Les résidences de la rue St-Louis, à Gatineau, ont été particulièrement affectées.

Inondés de paperasse

CHRONIQUE / Les sinistrés de Gatineau sont un peu tombés dans l’oubli depuis les inondations du printemps dernier. Mais pour des centaines d’entre eux, les choses sont loin d’être réglées.

Après avoir eu les pieds dans l’eau pendant des jours, ils sont enfoncés jusqu’à la tête dans la paperasse pour obtenir des dédommagements.

Une véritable partie de ping-pong entre différentes instances, avec des formulaires de 40 pages à remplir, des permis et des devis à obtenir…

« C’est parfois tellement compliqué que les gens ne savent plus où donner de la tête. Notre grand défi, c’est de faire affaire avec des gens qui ne sont pas familiers avec ce genre de démarches là, qui n’ont jamais fait face à une bureaucratie pareille », sympathise Catherine Marchand, directrice de l’aménagement du territoire à la Ville de Gatineau, et l’une des nombreuses parties impliquées dans le processus.

Cette semaine, quelque 800 sinistrés avaient des rencontres individuelles avec les gens du ministère de la Sécurité publique (MSP), de la Ville de Gatineau, de la Croix-Rouge et de Revenu Québec. On a eu la bonne idée de réunir tous les fonctionnaires concernés à la même place, dans le centre d’aide aux sinistrés de la rue Jean-René Monette, pas très loin des zones inondées du printemps dernier.

Plusieurs des sinistrés rencontrés sur place logent encore à  l’hôtel, chez un beau-frère ou une tante. D’autres habitent encore leur maison, rafistolée tant bien que mal, sans savoir à quoi s’en tenir. Ils sont tous venus pour la même chose : obtenir les informations qu’ils attendent depuis des mois, notamment les fameux rapports d’inspection du MSP qui trancheront entre les maisons à démolir et les autres qui pourront être rénovées. 

« Là, les réponses arrivent », résume Catherine Marchand. Et ce ne sont pas toujours celles que les sinistrés espéraient.

On peut l’imaginer, il y a eu toutes sortes d’émotions qui se sont vécues cette semaine sur la rue Jean-René Monette. Des grognements de satisfaction, des soupirs de soulagement, mais aussi des pleurs. « Il y a des gens qui viennent nous voir, qui sont relativement bien organisés. Ils ont déjà fait faire des devis par le privé et ils sont très avancés dans leurs démarches », raconte Catherine Marchand.

Mais il y a aussi les autres qui n’ont pas de marge de manœuvre. Comme des gens âgés qui vivent de leurs rentes et  n’ont pas les moyens de progresser dans leurs démarches avant que Québec confirme le remboursement des travaux.

« C’est de rencontrer ces gens-là qui est difficile, poursuit Mme Marchand. Ceux qui apprennent live le destin qui les attend et qui se retrouvent devant des choix qu’ils sont incapables de faire parce qu’ils ont besoin de l’approbation, par exemple, de leur prêteur hypothécaire. »

Quand je suis allé faire un tour au centre des sinistrés, cette semaine, je suis tombé sur des gens bien organisés.

Jean-Pierre Cyr, 68 ans, arborait un sourire satisfait après sa rencontre individuelle. « J’ai obtenu réponse à mes interrogations », assurait-il.

Il n’est pas au bout de ses peines pour autant. La facture pour soulever sa maison de la rue Saint-Louis et installer une nouvelle fondation à l’épreuve des inondations avoisinera les 80 000 $. De gros travaux qu’il ne pourra réaliser avant le printemps prochain.

D’ici là, M. Cyr devra courir après les rares entrepreneurs spécialisés de la région pour obtenir deux soumissions comme l’exige le ministère de la Sécurité publique. Ses plans doivent aussi être approuvés par un ingénieur, autre condition pour avoir droit à un remboursement. M. Cyr était fier de dire qu’il a déjà en main son rapport d’ingénieur.

« Je suis un retraité du domaine de la construction. Je savais ce qui s’en venait, alors j’ai pris de l’avance », glisse-t-il avec un clin d’œil.

Propriétaire depuis 40 ans de Templeton Marine Expert, une entreprise de réparations de bateaux, Alde Nadeau, 73 ans, ressortait lui-aussi satisfait de sa rencontre. Son gros immeuble industriel de la rue Sanscartier a été épargné par la crue. « Mais mon terrain a mangé la claque à cause des camions de l’armée », dit-il.

Il estime les dommages subis à 50 000 $. Sans attendre la garantie d’être remboursé, il a payé des employés pour réparer les dommages à son terrain et nettoyer sa cour, de même que les bateaux qui y étaient entreposés. « C’est sans compter que j’ai dû fermer mon commerce pour cinq semaines, soit un manque à gagner d’environ 100 000 $ en revenus. Mais ça, oublie ça, ils ne remboursent pas ! », dit-il.

M. Nadeau en avait surtout long à dire contre son assureur. Il était convaincu que son assurance couvrait les inondations. Son assureur soutient aujourd’hui le contraire. Il examine actuellement ses recours. Et il lance une mise en garde : « C’est important de bien lire les avenants sur vos contrats d’assurance… »

LES INONDATIONS EN CHIFFRES À GATINEAU

  • Maisons touchées par les inondations : 2214
  • Sinistrés pris en charge par la Croix-Rouge : 1649
  • Évacuations préventives : 1407
  • Demandes de dédommagements : 1100
  • Maisons endommagées : 47
  • Maisons interdites d’occupation : 21

Source : Ville de Gatineau