Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Les joueurs du Lightning de Tampa Bay ont défilé à bord d'un bateau.
Les joueurs du Lightning de Tampa Bay ont défilé à bord d'un bateau.

Il fallait que ce soit un défilé flottant

CHRONIQUE / D’autres feront le procès du Lightning de Tampa Bay, à savoir s’il était sage d’organiser un gigantesque party à ciel ouvert.

Bien sûr, comme tout le monde, j’ai eu une pensée pour les 205 000 victimes de la COVID-19, aux États-Unis, quand j’ai vu les premières images du défilé de la coupe Stanley.

J’ai aussi pensé aux Sénateurs d’Ottawa.

Oui, madame. Les Sénateurs.

Les images étaient quand même magnifiques.

Le secteur du centre-ville de Tampa est entouré d’eau. Il y a des canaux et des baies partout. Les nouveaux champions ont décidé de s’en servir. Les joueurs, les dirigeants de l’équipe et les gros trophées qu’ils ont rapporté d’Edmonton ont donc paradé en bateau.

Le défilé flottant, c’était l’idée des Sénateurs!

En 2007, durant la finale opposant Ottawa aux Ducks d’Anaheim, le projet était sur la table. En cas de victoire, Daniel Alfredsson et ses coéquipiers auraient célébré sur le canal Rideau.

Ç’aurait été parfait. Par un bel après-midi du mois de juin, les écoles se seraient vidées. Les fonctionnaires fédéraux se seraient massés, par milliers, le long des promenades Queen Elizabeth et Colonel By.

La foule aurait pu suivre jusqu’au centre-ville. La parade aurait pu se terminer au poste d’éclusage. La fête aurait pu se poursuivre sur la colline du Parlement avec l’entraîneur-chef Bryan Murray, le directeur général John Muckler et le tout nouveau Premier ministre du Canada, Stephen Harper.

Des souvenirs impérissables pour tout le monde.

Ce n’est pas arrivé, bien entendu.

Les Sénateurs ont complété 27 saisons dans la LNH. Ils n’ont toujours pas été capables de rapatrier la coupe.

Ça aussi, on le sait.

Le Lightning vient aussi de compléter sa 27e campagne. On ne sait pas trop quand la 28e débutera. On sait cependant comment elle débutera. On va hisser, au plafond du Amalie Arena, une deuxième bannière de championnat.

Si on voulait vraiment se faire mal, on pourrait conclure que le Lightning mène 2-0.

***

Steven Stamkos boit à même la coupe Stanley.

Le Lightning ne mène pas vraiment 2-0, au fond.

C’est un peu plus complexe que ça.

Les deux équipes qui ont fait leurs débuts dans la LNH en 1992 ont joué presque le même nombre de matches en saison régulière.

Le Lightning a disputé 2138 parties pour obtenir 949 victoires.

Dans leurs 2139 rencontres, les Sénateurs l’ont emporté 948 fois.

Le Lightning a participé aux séries de la coupe Stanley à 12 occasions.

Les Sénateurs l’ont fait 16 fois.

On ne peut pas automatiquement conclure qu’une formation a été meilleure que l’autre.

On peut juste conclure que le Lightning a été plus chanceux. Les gens qui s’y connaissent nous disent souvent qu’il faut d’abord que les «astres s’alignent» pour qu’une formation se rendre jusqu’au bout.

On pourrait creuser plus loin.

On pourrait se demander si les gardiens n’ont pas quelque chose à y voir.

Le Lightning a remporté sa première coupe, en 2004, avec Nikolaï Khabibulin.

Il avait alors 31 ans. Il avait participé au Match des étoiles de la LNH à quatre reprises au cours des six années précédentes. Il avait remporté le titre de meilleur gardien aux Jeux olympiques de Salt Lake City, en 2002.

Des <em>fans</em> du Lightning de Tampa Bay sont venus célébrer la conquête de la coupe Stanley avec leur équipe favorite.

Ce printemps, le Lightning a gagné avec un autre portier russe. Andreï Vasilevskiy a pris part aux trois derniers Matches des étoiles. Il a dominé la LNH au chapitre des victoires dans les trois dernières saisons. Il a gagné le trophée Vézina en 2019.

Si on oublie les cinq premiers mois de la saison 2005-06, les Sénateurs n’ont jamais misé sur un gardien possédant un aussi belle feuille de route.

On pourrait aussi regarder derrière le banc.

Le Lightning a gagné avec John Tortorella et avec Jon Cooper, deux entraîneurs dont la réputation n’est plus à faire.

Au cours des 20 dernières années, le Lightning a connu seulement cinq entraîneurs. Là-dessus, on retrouve peut-être une seule mauvaise embauche. La gaffe a été corrigée rapidement. Barry Melrose a été remplacé après 16 matches, seulement.

Au cours de la même période, les Sénateurs ont été dirigés par 11 hommes différents.

On pourrait remonter plus haut.

Pendant deux ans, entre 2008 et 2010, le Lightning a traversé une période de turbulence, entre 2008 et 2010. Passer deux années dans le cave a permis à l’équipe de repêcher un futur capitaine, Steven Stamkos, et un futur gagnant du trophée Conn-Smythe, Victor Hedman.

L’homme d’affaires Jeff Vinik est arrivé juste après. Il s’est offert le club de hockey en promettant d’investir massivement dans la revitalisation du centre-ville.

En 2016, le réseau ESPN a décrété que le Lightning était l’organisation sportive des ligues majeures la mieux administrée en Amérique du nord.

Personne, en ce moment, ne placerait les Sénateurs au sommet d’un tel classement.