Le groupe Devcore-Canderel ne bâtira pas d’amphithéâtre sur les plaines LeBreton sans la garantie d’y faire jouer une équipe de hockey professionnel.

Il faut plus que des condos sur les plaines

CHRONIQUE / Que reste-t-il des beaux projets pour redévelopper les plaines LeBreton ?

À moins d’une surprise, la Commission de la capitale nationale (CCN) mettra fin à son association avec le groupe Rendez-Vous LeBreton en janvier. Le torchon brûle entre les deux partenaires du projet, à tel point que leurs positions semblent irréconciliables. Qu’on se rappelle que le propriétaire des Sénateurs, Eugene Melnyk, a déposé une poursuite de 700 millions contre son partenaire Trinity Development Group. Rien pour améliorer leurs relations d’affaires…

Dans les circonstances, la CCN pourrait se tourner vers l’autre groupe en lice pour redévelopper les plaines LeBreton. Devcore-Canderel DLS deviendrait ainsi le nouvel interlocuteur privilégié de la société d’État. Ce groupe compte sur de puissants appuis financiers (André Desmarais de Power Corporation et l’homme d’affaires Guy Laliberté entre autres). Le président de Devcore, Jean-Pierre Poulin, a d’ailleurs signifié lundi son désir de discuter plus avant avec la CCN si celle-ci tourne le dos à Rendez-Vous LeBreton en janvier.

De fait, Devcore-Canderel DLS avait présenté un projet emballant, il y a deux ans. Tout comme le groupe d’Eugene Melnyk, le consortium misait sur la construction d’un amphithéâtre de la LNH pour redonner une seconde vie aux plaines LeBreton. Bonus intéressant : le groupe proposait d’inclure à son projet la future bibliothèque municipale d’Ottawa.

Pour gagner les faveurs de la CCN, Devcore-Canderel avait pimenté son offre d’une série d’attraits récréatifs et touristiques qui verraient le jour autour du futur amphithéâtre des Sénateurs : aquarium, skate-parc, simulateur de chute libre, musées, planétarium, en plus de la construction de quelques milliers de logements.

Même si la proposition de Devcore-Canderel était plus flamboyante que celle de Rendez-Vous LeBreton, c’est pourtant cette dernière qui avait remporté le droit de négocier avec la CCN. Pourquoi ? Je ne vois qu’une explication : tant pour la CCN que pour la Ville d’Ottawa, la revitalisation des plaines LeBreton passait par la construction d’un amphithéâtre de la LNH. Et tant que Melnyk est propriétaire des Sénateurs d’Ottawa, c’est lui qui détient la clé pour dénouer toute l’affaire.

D’ailleurs, Devcore-Canderel est clair à ce sujet. Le groupe ne bâtira pas d’amphithéâtre sur les plaines LeBreton sans la garantie d’y faire jouer une équipe de hockey professionnel. Personne à Ottawa ne veut se ramasser avec un éléphant blanc comme le centre Vidéotron à Québec. Tout au plus, Devcore-Canderel s’engage à réserver un terrain pour un amphithéâtre, près d’une station du train léger.

Or sans l’amphithéâtre, que reste-t-il du projet de Devcore ? La Ville d’Ottawa a décidé d’installer ailleurs sa bibliothèque municipale. C’est bien beau un aquarium, un musée de la bière, un skate-parc ou un planétarium. Mais est-ce que ces seuls attraits suffiraient à attirer les foules sans le pouvoir d’attraction d’un amphithéâtre de la LNH ? Ça reste à démontrer.

Chose certaine, on ne peut pas se limiter à construire des condos sur les plaines LeBreton. Ce serait du gaspillage. Un terrain d’une telle valeur doit compter des institutions de prestige – amphithéâtre, musée national ou autre. Mon impression ? Tout cela est loin d’être réglé. La CCN tente de concilier l’intérêt public avec des intérêts privés dans ce dossier.

Un objectif honorable, mais difficile à atteindre quand la valeur du projet se calcule en milliards de dollars.