Désavouée tant par Ottawa que par Québec, l’ex-gouverneure générale Michaëlle Jean s’est accrochée jusqu’à la toute fin à son poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie.

Il est où le bonheur?

CHRONIQUE / Dure semaine pour Michaëlle Jean.

Finalement désavouée tant par Ottawa que par Québec, l’ex-gouverneure générale s’est accrochée jusqu’à la toute fin à son poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Malgré cette humiliation et une défaite qui semblait écrite dans le ciel, Mme Jean n’avait pas l’intention de tirer élégamment sa révérence. Non, elle voulait aller jusqu’au bout, une décision que plusieurs ont qualifiée d’entêtement.

D’autres détracteurs lui reprochent son manque d’humilité et ne digèrent toujours pas ses dépenses extravagantes qui ont défrayé les manchettes. À la défense de la diplomate, moi non plus, je ne saurais me passer d’eau chauuuuude*, remarquez.

Toujours est-il qu’en perdant son siège au profit de sa rivale du Rwanda, Mme Jean a, comme le dit l’expression, pris toute une débarque.

Et si elle finissait par trouver le bonheur dans l’adversité ?

Ça m’amène à vous parler de ma lecture durant le long congé de l’Action de grâce, The subtle art of not giving a f*ck, signé par Mark Manson en 2016. Je comptais me réserver cet ouvrage pour ma semaine de vacances, mais ayant passé à travers les autres bouquins se trouvant dans ma pile de trucs à lire, j’ai succombé.

Avec un malin plaisir à part ça.

Comme le titre de son bouquin l’indique, l’auteur y va de conseils et d’anecdotes pour nous apprendre à se foutre de bien des choses qui nous titillent au quotidien. L’homophone du mot « phoque » revient d’ailleurs pratiquement à toutes les pages, non sans un brin d’humour parfois relevé.

Loin de nous proposer de devenir indifférents à la vie, Manson nous suggère plutôt de prendre celle-ci avec un grain de sel, à se formaliser moins avec des broutilles et à reconnecter avec les valeurs qui nous sont chères afin d’articuler notre attitude autour de celles-ci plutôt que sur celles auxquelles la société veut nous forcer à adhérer. Un bouquin fait sur mesure pour moi, quoi.

C’est vrai, on se rend tous un peu dingues à essayer d’incarner constamment la meilleure version de nous-mêmes. Beaux, athlétiques, drôles, intelligents, riches, productifs, mais surtout pétants de bonheur : un idéal inatteignable, qui nous fait tous sentir un peu plus nuls quand il nous arrive d’avoir des mauvais jours.

Comme je l’espérais, The subtle art of not giving a f*ck n’est pas un livre de psychopop bonbon, où on nous livre LE secret du bonheur. Au contraire.

Mark Manson est loin de faire partie du club des gourous du bonheur qui prêchent la pensée positive même quand la maison brûle. Presque à la manière de Lisa LeBlanc, l’auteur nous rappelle plutôt que parfois, même très souvent, la vie c’est d’la marde. Et que la seule chose qu’on peut y faire, c’est accorder moins d’importance à ce qui nous ennuie.

Comme une version un peu plus trash de la fameuse Prière de la sérénité, que feu ma mère récitait souvent et qui, par essence, se résumait à accepter qu’on n’a pas le contrôle sur tout ce qui nous arrive.

Être heureux en permanence, ce n’est pas réellement le bonheur : c’est prendre celui-ci pour acquis, plaide l’auteur. Parce que sans adversité, le bonheur est méconnaissable, dit-il.

C’est pour cette raison que le rejet est moteur du bonheur, croit l’écrivain. Essuyer un refus nous pousse à changer de trajectoire et à trouver le bonheur ailleurs ; quand on finit par faire un choix qui nous rend heureux, on rejette d’emblée les autres alternatives.

Nouveau paradigme

Selon Mark Manson, c’est davantage en goûtant au soulagement de se sortir d’une mauvaise passe, à la fierté d’avoir surmonté une épreuve et à la joie d’avoir relevé un défi qu’on est heureux, croit-il, parce que le bonheur n’est pas un état de plénitude permanent : il faut sans cesse travailler pour l’atteindre.

Par exemple, plutôt que de vous demander ce que vous souhaitez dans la vie pour être heureux, demandez-vous ce que vous êtes prêts à faire pour atteindre cet objectif. Ainsi, « je veux un emploi payant » pourrait devenir « je suis prêt à travailler des semaines de 50 heures et parfois même les fins de semaine dans un domaine qui me passionne ». Peut-être que ce nouveau paradigme vous amènera à revoir vos priorités...

Parce que de toute façon, argue l’auteur qui nous annonce la Vérité avec la douceur d’un coup de 2x4 en pleine face, en dépit de tous vos efforts, même si vous faites de votre mieux, même si vous êtes toujours gentil, les choses finiront par mal tourner, parce que dans la vie, le bonheur ne vous est jamais dû. Et si vous le croyez, vous serez déçu. « And then you die », conclut-il.

Voilà une lecture que je suggérerais à Mme Jean afin d’alimenter sa réflexion. Je crois qu’elle aura l’occasion de le faire durant ses temps libres, qui seront vraisemblablement abondants dans un avenir rapproché.

Si elle le préfère, le livre est disponible dans sa version française : L’art subtil de s’en foutre.

* En entrevue, elle a justifié les rénovations exorbitantes de son appartement de fonction par son besoin « d’eau chauuuuuude ».