Gilles Vandal
La Tribune
Gilles Vandal
La coqueluche est avant tout une maladie respiratoire causée par une bactérie, le bacille de Bordet-Gengou, qui se transmet par voie aérienne de gouttelettes respiratoires provenant des personnes infectées.
La coqueluche est avant tout une maladie respiratoire causée par une bactérie, le bacille de Bordet-Gengou, qui se transmet par voie aérienne de gouttelettes respiratoires provenant des personnes infectées.

La coqueluche : une maladie insidieuse

CHRONIQUE / La première mention enregistrée de la coqueluche remonte à 1190. Le problème découle du fait que, dans la nomenclature médiévale, cette infection était souvent associée à une forme de grippe. Néanmoins, certaines descriptions des toux rapportées pouvaient être facilement associées à la coqueluche dès le 12e siècle.

Mais pour compliquer le tout, les chroniqueurs du Moyen-Âge manquaient de cohérence dans la description des symptômes de la maladie, ainsi que les noms qu’ils y associaient. Jusqu’au 19e siècle, d’ailleurs, pas moins de 43 noms différents ont été donnés à la maladie. Aussi, ce n’est qu’à la fin du Moyen-Âge que l’on a commencé à la considérer comme une nouvelle maladie très dangereuse pouvant prendre un caractère épidémique.

Michel Savonarole, un grand médecin et humaniste italien du 15e siècle, attira l’attention sur cette maladie infantile pouvant être aussi dangereuse pour les adultes dans un traité sur le diagnostic des maladies. Le médecin italien Paolo Bagallardo fit référence en 1472 à la coqueluche, qu’il décrivit comme une toux violente affectant les enfants. 

L’année suivante, Bartholomäus Metlinger publia le premier traité pédiatrique concernant les maladies infantiles. Mais il faut attendre 1473 pour voir un médecin allemand publier un premier traité médical portant sur ces maladies. Cette étude fut suivie de plusieurs publications au 16e siècle en Allemagne, en Angleterre et en France. En 1544, Thomas Phaer publia un premier ouvrage anglais portant spécifiquement sur les maladies infantiles. Mais la maladie ne porta pas le nom de coqueluche avant le 18e siècle.

Le médecin suédois Nils Rosén von Rosenstein fut le premier à rapporter l’émergence d’une nouvelle maladie survenue en France en 1414 et prenant la forme d’une épidémie. Adalbert Friedrich Marcus, un médecin bavarois du 19e siècle, rapporta la présence d’une épidémie de coqueluche en 1510, en 1558 et en 1580, alors que Guillaume de Baillou, un médecin français du 16e siècle, affirma que la France fut frappée par une épidémie similaire à la coqueluche en 1578.

Au début du 18e siècle, Pierre Chirac, ancien premier médecin du roi de France, définit la coqueluche comme une toux quinteuse frappant l’enfant. Il récupéra ainsi une expression venue de l’Italie au 16e siècle. Il semblerait que la description de la coqueluche comme une maladie où le patient souffrait d’une toux rendant la respiration difficile provienne d’une expression allemande concernant le halètement du chien. Au 18e siècle, un médecin français de Montpellier, François Boissier de Sauvages de Lacroix, reprit simplement cette analogie pour décrire la maladie comme étant la coqueluche.

La maladie qui est avant tout respiratoire est causée par une bactérie, le bacille de Bordet-Gengou, qui se transmet par voie aérienne de gouttelettes respiratoires provenant des personnes infectées. La maladie est particulièrement grave chez les femmes enceintes et les bébés, qui sont la plupart du temps contaminés nourrissons par leurs proches.

Comme les nourrissons vaccinés sont immunisés et que les adolescents conservent une immunité fonctionnelle, les études françaises démontrent que le groupe le plus à risque se situe chez les personnes de 65 ans et plus. Chez elles, l’infection causée par la bactérie est 100 fois plus fréquente que chez les jeunes adultes. Ainsi, ce sont souvent les grands-parents qui contaminent sans le savoir les bébés.

Il n’est pas facile de diagnostiquer la coqueluche. Les prélèvements par le nez ou le pharynx ou la prise de sang n’indiquent pas toujours la présence de la bactérie à cause d’une ancienne vaccination. Néanmoins, une toux prolongée chez un adulte peut représenter un indice pour le médecin de la présence de la bactérie.

Entre la contamination et l’apparition des premiers signes, il se passe en moyenne une dizaine de jours. Dans sa première phase, les symptômes de la coqueluche se manifestent par un écoulement nasal, une fièvre légère, des éternuements et une toux modérée. Cette étape dure entre 7 et 15 jours. C’est la période où le malade est le plus contagieux. 

Une deuxième phase survient ensuite, marquée par une toux qui se termine de manière similaire au chant du coq, d’où le terme coqueluche. Durant cette phase, le malade souffre de vomissements et d’une respiration bruyante qui perturbe même son sommeil. Cette phase peut durer jusqu’à 6 semaines. Finalement, le malade connaît une convalescence de plusieurs semaines au fil de laquelle la toux disparaît graduellement.

Si le vaccin contre la coqueluche est très efficace, la durée de sa protection ne dépasse pas une dizaine d’années. Aussi, encore aujourd’hui, 50 millions de personnes par année contractent la coqueluche, qui cause entre 300 000 et 400 000 décès, largement dans les pays en développement. Même en Europe et aux États-Unis, cette maladie n’a pas été complètement éradiquée, entraînant respectivement 20 591 et 13 278 cas en 2009. 

La coqueluche est une maladie infectieuse très contagieuse, généralement infantile, mais dont la prévalence tend à augmenter chez les adultes dans les pays industrialisés faute d’une couverture vaccinale suffisante. Une étude de l’Institut Pasteur a démontré qu’en plaçant 15 personnes dans une salle pendant une heure avec une personne infectée, celle-ci contaminera les quinze autres.

En effet, grâce à la vaccination introduite dans les années 1950, le nombre de cas avait été réduit en 1973 aux États-Unis à moins de 1000 cas par année. Cela contraste avec les 270 000 cas et les 10 000 morts par année qui prévalaient avant la période de vaccination aux États-Unis. Les campagnes anti-vaccination font leur effet. Avec plus de 21 000 cas en 2018, la coqueluche regagne lentement du terrain.

Gilles Vandal est historien de formation et professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.