Les Grands Frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, mais aussi la Saint-Vincent-de-Paul, se sont fait dérober plusieurs gros bacs de dons cette semaine et estiment leur manque à gagner à plusieurs milliers de dollars.

Guerre de guenilles

CHRONIQUE / Gatineau n’aura plus le choix. Elle devra maintenant suivre l’exemple d’autres villes et adopter un règlement pour mettre fin à la guerre des boîtes de dons qui sévit sur son territoire.

Ce n’est pas d’hier que les organismes de charité et l’entreprise privée se disputent nos vêtements usagés. Le marché mondial de la guenille est apparemment très lucratif. Mais la concurrence entre le privé et les organismes de bienfaisance semble plus féroce que jamais ces jours-ci à Gatineau.

Non seulement les boîtes de dons prolifèrent sur le territoire, mais des organismes de charité se font voler leurs bacs les plus rentables par des malfaiteurs déterminés et bien équipés.

Les Grands Frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, mais aussi la Saint-Vincent-de-Paul, se sont fait dérober plusieurs gros bacs de dons cette semaine et estiment leur manque à gagner à plusieurs milliers de dollars.

Quant aux pauvres donateurs, ils ne savent plus à quel bac se vouer tellement l’affichage porte à confusion. Donnent-ils à un organisme charitable ? Ou plutôt à une entreprise privée qui se contente de convoyer leurs dons en Tunisie ou en Inde moyennant quelques dollars la livre de tissu ? 

« C’est du n’importe quoi en ce moment et il faut que ça arrête », a bien résumé la conseillère Louise Boudrias, en militant avec raison pour l’adoption d’une réglementation qui mettrait fin à la confusion ambiante.

C’est que tout ce climat d’anarchie est amplifié par une espèce de flou juridique. En théorie, les boîtes de dons caritatifs sont interdites à Gatineau. Mais en pratique, elles sont tolérées par la Ville.

Ce genre d’approche peut fonctionner tant qu’elle ne cause pas de problèmes et qu’elle ne donne pas lieu à une avalanche de plaintes. Ces jours-ci, non seulement Gatineau est en proie à une mystérieuse vague de vols, mais l’inaction de la Ville incite à la désobéissance civile.

La directrice des Grands Frères Grandes Sœurs de l’Outaouais, Yvonne Dubé, a admis à Radio-Canada qu’elle avait décidé de se faire justice elle-même. Elle a fait remorquer trois boîtes de dons d’une entreprise concurrente qu’elle juge illégitimes. Ce faisant, elle est bien consciente de défier la loi.

« Ce que je crains, c’est de me mettre dans le trouble, dit-elle. Ce que je crains, si je ne le fais pas, c’est que mon organisme va fermer ses portes. »

On en est là. Gatineau devra trouver le moyen d’exercer un certain contrôle sur ce qui se passe. Mme Boudrias suggérait de s’inspirer de l’exemple de Sherbrooke. La ville de l’Estrie a barré la porte à l’arrivée massive de boîtes de dons sur son territoire en adoptant un règlement qui favorise les organismes locaux de bienfaisance.

Longueuil a aussi songé à exclure les organismes de l’extérieur. Mais ses avocats s’y sont opposés de crainte qu’un tel règlement soit invalidé en fonction d’une discrimination basée sur le lieu. Gatineau a donc intérêt à y penser à deux fois avant de délivrer des permis seulement aux organismes situés sur son territoire.

Personnellement, j’aime bien l’approche d’Ottawa. En 2013, la capitale fédérale a adopté un règlement qui force les propriétaires des boîtes de dons à afficher clairement s’ils sont enregistrés comme organisme de bienfaisance ou pas. Dans ce système qui prône la transparence, c’est au donateur que revient le choix final de donner ses vêtements usagés à qui il veut.

Les pauvres donateurs ne savent plus à quel bac se vouer tellement l’affichage porte à confusion.