D.J. Smith cherche l’étincelle qui rallumera son jeu de puissance. « Il faudra sérieusement penser à donner des opportunités à de nouveaux joueurs. Nous avons attendu assez longtemps », a-t-il déclaré après la défaite des siens, lundi soir.

Impatient ou inexpérimenté?

CHRONIQUE / On commence à se familiariser avec D.J. Smith.

Jour après jour, au fil des conférences de presse, le nouvel entraîneur-chef des Sénateurs nous révèle différentes facettes de sa personnalité.

Il est encore tôt, j’en conviens. Il faut en poser, des questions, avant de vraiment prétendre qu’on connaît un homme.

Il y a quand même un petit quelque chose qui ressort, déjà. Et qui m’apparaît intéressant.

Smith n’a pas l’air particulièrement patient.

Au strict minimum, on pourrait dire qu’il est prompt.

Ça m’a frappé, le samedi 6 octobre, après le match contre les Rangers de New York. Les Sénateurs venaient de jouer leur deuxième match. Ils venaient de subir un deuxième revers. Le coach s’est pointé au podium et il a parlé d’une performance « inacceptable » de ses joueurs.

C’était une déclaration forte. Surtout après le match numéro deux.

J’explique. Un ancien entraîneur m’a déjà offert une analyse franche et directe du rôle des médias.

« Vous êtes un mal nécessaire », m’avait-il lancé.

Les médias sont nécessaires dans la mesure où ils tissent un lien entre les athlètes et leur public. Les reportages, lorsqu’ils sont bien faits, fournissent une trame narrative dont s’abreuvent les partisans.

Ils deviennent un « mal » nécessaire parce qu’ils tendent – volontairement ou pas – une série de pièges aux entraîneurs, avec leurs questions. Il suffit d’une seule réponse mal placée ou simplement mal interprétée pour qu’un coach se retrouve dans l’embarras.

À notre époque, les gens qui dirigent des athlètes millionnaires ne disposent pas d’une très grande marge de manœuvre. Quand un entraîneur parle d’un « effort insuffisant » de son équipe, dans le cadre d’une entrevue, il défie publiquement ses athlètes. Il leur demande, à mots couverts, de se grouiller le derrière.

Je voulais juste vous dire, en somme, que D.J. a joué cette carte très tôt, dans la partie.

J’étais en train d’oublier tout ça, ce week-end. Je me suis installé dans la salle des conférences de presse avec mes collègues, lundi, au terme du match perdu 2-0 contre le Wild du Minnesota. Et c’est à ce moment-là que Smith nous en a servi une autre.

Il était beaucoup question du jeu de puissance, qui n’a toujours pas marqué en 17 opportunités.

« Il faudra sérieusement penser à donner des opportunités à de nouveaux joueurs. Nous avons attendu assez longtemps. Le moment est venu de mettre à l’essai d’autres joueurs. »

Nous avons attendu assez longtemps, dit-il.

Je vous rappelle que la saison est vieille de cinq parties.

Une question me brûlait alors les lèvres. Je n’ai pas eu le temps de la poser. Marc Brassard m’a coupé l’herbe sous le pied.

« Euh... Qui sont ces joueurs qui pourraient prendre la relève, coach ? »

Smith a semblé pris de court.

« Je devrai regarder ça d’un peu plus près, a-t-il finalement répondu. Tout dépendra des joueurs qui sont en santé. Anisimov n’était pas disponible, par exemple, aujourd’hui. Quand il est disponible, il fait partie des joueurs qui sont patients et qui sont capables de réussir de beaux jeux. »

Cette réponse me laisse croire, justement, qu’il n’y aura pas de solutions miracles.

C’est peut-être pourquoi on aurait tendance à suggérer, à Smith, de ne pas trop s’emporter. Ses patrons prêchent la patience. Les partisans ont compris qu’il ne fallait pas s’attendre à grand-chose, dans les prochains mois. Sans manquer de rigueur, les entraîneurs peuvent se montrer patients, eux aussi.

C’est peut-être le métier qui rentre...

Le match de lundi était le premier auquel j’ai pu assister en personne, cette saison. J’ai donc pu voir ces gradins, largement dégarnis, pour la première fois.

Là aussi, il faudra s’armer de patience. Les Sénateurs risquent de jouer souvent devant des foules d’environ 10 000 spectateurs, dans les prochains mois. On devine que la campagne de renouvellement des billets de saison a été particulièrement difficile.

Les Sénateurs cherchent sans doute un moyen de contrer cette tendance lourde inquiétante. On pourrait en parler au président du club... Si les Sénateurs avaient un président.

En attendant la suite, j’aurais une autre question à poser.

Comment peut-on redresser un navire qui part à la dérive quand personne ne tient le gouvernail ?