Innover avec l’écologie

CHRONIQUE / L’écologie industrielle est un mode de pensée inspiré du développement durable. Dans les écosystèmes, les éléments sont recyclés localement alors que l’énergie et les matériaux sont consommés par les relations alimentaires entre les organismes vivants qui se partagent l’espace.

Par analogie, un parc d’entreprises qui sont situées à proximité les unes des autres et qui coopèrent dans la transformation d’une même ressource pour en tirer plus de produits et de services font partie d’un même écosystème industriel. 

On pourrait aller loin. En Islande, par exemple, où le volcanisme permet de capter de l’eau souterraine très chaude, une centrale géothermique qui produirait de l’électricité et de l’eau chaude pourrait alimenter un parc d’entreprises comprenant un complexe de serres, une pisciculture, une conserverie et créer ainsi un pôle bioalimentaire qui utilise l’énergie et les matériaux en s’alimentant les unes les autres et en recyclant sur place un maximum de matériel. Plus près de nous, on peut citer l’exemple de la scierie de La Doré qui valorise la totalité des grumes de bois en alimentant d’autres entreprises de la région.

L’écologie industrielle est une façon d’améliorer l’efficacité énergétique et de réduire les déchets. On parle aussi de synergies industrielles. Malheureusement, c’est plus difficile d’en tirer tous les avantages lorsque les usines sont déjà construites. En effet, l’ingénierie visant à optimiser les processus de production au moindre coût, les projets qui arrivent après la mise en fonction d’un procédé sont souvent complexes et coûteux, ce qui les disqualifie. Dans un monde idéal, il faudrait donc, dès la conception des nouvelles usines, voir les opportunités pour l’écologie industrielle.

La ressource la plus intéressante dans cette perspective est la chaleur résiduelle des procédés. La chaleur est une forme d’énergie qui peut servir à de nombreux usages. Production de vapeur, chauffage des bâtiments, séchage, climatisation ; selon le caloporteur disponible, les usages sont multiples. Mais en général, la chaleur est simplement évacuée dans l’air ambiant par des ventilateurs. 

C’est la solution la moins compliquée et la moins chère à court terme. On retrouve donc ainsi des entreprises qui « chauffent le dehors » alors que d’autres, juste à côté, doivent acheter du gaz naturel pour produire la chaleur qui leur est nécessaire.

Dans un contexte de lutte aux changements climatiques, les choses pourraient bien changer, car au Québec il y a d’énormes gisements de chaleur industrielle produite avec une électricité propre qui pourraient remplacer des carburants fossiles émettant des gaz à effet de serre. L’exemple d’Elkem métal Canada, à Saguenay, qui alimente en vapeur l’usine de Rio Tinto située à proximité, est une illustration concrète de synergie à partir de la chaleur résiduelle. On pense aussi aux incinérateurs municipaux. 

Par exemple, l’incinérateur de Québec alimente déjà en vapeur deux entreprises papetières situées à proximité. La Ville de Québec a comme projet de fournir en vapeur le futur centre hospitalier de l’Enfant-Jésus, évitant ainsi que ces derniers brûlent du gaz naturel. Malgré ces trois clients, l’incinérateur de Québec dispose encore d’une grande quantité de chaleur résiduelle qui pourrait donner naissance à un complexe d’écologie industrielle.

Si le Québec veut atteindre ses cibles de réduction des gaz à effet de serre tout en continuant à développer son économie, il faudrait mettre l’emphase sur la récupération de chaleur et l’écologie industrielle. C’est un potentiel d’innovations porteuses et cela nous permet de répondre facilement à plusieurs cibles du programme de développement durable à l’horizon 2030.

Il faut réfléchir autrement le développement économique si on veut relever les défis que nous posent les changements climatiques. Malheureusement, notre règlementation est mieux adaptée à l’économie du 19e siècle qu’à celle du 21e.