Le président Donald Trump et l'élu démocrate du Maryland à la Chambre des représentants Elijah Cummings (notre photo) sont engagés depuis quelques jours dans une guerre d'accusations sur fond de racisme. M. Cummings, 68 ans, siège depuis 1996 à la chambre basse du Congrès.

L’influence du racisme systémique aux États-Unis

Depuis trois ans les incidents raciaux se multiplient aux États-Unis, démontrant une forte résurgence du racisme dans le pays. Mais au-delà de ces multiples incidents, il existe une persistance d’un racisme endémique et systémique dont les hommes blancs aux États-Unis ne sont pas toujours conscients. En fait, être blanc représente un privilège qui est ancré dans les valeurs culturelles américaines et leur système social.

Alors que les blancs jouissent de certains privilèges, ils refusent de reconnaître qu’ils disposent d’un net avantage par rapport aux autres minorités raciales. Ils sont très réticents à céder une partie des bénéfices liés à leur situation raciale. Or, la négation de l’existence des privilèges accordés aux blancs représente une façon inhérente de maintenir le statu quo.

Bien que le statut de blancs ne soit pas reconnu comme un phénomène social, il pénètre insidieusement les différentes hiérarchies de la société américaine. On n’enseigne pas aux blancs comment le fait de faire partie de la race blanche leur donne des privilèges et des avantages niés aux autres groupes raciaux.

Or, les privilèges liés au statut d’être blanc reposent sur un ensemble d’éléments invisibles que la population blanche possède souvent inconsciemment. C’est comme être un tourisme voyageant avec un sac à dos invisible pour porter son passeport, ses cartes de crédit, ses vêtements, etc. Il peut utiliser ce sac au besoin.

Les blancs américains apprennent très jeunes que leur condition dépend de leur volonté individuelle de succès. Ils considèrent leur vie comme étant moralement neutre. Ils ne perçoivent pas qu’ils sont inconsciemment des oppresseurs et qu’ils profitent d’un système défavorisant injustement d’autres groupes. Ils ne voient pas comment cette perception endommage leurs valeurs culturelles.

Ils ne réalisent pas qu’ils fonctionnent à partir d’une base de privilèges non reconnus. Comme cette oppression est inconsciente, ils sont incapables de comprendre les accusations fréquentes d’attitudes racistes émises par les Afro-Américains, les Amérindiens ou les Latinos.

Le privilège d’être blanc aux États-Unis représente clairement une problématique quotidienne fugitive et insaisissable. Le fait d’être blanc est suffisant pour ouvrir un grand nombre de portes... La couleur de la peau d’un blanc représente un atout dans tout ce qu’il décide de faire. La société américaine est dominée par les valeurs culturelles de la population blanche.

Les effets positifs d’être blanc se manifestent quotidiennement à l’école, au travail, dans le choix des quartiers résidentiels, dans la pratique des sports, dans la vie sociale, etc. Ainsi, les blancs américains ont tendance à organiser leur temps libre en compagnie de personnes de leur race. Lorsqu’ils déménagent ou louent un appartement, ils ont la liberté de choisir là où ils veulent habiter. Un Afro-Américain doit y penser deux fois dans le choix de son quartier résidentiel. Le blanc est assuré de ne pas être harcelé par la police lorsqu’il va au centre commercial.

Lorsqu’il regarde une émission de télévision, le blanc voit les personnes de sa race être bien représentées. On y parle surtout de l’apport des blancs à la civilisation mondiale. On mentionne rarement la contribution des gens de couleur.

À l’école, les enfants blancs vont travailler avec du matériel scolaire attestant de la contribution historique des blancs. Lorsqu’il achète des cartes de vœux, des livres illustrés, des jouets ou des magazines pour enfants, le blanc voit des personnes de sa race mise en vedette.

Lorsqu’ils vont au centre commercial, les blancs sont en mesure de se faire servir par des membres de leur groupe racial, s’ils le désirent. Lorsqu’ils vont à une succursale bancaire, ils sont assurés que la couleur de leur peau ne mettra pas en cause leur fiabilité financière. Lorsqu’ils sont confrontés à une situation économique et financière difficile, les blancs savent que cette situation ne sera pas attribuée à leur origine raciale.

Un blanc peut aussi porter des vêtements usagés sans que personne ne se questionne sur ses choix, sa moralité ou sa condition économique. Plus encore, un blanc peut protéger ses enfants en tout temps contre des personnes qu’il juge non convenables. 

Un blanc peut critiquer le gouvernement américain et s’opposer à ses politiques sans pour autant être perçu comme un déviant social. Il ne se fait pas arrêter par un policer sur la route à cause de sa couleur. S’il demande de rencontrer une personne en responsabilité, il est assuré de voir une personne de sa race.

Le blanc américain peut se montrer ignorant ou arrogant sans souffrir de graves préjudices. Il peut critiquer librement les valeurs américaines, dénigrer son système politique ou vivre sans crainte hors des valeurs culturelles dominantes.

Son appartenance raciale confère au blanc une attitude psychologique des plus confortables. Non seulement il est inconsciemment plus confiant, mais il est immunisé face à l’aliénation ressentie par les autres groupes raciaux. Sa couleur de peau le protège contre toute une série de détresse ou d’hostilité. Ce privilège de naissance lui confère de manière systémique une domination raciale. Cette attitude psychologique est d’autant plus ancrée qu’elle repose sur le mythe de la méritocratie.

Beaucoup de blancs auraient été jusqu’à récemment horrifiés de se faire traiter de racistes. Toutefois, il n’a fallu qu’un démagogue populiste sache leur dire ouvertement de ne pas avoir honte d’être des blancs nationalistes pour que le vieux démon du racisme apparaisse de nouveau au grand jour.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.