L'édifice Marie Guyart, à Québec

Grande séduction et grande déception

CHRONIQUE / Ah l’attrition! Ce qu’elle a le dos large dans le discours des politiciens. Ça fait au moins deux décennies que les élus nous la servent lorsqu’ils parlent de faire des économies dans la masse salariale des fonctionnaires. «Vous inquiétez pas, disent-ils chaque fois. Avec l’attrition, personne ne sera congédié, parce que les gens qui prennent leur retraite ne seront pas remplacés».

Même chose pour les régions. Arrivent les élections, tous les partis se réclament des régions. Cette fois, les libéraux y ajoutent une teinte décentralisation. On enverra des fonctionnaires en régions. Et oups! La sous-ministre, son conjoint et les enfants s’en vont  à Val-d’Or, Rimouski, Gaspé ou Sept-Îles.

La CAQ y ajoute un brin d’immigration: les immigrants seront dispersés dans les villes du Québec au prorata de la population. Cinquante p. cent à Montréal, le reste ailleurs. C’est tellement simple. Pourquoi n’y avait-on pas pensé avant?

Le PQ promet de donner le pouvoir aux régions. On va les laisser choisir leur modèle de concertation et décider de l’utilisation des fonds de développement économique. Simple comme bonjour. Et en prime: des tarifs aériens moins chers parce qu’on va casser le monopole d’Air Canada.

Et je ne vous parlerai pas des promesses de Québec solidaire…

Il y a un danger à répéter d’aussi belles promesses en campagne électorale, quand on est incapable de les respecter. Ne pas remplacer les fonctionnaires qui prennent leur retraite, c’est facile à dire sur papier, mais on ne peut tout de même pas demander à un avocat du gouvernement d’aller combler le poste vacant laissé par un ingénieur qui vient de quitter.

Promettre de répartir les immigrants sur le territoire du Québec au prorata de la population des villes, c’est impossible à moins de les obliger à rester la région où on les a cantonnés. On fait quoi s’ils veulent aller rejoindre des amis à Montréal? On les menace de la prison ou de la déportation?

S’engager à transférer des fonctionnaires en régions, ce n’est pas simple quand le conjoint occupe un emploi, quand les amis et la parenté sont à Québec ou Montréal, et quand les enfants sont des ados et qu’ils ne veulent pas s’éloigner de leurs copains ou copines.

Alors voilà pour tous ces thèmes de la grande séduction… et il y en a d’autres… qu’on nous sert depuis le début de cette campagne électorale. 

Je ne sais pas s’il y a des gens qui décident de leur vote en fonction de ce genre de promesses, mais s’il y en a, ils devraient relire les engagements électoraux des 20 dernières années. Ça leur éviterait la grande déception qui a suivi.