Des centaines de personnes se sont rassemblées dimanche soir à Humboldt lors d’une vigile en l’honneur des 15 victimes de la tragédie routière survenue plus tôt cette semaine.

Humboldt dans la petite LNH

CHRONIQUE / Un truc m’a tout de suite sauté aux yeux, dimanche soir, en regardant le Téléjournal. Les images de la vigile étaient saisissantes. Des centaines de personnes étaient réunies à l’intérieur de l’aréna de Humboldt.

On aurait juré qu’elles portaient toutes des chandails de hockey verts et jaunes.

On me dit que c’est comme ça. Tous les résidants de cette petite ville de la Saskatchewan sont de grands fans des Broncos.

« Quand tu joues dans la Ligue junior A de la Saskatchewan, t’as un peu l’impression d’évoluer dans une petite Ligue nationale », m’expliquait, au bout du fil, un dénommé Charles Simard.

« Là-bas, le hockey, c’est leur vie. »

Et Charles Simard sait de quoi il parle.

L’ancien athlète originaire d’Aylmer a déjà porté l’uniforme des Broncos. Défenseur à caractère offensif, il a même été leur meilleur marqueur durant la saison 1997-98.

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Vers la fin des années 1990, Simard ressemblait à bien d’autres adolescents. Il se cherchait. Il avait quitté sa région natale pour tenter sa chance au cégep de Chicoutimi. Il s’est vite rendu compte que sa technique ne lui convenait pas vraiment.

Il se débrouillait plutôt bien sur une patinoire, mais il ne savait pas vraiment où le sport pouvait le conduire.

Il s’est joint, sans trop savoir, à une équipe d’étoiles québécoises qui se dirigeait à Boston pour prendre part à un tournoi de type showcase.

Il a bien fait de s’y rendre. En y disputant quelques bons matches, il a réussi à capter l’attention des dépisteurs de la Saskatchewan.

Parce qu’il a continué de s’illustrer dans les Prairies, au sein d’une ligue fort compétitive, il a pu impressionner d’autres hommes de hockey. Vers la fin de sa grosse saison, à Humboldt, il a reçu la visite des dirigeants du programme de hockey de Union College.

Son passage fort fructueux dans la NCAA lui a ouvert les portes du hockey professionnel. Simard a gagné sa vie sur la glace pendant six ans. Il a passé cinq saisons en Suisse et une sixième aux États-Unis, dans la Ligue East Coast.

Dix ans plus tard, il vit au Rhode Island. Il a rencontré sa conjointe alors durant ses années universitaires.

À 40 ans, il dresse un bilan, convaincu d’une chose.

« Mon passage en Saskatchewan a vraiment changé ma vie. »

En me racontant son expérience pendant quelques minutes, lundi matin, Charles Simard a su me faire comprendre le principal défi auquel sera confrontée la petite municipalité de Humboldt dans les prochains mois.

« Quand un joueur se joint à l’équipe, il se fait adopter par toute la communauté. Ça se passe comme ça, c’est tout. Impossible de faire autrement , m’a-t-il expliqué. La moitié de l’équipe fréquente l’école secondaire. Souvent, les gars se dénichent des petits boulots dans les entreprises des environs. Ça leur permet de gagner quelques sous. La majorité des gars proviennent de l’extérieur. Tout le monde habite dans des familles d’accueil. »

Lors du recensement de 2016, Humboldt comptait un peu moins de 5000 habitants. On fait le tour très rapidement. En l’espace de quelques semaines, on peut facilement croiser tout le monde.

« Tous les jours, partout où tu vas, tu croises des gens qui ont envie de te parler de la dernière game. C’est vraiment différent du junior AAA au Québec. »

« Je suis convaincu que tous les habitants connaissent, personnellement, au moins une victime du drame », raconte Charles Simard.

« C’est vraiment l’enfer. Une tragédie. »

En ce sens, encourager les Broncos de Humboldt, c’est mieux que soutenir une équipe de la LNH.

Dans les grandes villes nord-américaines, combien de partisans peuvent prendre un café ou partager la croûte avec leurs joueurs favoris ?

Et cette relation privilégiée n’est pas exclusive à cette organisation qui doit fêter ses 50 ans en 2020.

La Saskatchewan Junior Hockey League compte une dizaine d’équipes, un peu partout dans la province. C’est la même chose un peu partout.

Dans les dernières heures, Simard a pris le temps d’entrer en contact avec ses vieux amis de Humboldt. Il a tissé des liens durables avec ses anciens coéquipiers.

Probable que les joueurs qui ont survécu à l’accident seront particulièrement fragiles. « Ils ont perdu la moitié de leurs chums », rappelle-t-il.