui lisais aussi plusieurs fois par semaine.

C’est que dans MON livre préféré (parmi les siens), sur les deux pages centrales, quand on mettait le livre à la verticale, on voyait vraiment s’allonger l’arbre-école. Je savais que cette majestueuse image allait épater ses camarades de classe. D’un geste, elle leur aurait tous donné le goût de la lecture.

Heureusement, soyez sans crainte, j’ai «arrêté» d’imposer ainsi mes idées à mes enfants en espérant les aider.

Même si des fois...

Ma grande est maintenant en 4e secondaire. L’autre jour, dans le cadre de son cours d’histoire, elle devait se lancer dans un travail de recherche sur un type de document venant «d’une autre génération» et «ayant une valeur symbolique, historique, familiale, monétaire, etc.» Le prof souhaitait être impressionné.

Je me rappelle avoir vu, chez mes parents, une photo panoramique datant des années 30-40 et sur laquelle on voyait mon grand-père, donc l’arrière-grand-père de ma fille, avec ses collègues de la Southern Canada Power pour qui il œuvrait comme monteur de ligne et, ensuite, comme opérateur. Je trouvais le cliché intéressant pour l’époque. Impressionnant. D’abord pour la forme, mais surtout pour son côté historique. Dans le fond, mon aïeul a travaillé à l’électrification d’une partie du Québec. C’est pas rien. Me semble qu’il y avait là une belle histoire à raconter.

Bref, j’expose ça à ma fille... juste pour l’inspirer.

Le lendemain... on descendait chez mes parents pour mettre la main sur la fameuse vieille photo. Le hic : mon père l’avait jetée ! Trop vieux et mal conservé, le document tombait en lambeau. «Faque, je l’ai mis aux vidanges !», qu’il nous a lancé.

On s’est donc mises à chercher dans les archives familiales pour dénicher des traces de mon grand-père en train de grimper dans un poteau électrique. C’est là, entre un portrait de moi en ballerine à l’âge de dix ans et une photo de mariage d’un cousin que je suis tombée sur un objet d’une autre époque. En plein le genre de document sur lequel, MOI, j’aurais sauté pour faire mon travail de recherche si j’avais été une élève de 4e secondaire dans un cours d’histoire.

Un artéfact. Une vieillerie. Une antiquité ! Le genre d’affaire qu’on voit très peu de nos jours. Surtout les jeunes. Tout est tellement numérisé, plastifié et directement déposé.

Doré, avec mon nom écrit dessus avec ma calligraphie d’élève de quatrième année, Isabelle G., j’ai retrouvé mon petit livret Compte à intérêt quotidien de la caisse populaire Desjardins. Cela m’a ramenée un soir de semaine des années 1980, en train de compter mes cennes dans le but de mettre «de l’argent de côté».

Mon p’tit change, je le glissais dans une enveloppe brune (bordereau de dépôt) sur laquelle je m’appliquais à écrire le montant que je souhaitais déposer.

Mon compte, je l’ai ouvert le 24 novembre 1986. J’avais 11 ans. Ce jour-là, j’avais déposé 25,15 $. D’où venait cet argent ? Je n’en ai aucune idée ! Mon carnet me dit toutefois que ce montant m’a permis de faire un gros 0,08 $ d’intérêt. Mes dépôts étaient très modestes. J’y allais à coup de 1 $ ou de 2 $, alors que la monnaie transportant huards et ours polaires n’existait même pas. (Pour les curieux : le huard est arrivé dans nos vies en juin 1987.) J’ai opéré ce compte pendant quatre ans.

— Tu pourrais utiliser ce document pour ton travail, que j’ai «suggéré» à ma fille. Ça raconte comment Desjardins a initié l’importance d’apprendre l’épargne tôt aux enfants. Ça se faisait en collaboration avec les écoles. Ça nous apprenait à calculer l’argent. Mon petit calepin va d’ailleurs sans doute rappeler des souvenirs à ton prof, qui doit avoir à peu près mon âge. Il va être impressionné, bla-bla-bla...

Non.

Elle, elle voulait parler de son arrière-grand-père grâce à qui, en partie, elle pouvait faire son travail, puisque ce dernier devait être obligatoirement remis à l’ordinateur. Pas d’électricité, pas de machine. J’ai bien aimé son raisonnement. Elle venait de mettre la main sur une photo de lui et de ses collègues au pied d’une paire de poteaux électriques en bois. Une photo de l’originale numérisée, mais c’est sur ce document qu’elle souhaitait se pencher. Point.

— Parfait, ma fille. Mon premier compte à épargne stable, je vais en faire une chronique, alors.

Eh bien, à ma grande surprise, l’enseignement de l’épargne se fait encore et toujours dans les écoles primaires de la province grâce à la caisse scolaire de Desjardins. Depuis 1907 ! Quelques établissements de la région y participent d’ailleurs, ce que j’ignorais complètement. La mission du programme est toujours la même. Il initie l’enfant à la valeur de l’argent et à sa bonne gestion. L’aide à respecter ses engagements. Lui apprend la valeur des biens. Lui inculque des notions de base d’économie et de coopération et lui permet de réaliser l’importance de se fixer un objectif d’épargne.

Peut-être que les enfants du prof d’histoire de ma fille y participent ! Pour le côté renversant de l’affaire, on repassera... Ma fille a finalement bien fait de s’écouter.

Mais à ceux qui, comme moi, n’ont pas accès au programme de la caisse scolaire dans leur école primaire, j’ai un truc, pour amener vos enfants à y adhérer pour épargner. Surtout les jeunes comme ma petite de dix ans à qui l’argent brûle les doigts.

— Toi, mon amour, tu souhaites t’offrir un nouveau vélo ? Tu aimerais garder tes sous en sécurité tout en les accumulant ? Tu sais, mon chat, la caisse scolaire, c’est comme une grosse tirelire...